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Relations

La maladie d'Amour

Une histoire d'amour tragique comparée à un voyage en train : illusion, passion et déception.

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« Chère Ellen, tes initiales sont gravées, en toutes lettres de noblesse, sur ce cœur qu'est ma vie. Là, je t'offre nos plus belles années, mon amour, mes faiblesses ; cueille-les, je t'en prie. »

Ils étaient si nombreux, coalisés derrière nous, tendant les grosses fourchettes des diables. Tu souriais toujours, et le vent balayait tes cheveux de sirène.

Le début du voyage

Ces louvetons se glaçaient dans leur sueur froide. Nous n'avions aucune peur, nous étions seuls et fous de romantisme. Les louvetons attendaient avec impatience que notre train atteigne la gare, que tu descendes ou que je descende, le cœur froissé. Ils étaient vaillants dans toutes les stations de la vie que devait prendre notre train, ces petits chasseurs des cœurs libres.

Ces créatures tiraient sur nos oreilles comme des petits lapins. Les mâles tiraient sur ta robe et pressaient ton cœur ; ils se rapprochaient de tes oreilles et te relataient de bonnes aventures. Ils tremblaient dans leurs regards, ils étaient assoiffés de tes lèvres tendres, cherchant à tout prix à te ravir. De l'autre côté de la rive, les femelles s'endormaient sur mes poésies et mes chansons d'amour.

Tu sais, Ellen, j'avais l'impression que seule toi et moi savions aimer. Dans tes yeux brillaient une flamme qui grillait les fausses promesses des louvetons. Les dormeurs du val couraient avec des rubans à la main, cherchant la taille de ton ombre, s'empoisonnant de tes pas de chatte. Ellen, tu avais l'âme des princesses qui amourent sans répit.

Tes yeux lisses et pliés refoulaient une flamme qui endormait les ruisseaux. Sur tes cheveux poétiques de brésilienne, j'ai planté une couronne ; ton visage de peinture résonne dans ma mémoire comme les tambours d'Afrique...

Une passion éphémère

Tu chantais le long de la matinée comme un petit oiseau de rue. Tu ressemblais à un perroquet fiévreux qui mourait d'amour et d'affection, sur les hauteurs d'une montagne du pôle Nord. Tu avais les mots, des mots qui séduisent.

Tu avais les baisers, les baisers qui grisaient ; tu savais dire combien tu aimes, sans penser comment tu aimes. Tes yeux ne soufflaient qu'amour et ton âme respirait des parfums sensuels. Tu disais ce que tu pensais sans penser ce que tu disais, tu étais prise d'amour. Je ne savais pas que tes belles promesses n'étaient qu'une couronne de regrets, et que l'amour suinterait tôt ou tard.

Aujourd'hui, je réalise que nous n'étions vraiment que des personnages d'une série télévisée, et notre histoire, qu'un épisode d'une demi-heure dans lequel nous étions acteurs principaux. Car, en réalité, les baisers, les caresses, les orgasmes, les éternités d'amour et les belles paroles n'existent que dans un monde imaginaire.

Je te suivais les yeux bandés ; je n'étais qu'un ange qui suivait le sein de sa mère. Mais une mère empoisonne-t-elle son propre fils par ses seins ? J'avais la conscience aveugle. Tes amours avaient remplacé mes sens, tes bras étaient plus rassurants qu'un berceau. Je disais : « J'irai où tu iras, mon cœur bien ouvert, mes mains sur tes hanches et mes yeux versés sur les tiens, pour aller dire aux peuples que l'amour n'a pas de couleurs ni de frontières. » Mais je ne savais pas me dire à combien restait distante la gare.

La fin de l'illusion

En tête-à-tête, toi avec moi, tu avais la force de tout faire : tu ôtais le voile sur mes yeux, puis m'embrassais. Je te suivais, Ellen, partout où tu allais ! Quand tu avais chaud, j'avais le pouvoir de ramener la pluie pour arroser ton cœur ; quand tu étais triste, j'avais la magie de ramener le soleil pour éclairer ton visage. Je te bombardais de masses d'air pour faire flotter ta robe de Scarlett. Tu aimais les Barbie et les petits dessins ; tu disais que tu n'aurais jamais douze ans.

J'avais sur mes yeux une loupe pour contempler ton cœur ; je nettoyais ton cœur des aloès chaque fois que les cicatrices ligneuses prenaient place. Tu pouvais ouvrir et refermer mon cœur comme un petit cahier de maternelle ; tu voyais combien la joie pleuvait sur mon visage chaque fois que tu apparaissais. Je criais : « Voici enfin l'os de mes os, la chair de ma chair ! Celle qui fera mon bonheur... » Mon erreur était de ne pas pouvoir m'inquiéter de la vitesse à laquelle le chauffeur faisait avancer le train. J'étais perdu dans ton sourire aux grandes oreilles et ton lyrisme de lycéenne.

Le dernier arrêt

Nous y sommes enfin, c'est la dernière gare. Tes mains sont rouges de sang, tes yeux remplis de haine. Tu quittes le train, c'est ici que finit ton voyage. Bérénice monte à bord, prend ta place, et le train reprend sa marche. Tu as préféré la solitude à l'amour ! Je garde mes yeux sur la vitre, te regardant devenir poussière sur l'horizon... Dans mon cœur ne flotte plus que la maladie d'amour ; j'ai perdu mon sourire de benjamin. Ellen, est-ce que je te reverrai demain ?

Le train fit ses premiers caprices. Tu as crié haut et fort : « Je n'oublie pas que tu m'aimes ! » Quel égoïsme, Ellen ! Tu ne me dis même pas de ne pas oublier que tu m'aimes aussi. Tu n'étais qu'une femme comme une femme ; je pensais jouer au face-à-face, alors que nous jouions au cache-cache.

L'impossible deuil

Ellen, tu étais un gros mensonge ! Dis-moi, Ellen, comment t'effacer de mes songes ? Pour longtemps, tu marcheras dans mes rêves ; tu dîneras toujours du côté où mon cœur se lève. Tu m'as drainé dans un champ sans retour ni détour.

Si c'était à refaire, je choisirais que ton histoire soit un rêve, que je sursaute un jour de mon lit de marbre, que je respire ma vie comme toujours, que je te raconte comme dans une fable sans jamais troubler mon cœur. Aujourd'hui, tu vis avec ce couteau rougi de sang, le sang de notre amour que tu as poignardé par le dos.

Ellen, tu m'as fait comprendre que l'amour n'est qu'un train, que la durée de vie d'un amour n'est comparable qu'à la vie d'un train en voyage. J'ai aussi compris que tout au long de son voyage, le train devra s'arrêter dans toutes les gares qui se rapprochent tous les cent mètres. Dans le train, l'ambiance est bonne ; on ne vit que de romance et de caresses.

Au départ, nous prenions tous nos places, partagées entre hommes et femmes, des inconnus du premier jour. Enfin, on apprend à se connaître, on se fait quelques petites promesses, et on décide de continuer la route ensemble. Mais, en dehors du train, l'atmosphère est tout autre. Là, des hommes et des femmes, décrits comme des louvetons, attendent avec impatience l'arrêt du train à la gare pour prendre place à bord. L'amour classe naturellement les uns sur la liste d'attente.

Le cycle de l'amour

À la gare, certains passagers préfèrent mettre fin à leur voyage. Tout simplement, ils choisissent de quitter le train, soit parce qu'ils sont rassasiés d'amour, soit parce qu'ils ne l'ont pas vu du tout.

Parce que le monde qui les accueille hors du train est un monde de solitudes, ces passagers peuvent être présentés comme étant les déçus de l'amour. Parce qu'ils ont choisi pleinement de quitter le train, de nouveaux passagers les remplacent. Ils seront homme ou femme, jeunes ou vieux, selon le sexe et l'âge des passagers précédents.

Si un homme choisit de quitter le train, un autre homme monte à bord et prend sa place... Ce phénomène est l'échange naturel de l'amour. Ne vous inquiétez pas, le train ne reprend jamais son chemin avec des places vides.

Elle court, elle court, la maladie d'amour, dans le cœur des enfants de sept à soixante-dix-sept ans... Elle chante, elle chante la rivière isolante qui unit dans son rythme les cheveux blancs et les cheveux gris. Elle fait chanter les hommes et grandir le monde ; elle fait parfois souffrir tout le long d'une vie, elle fait pleurer les femmes, elle fait crier dans l'ombre. Mais le plus douloureux, c'est quand on en guérit... Elle surprend l'écolière sur le banc d'une classe par le charme innocent d'un professeur d'anglais ; elle foudroie dans la rue cet inconnu qui passe et qui n'oubliera plus ce parfum qui volait. »

Plus tard, un autre cent mètres se rapprochera et le train s'arrêtera. Les uns descendront et les autres monteront à bord ; l'amour n'est qu'un cercle vicieux qui tourne sans cesse, une maladie dont on ne peut guérir...

La deuxième classe est celle de ceux qui demeureront ensemble de la station de départ jusqu'à la station d'arrivée ; c'est là qu'aboutissent les mariages, ce sont ceux qui sont appelés à rester ensemble pour la vie...

Elle court, elle court, la maladie d'amour, dans le cœur des enfants de sept à soixante-dix-sept ans.

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richie ronsard
Richie Lontulungu @richie ronsard
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