
Je tenais à ce qu'elle survive, à ce qu'elle connaisse la nature et me nourrisse de son beau parfum. À peine ensevelie dans la terre, je pris l'habitude de la choyer, de lui offrir toute la luxuriance du monde, de la satisfaire à sa juste faim en l'arrosant d'eau de parfum.
Je fis ce service pendant plusieurs semaines. Je voulais que la nature réponde à mon unique soif, mais la patience ne va pas toujours aussi loin que le rêve. Plus tard, à force de n'assister qu'à la comédie de ce sol plat, j'arrêtai de croire et je ne m'y intéressai plus. Dans mon cœur, point d'espérance ; les digues étaient débordées et inondées de désespoir, je crevais de passion.
Une lueur d'espoir
Un jour, hélas, alors que je vacillais tout autour de mon beau jardin d'amour en chantant les douces mélodies d'automne, le destin me conduisit là par hasard. À l'improviste, je fis le tour de ce sol stérile. Ouf ! Une jeune petite mignonne pousse me sourit ! Quelle impossible chose ! Et du coup, je renouvelai ma passion. Je m'en approchai à nouveau et je repris l'habitude de la choyer et de la satisfaire à sa juste faim, lui contant sa pire comédie d'existence. Elle souriait et souriait encore quand je lui disais : « Dans ce sol stérile, je plantais une graine. » Ah, la vie, la vie ! Toi qui fais émouvoir les plantes et en fais des adorables amours.
Ô ma jeune plante ! Je ne voulais pas qu'elle souffre de faim. Elle était toute petite, si petite. Elle me demandait et tenait à savoir si le temps sourirait et réussirait à la faire grandir comme un manguier, un sagoutier ou encore un sapin. Et je lui disais avec optimisme : « Et oui ! Demain tu seras vieille, ma chère ! » Mais je savais que demain n'était pas derrière nos murs.
Tous les soirs, avant de refermer ma porte et de laisser ma ravissante plante à son propre sort pour dormir, je balançais une prière de protection que nous récitions avec ma jeune mignonne. C'était pour que les gaillards de l'avenue, les loups du quartier et les intempéries ne ravissent pas cette plante.
Quand la prière prenait fin, j'ouvrais mes yeux. Elle s'enroulait sur elle-même, ma plante, et se cachait sous la terre. Je pleurais et avais envie de rester là des heures et d'écouler tout mon sommeil pour veiller avec elle.
Sur la portée du temps : nous marchâmes.
Dans le chemin de la vie : nous marchâmes.
Dans la persévérance : nous portâmes.
L'éclosion miraculeuse
Soudain, après des années de corvées pour cette plante, en ce beau jour d'automne, alors que je vacillais autour de mon beau jardin en chantant les douces mélodies de la saison, à ma grande surprise, parut une fleur au sommet de ma plante. Et après quelques poussières de seconde à ma vue, les autres fleurs vinrent au jour : des fleurs de bon augure et d'une odeur irrésistible, une odeur qui faisait beau vent et bon air dans ma parcelle.
Je savais qu'elle était porte-bonheur et faisait de moi une petite étoile, car dans les quatre horizons de la terre, une fleur semblable à la mienne n'existait pas. Une lune seulement aurait suffi, et ma chère Catherine, reine d'Angleterre, fut attirée par l'odeur dominante de mes fleurs et vint me rendre visite.
La rencontre avec la reine
Je n'avais jamais imaginé qu'une reine visite un chevalier, mais les fleurs sont la plus grande distraction des grands seigneurs. Je préparai une table digne de son rang ; je ne voulais pas que la reine Catherine se désintéresse. Une table pleine de pommes, de poèmes, mais aussi de fleurs pour la reine qui s'était invitée en laissant place à ses narines à l'odeur sympathique de mes fleurs, à ce beau parfum d'amour.
Aussitôt installée à ma table, elle afficha un beau sourire qui fit s'envoler mes cœurs et, avec étonnement, surgit soudain : « Ô chevalier, bon artisan et belle fleur ! » Et je répliquai : « Pour ton ombre, ta Majesté, ma Reine. » Et aussitôt, elle éclata de rire d'un grand sourire d'amour. Je ne voulais surtout pas aller à la conquête du cœur du roi, mais je voulais plaire à ma reine.
Mais hélas, la reine Catherine posa ses doigts dans mes fleurs, les caressa et les fit passer tout près de son cœur. Ô elle, elle mourait d'amour, ma reine !
Elle vivait une grande passion, ma reine, et c'était la distraction des grands seigneurs. Elle chantait pour mes fleurs, dansait la salsa, et ce courant d'amour terrassait peu à peu mon cœur. Je ne cessais de demander à la reine ce qu'elle voulait au juste.
Quelques poussières de minutes plus tard, elle m'invita à danser la salsa. Je ne savais aucun pas et elle fit ma professeur. Mais que veut au juste la reine ? Sur ses lèvres, elle chantait les vieux disques de l'époque qu'elle avait emmenés avec elle. C'était un coup bien préparé. Dansant, elle prenait les fleurs, les rapprochait de son nez et respirait la belle odeur d'amour. Je glissai quelques fleurs dans son cou et elle ferma les yeux. Ô la reine Catherine mourait d'amour ! Les fleurs étaient sa passion.
Après quelques heures d'auto-royauté, les gardes du corps du roi vinrent ravir Catherine. Elle pleurait et ses yeux étaient tout rouges. Ô ma Catherine ! Elle pleure, son cœur coule ! Elle me prit aussitôt dans ses bras et me dit qu'elle ne voulait pas partir. Elle dit qu'elle voulait dormir sur un lit de fleurs. Et moi non plus, je ne voulais pas qu'elle s'en aille. Les gardes du roi vinrent la supplier. Quelle mystérieuse journée ! C'était mon cœur qui s'en allait avec elle. Elle prit des fleurs et se remit de ses pleurs. Elle les enroula autour de mon oreille gauche et y lut des mots.
Ô Catherine aime les fleurs !
Enfin, elle s'en alla. Elle décida d'aller revoir son prince charmant. Je plantai alors sur sa belle coiffure mes fleurs qui faisaient d'elle une charmante reine et d'elle un beau parfum. Elle inclina soudain sa tête et me fit un salut royal, elle ouvrit la porte et s'en alla en courant. Elle ne voulait pas s'en aller, ma Catherine.
Je la voyais courir et ses pieds laissaient traîner une poussière d'amour. Son ombre me fit un dessin d'amour puis elle disparut. Les amis du village vinrent me voir et les journaux écrivirent que la reine avait visité un chevalier.
Le message secret
Revenant dans mon salon, je trouvai sa photo clouée sur mon tapis. Je pensais qu'elle l'avait fait tomber par émotion, mais derrière cette photo, elle avait gravé quelques mots. Elle disait : « Chevalier, de toute ma royauté et toute ma brillance de reine, je n'avais trouvé personne qui puisse émouvoir mon cœur comme tes fleurs et leur odeur qui m'appelait. Je dirai au roi que j'ai découvert un autre royaume, un royaume où l'amour fait couler les sources, où les gendarmes sont les fleurs, douces fleurs d'automne... » Ô ma reine Catherine !
Je fis alors toutes sortes de remerciements à cette plante qui me fit ces belles fleurs. Je savais qu'elles étaient un destin pour moi. Je la nourrissais à sa juste faim.
L'emprisonnement du chevalier
À la levée du grand matin, le village se leva avec pleurs et cris. La garde du roi avait envahi ma maison. Ils dirent que j'étais appelé à faire de la prison : un chevalier qui tomba dans l'amour d'une reine, et un amour qui le fit emprisonner. Je fis alors transporter jusqu'à la cour du roi et ma comparution devant le roi se fit avec émotion.
Je voyais Catherine assise à côté de son prince charmant (sûrement qu'elle tint sa promesse), assise sous le regard d'un accusé dans une maison semblable à une cour de cassation. Le roi rugissait comme un jeune lion et à sa gauche se tenaient les juges du palais. Je dis alors à la garde du roi si je venais payer le prix de l'amour détourné d'une reine. Ce fut sans réponse ; la garde était gonflée d'un air très fâcheux.
Je m'approchai du roi et le juge me dit que je n'avais droit à ne rien raconter au risque d'être mis à mort par le roi. Il dit aussi que je devais me laisser guider par la seule colère du roi. Le roi fixa alors le regard de sa garde et l'un des officiers m'approcha, me lia les mains et m'amena vivre ma prison. C'était tout ce que je méritais, car à chacun suffit sa peine. Je pleurais et regrettai mes fleurs. Pas mis en prison, mais en cage comme un petit sanglier d'Afrique.
La libération inespérée
Le lendemain, une garde de la cour m'approcha. Je me dis alors que je devais être mis à mort, car le silence d'un roi est plus dévastateur que le calme de la nature. Une lettre me fut remise par la garde et je me dis que c'était l'ordre d'exécution, car un seigneur n'hausse pas en vain sa plume.
Mais hélas, c'était les écrits de Catherine. Elle disait qu'elle se privait de ma visite mais me promettait de prendre soin de mes fleurs. Elle dit qu'elle se battrait de toute sa noblesse pour obtenir ma libération et qu'elle continuerait à se nourrir de mon amour.
Quelques trois semaines perdues en prison, au réveil d'un grand jour d'ordonnances royales, le roi fit une ordonnance qui consistait en un transfert des prisonniers de la cour vers les provinces militaires du royaume. Des cargos militaires vinrent à l'immédiat et tous nous fûmes transportés en destination d'autres bases de détention. Et quand les cargos arrivèrent, hélas, dans ma province, un officier de la cour descendit et m'appela par le numéro d'ordre du badge que je portais. Il m'informa que la reine Catherine avait payé ma rançon à l'insu du roi. Ô ma Catherine ! La reine qui mourait des fleurs ! À l'immédiat, je fus relâché et repris le chemin de ma petite maison bleue.
Les derniers moments ensemble
Quand je fis mes pas dans ma parcelle, je retrouvai aussitôt mon jardin. Mes fleurs étaient en parfaite santé, mes plantes affichèrent une grande émotion en me revoyant. Dans ma maison, tout était rangé comme si j'y vivais toujours. Dans ma maison, de beaux lustres s'étaient ajoutés et face à moi se tenait une reine qui mourait d'amour. Ô que mon cœur se réjouit de toi, Catherine ! Je tombai dans ses bras et elle me couvrit d'un drap de fleurs. Ma Catherine avait une passion pour les fleurs et tardivement elle s'en allait. Je plantai sur sa tête des fleurs ; les abeilles entouraient sa tête et faisaient d'elle une belle couronne de reine. Qu'elle veille sur la pression de l'air, ma reine. Ô qu'elle faisait belle, ma reine !
Quand je me rendais au supermarché préparer ses pommes du soir, acheter ses vertiges d'amour, son beau vin d'automne, je posais sur sa tête une cage faite de barbelés que je fermai à double tour pour que personne ne dérobe ces fleurs qui appelaient ma reine depuis sa cour.
Les pommes tombèrent, les pommes et salades de la reine étaient au rendez-vous, mais j'oubliai d'apprêter ses fleurs. Aussitôt, elle arriva, ma douce reine. Ô qu'elle était rayonnante ! Ce n'est pas moi qu'elle fixa du regard en premier, mais ma table qui ressemblait à celle de la cour. Elle courut vite dans mon jardin avec ses talons de dame, elle embrassa mes fleurs et y dit des mots que je n'entendais pas. Elle cueillit quelques-unes ; l'amour coulait à pleins yeux.
Ô mes fleurs ! Ces merveilles ne fleurissent que dans mon jardin et ma reine y trouvait sa part.
La fin de la saison et le drame
Un jour, hélas, la saison était passée. L'automne avait fini et emportait ma saison. Faisant un tour dans mon jardin, à ma bouche les vieilles mélodies d'automne, je constatai avec malheur que toutes mes fleurs étaient à terre et avaient fané. Ma plante ne transportait plus aucune charge. Quel vent de malheur, ô pénible blessure ! Catherine aime les fleurs !
Je courus vite au jardin botanique à la recherche de quelques-unes de ce type, mais je n'en trouvai point. Je me rendis au supermarché et pris ses pommes et salades. Faisant un tour dans mon jardin, Catherine ne sentit plus aucune odeur. Ce beau parfum d'automne n'existait plus. Elle faisait un pas et s'arrêtait après ; elle était chancelante, d'un air un peu affaibli.
Elle comprit simplement que la saison était passée. Elle sortit alors son calepin, tira une feuille, en sortit sa plume et son encre et écrivit : « Je brillerai dans tes yeux qu'à la prochaine floraison. » Elle tourna et repartit. Je voyais son ombre disparaître. Je la suivis et hélas, je perdis ses traces.
Ô ma Catherine ! Elle s'est dit peut-être que j'ai offert à une autre son beau parfum d'amour. Ô ma brillante Catherine ! N'as-tu pas cru à l'amour ? Je te rêverai pour te dire que ces pommes, ces fleurs, ces poèmes sont à toi. J'arrêtai ce jour d'être le héros chevalier.
Parce que l'amour n'attend pas le nombre d'années, le soir je suis allé rendre visite à Catherine dans la cour. Ce soir, je voulais un tête-à-tête avec le roi. Arrivant dans la cour, on me conduisit dans l'immeuble de Catherine. Au premier niveau, je voyais des pleurs et des cris de malheur. Au deuxième niveau, c'était la garde de la cour qui enquêtait. Et au troisième niveau se trouvait, hélas, une Catherine pendue. Le sang traînait de partout. Elle était morte, ma reine. Ô Catherine ! Ô Catherine, la ville a-t-elle des saisons prochaines ? Quel testament m'as-tu laissé, ma Catherine ? Tu m'as laissé lire ton amour dans mes fleurs. Catherine, la lune brille bien, mais le ciel ne serait pas autant éclairé sans les étoiles.
Catherine a blessé mon cœur. Catherine aimait les fleurs. Catherine mourait d'une passion mais elle disparut.
Richie Ronsard