
Imaginez un été qui n'était qu'un été comme les autres, jusqu'à ce que le destin en décide autrement. Un jeu avec les âmes qui les mène vers un long chemin appelé amour — un amour fou, un amour pas comme les autres ! Celui qu'on appelle coup de foudre, où l'on dit que Cupidon a planté sa flèche pour ne plus la laisser sortir, si bien que le cœur peut en saigner...
Je vais à présent vous conter l'histoire d'un amour réel, celui que chacun d'entre nous espère, celui qui ne se délie que dans l'ombre de la mort...

Rencontre fortuite : un coup de foudre à la plage
Par un bel été — je m'en souviens, ou peut-être pas tout à fait, pas tous les détails — les images me reviennent à présent.
Je n'étais pas très douée au collège en espagnol, et ma chère professeure de l'époque avait eu, sans le savoir, la riche idée d'un jumelage avec une élève de Logroño pendant un mois. Ce qui se résumait à : deux semaines chez l'une, deux semaines chez l'autre.
Au bout de trois jours, mon correspondante me demandait déjà si elle pouvait aller voir un ami qui passait ses vacances dans la région. Aussitôt dit, aussitôt fait : le lendemain, ma mère nous emmène à Vieille-Saint-Girons plage voir ce fameux ami dont elle était, surtout, follement amoureuse !
Arrivées devant la villa avec un air plus que dépité pour ma part — cela ne m'enthousiasmait guère de me trouver là — j'aperçus, revenant de l'océan avec sa planche, un jeune homme. En me regardant, il me fit perdre la notion du temps. Le monde n'existait plus. Paloma était devenue invisible. On aurait pu me parler pendant des heures : seul ce regard marqua le début d'un coup de foudre réciproque !
La journée se passa et nos regards s'entrecroisaient de façon intense sans jamais s'arrêter. Nos discussions mettaient à l'écart toute autre personne aux alentours. C'était un désir, un feu qui s'était créé sans qu'il ne puisse s'éteindre. Nous nous sommes séparés à la fin de cette journée, nous faisant la promesse de nous revoir après mon séjour en Espagne.

Un retour espéré et les doutes de l'adolescence
Après deux semaines d'absence, je revins dans ma contrée et décidai de le revoir. Toujours le même lieu, la même plage, à cette différence près que ce jour était tout particulier : il signait enfin la concrétisation d'un amour ultime, lié par on ne sait quelle magie, quel secret.
Bref, une belle histoire d'amour venait de naître. Mais pour la jeune adolescente que j'étais, que voulait dire ce mot « amour » ? Pouvait-on s'imaginer vivre avec une seule personne toute sa vie ? À l'aube de tous mes projets, je ne pouvais évidemment pas construire une relation dont je ne savais même pas quelle serait l'issue, et surtout je me demandais si ce n'était qu'une passade !

Déception : quand le cœur hésite
Je ne pus lui promettre mon cœur et dus, en mon âme et conscience, le délaisser à contre-cœur.
Mais je ne me suis pas arrêtée là ! Je lui ai écrit et l'ai invité à revenir chez nous afin de ne plus le laisser partir loin de moi. En fait, ce fut une véritable catastrophe : je n'ai pas pu lui dire ce que je ressentais, si bien que pour la deuxième fois, par ma faute, je l'ai perdu !
Hélas, ce fut à tout jamais physiquement que je le perdis, mais comme Tristan et Iseult, notre histoire fut platonique.

Un amour lettré : onze années de correspondance
Pour ceux qui croient que la distance tue l'amour, je leur réponds qu'ils ne sont jamais réellement tombés amoureux !
Car je suis la preuve vivante que ce type d'amour platonique existe bien au plus profond de nous-mêmes, qu'aimer n'est plus un vain mot mais qu'il devient la quintessence, l'ultime bien-être que nous recherchons tous.
Bref, pour en revenir à mon histoire : il est parti sur une île lointaine à 20 000 km de moi, bien trop loin pour que je puisse le suivre ! Je ne m'en suis jamais remise. Pendant deux ans, chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde, je ne pensais qu'à lui, je ne pleurais que pour lui, je ne respirais que pour lui. Et j'ai fini par écrire pour lui !
Des lettres d'amour, des lettres de désespoir, des lettres de haine, des lettres et encore des lettres à n'en plus finir !
Onze années, à présent, que cela dure !

Cyrano et Roxane : un amour impossible assumé
Nos rôles se sont inversés à présent : Cyrano, c'est moi ; Roxane, c'est lui !
Il a fait sa vie et a deux beaux enfants. Malheureusement, il n'est pas heureux en couple et souffre. Et moi, j'en crève de rage ! Ne pas pouvoir l'aimer, le serrer contre moi et le soulager me rend désespérément folle !
Nous nous aimons encore tous deux, n'attendant qu'un signe du destin pour nous réunir. Lui va quitter la femme avec qui il vit actuellement, et moi, malgré ma promesse de l'aimer à tout jamais, je vis avec mon ami...
Mais qui sait ? Peut-être un jour, dans la tombe, il viendra me rejoindre pour à tout jamais m'aimer, jusqu'à devenir poussière...