
Je t'aime.
Pas de quoi paniquer, et pourtant...
Il l'a dit comme on dit « je vais me doucher ». Un air désinvolte, une nonchalance adorable. Il a lâché ses mots tendrement, sans réfléchir, sans les peser.
Il ne se doute pas de la tournure que vont prendre les choses.
Est-ce parce qu'il le pense depuis longtemps, est-ce qu'au contraire il croit juste me faire plaisir ? Ces mots me font l'effet d'une bombe.
Trois mots, sept lettres et un malheureux apostrophe qui font tout voler en éclat. Tout s'écroule sous le poids d'une phrase prononcée comme ça, à la va-vite, au détour d'une conversation.
Les éclats de rires, les regards complices, les sous-entendus, les sourires en coin, les mains qui se cherchent, les disputes, les jalousies, les mots qui blessent.
Quelques syllabes et je prends mes jambes à mon cou, je m'éloigne imperceptiblement, je m'éclipse avec discrétion.
Je crois que j'ai peur, peur de l'inconnu, peur de demain, peur de dépendre de quelqu'un, peur de baisser ma garde.
Pour la première fois j'ai peur de lui. Peur de ce qu'il ressent.
Non, il n'a pas compris, moi on ne m'aime pas. À cette simple pensée je frissonne.
Quand l'amour fait peur
L'amour c'est joli chez les autres. De loin c'est ravissant. Mais quand ça s'approche, ça me retourne l'estomac, ça m'écœure, ça me donne la nausée.
Non, moi on ne m'aime pas. Moi on m'apprécie, on tient à moi, on m'estime, on m'adore, mais on ne m'aime pas.
Pourquoi ? Parce que c'est moi, et à moi les sentiments ça ne me va pas.
Peut-être que pour accepter qu'on vous aime, il faut s'aimer soi-même. Peut-être que pour s'aimer soi-même il faut accepter qu'on vous aime.
Peut-être...
Après tout qu'est-ce que j'en sais ? Je n'y connais rien.
La peur de la vulnérabilité
Il y a une foule de sentiments inconnus, la confiance, l'amour... Des sentiments terrifiants.
Je ne veux plus jamais être vulnérable, sans défense, à la portée de quelqu'un, dépendre de quelqu'un. Donner sa confiance c'est donner le poignard et tourner le dos.
Je ne veux plus rien ressentir, je ne veux rien qu'on ressente pour moi.
Certains prennent des coups et se relèvent. D'autres restent au sol un moment, et finissent par se planquer lâchement.
Est-ce que c'est ça qui m'arrive ? Est-ce que je suis si faible ?
Il me regarde, insistant, il répète hésitant, cherchant dans mes yeux paniqués la réponse à sa question. Je t'aime.
Ça n'a plus rien d'une déclaration, son regard m'interroge. Et toi, tu m'aimes ?
Je fuis ce regard pressant. Je fuis tout court.
Non tu ne me reverras pas. Il y a des mots qu'on ne me dit qu'une seule fois. Je disparais les yeux pleins de larmes, la gorge nouée, je m'en vais seule, une fois de plus.
C'est plus fort que moi, tu sais, l'amour c'est joli chez les autres, c'est joli de très très loin. Et tu ne peux pas savoir à quel point je suis loin.