
Tu as toujours été à mes côtés. Je me souviens d'un tas d'anecdotes sur mon enfance, des fous rires que l'on a partagés, de mes larmes que tu as toujours épongées, de la patience dont tu as fait preuve afin que je m'épanouisse au mieux.
Et pourtant, à toi qui n'as jamais failli, je n'ai jamais dit « Je t'aime... »
Je le regrette tant.
Mon père victime d'un AVC : ma vie a basculé
C'était le mois dernier, un coup de fil, tard dans la nuit.
J'ai cru que la terre s'effondrait sous mes pieds, mon cœur s'est emballé à un tel point que j'ai pensé qu'il allait cesser de battre. Et pourtant, je pensais que ce n'était pas possible, pas après tout ce qu'il m'était arrivé au cours de ma vie... Pourquoi donc le sort s'acharne-t-il de cette façon sur moi ?
Trois lettres prononcées : AVC, que je vais vous traduire Accident Vasculaire Cérébral.
Trois toutes petites lettres qui causent tant de dégâts ! Pour vous expliquer un peu, l'AVC est une « attaque » au niveau du cerveau. Lorsqu'une artère se bouche et qu'un caillot se forme, le cerveau est mal irrigué et il peut en résulter des séquelles irréversibles.
Voilà qu'une des personnes qui compte le plus dans ma vie est touchée par cette horreur ! Il était à son travail et d'un coup, il est tombé. Les pompiers l'ont transporté à l'hôpital.
En réanimation : l'attente et l'angoisse
Avant de pouvoir le voir, le médecin nous a reçu. Il ne nous a donné aucun espoir...
Mot pour mot, je vais vous dire ce que l'on nous a dit : c'est très grave, il y a peu d'espoir qu'il s'en sorte, au mieux vous récupérerez un légume dont il faudra s'occuper jusqu'à la fin de sa vie !
Et là, le ciel m'est tombé sur la tête, j'ai cru mourir !
J'avais peur d'aller le voir... Mais il le fallait.
Je suis entrée dans ce sas froid et lumineux où l'on m'a donné une combinaison à enfiler, on m'a désinfectée... Et on m'a ouvert la porte.
Je l'ai vu là, en face de moi, avec plein de tuyaux et de machines autour de lui... J'ai pleuré, beaucoup pleuré, car quand on connaît bien une personne, que l'on vit au quotidien avec elle, la voir dans un tel état est vraiment difficile.
Il a ouvert ses yeux. Je ne sais pas s'il était conscient de ma présence et ça, ça fait très mal...
Son état s'est encore aggravé : hémorragie cérébrale... Encore moins d'espoir...
Dix jours plus tard : l'espoir renaît
Il a tenu le coup, malgré son hémorragie cérébrale qui s'est heureusement résorbée très rapidement, et il a été transféré en Neurologie en soins intensifs.
Il a beaucoup maigri et changé physiquement. Il me reconnaît, je le sais, je le sens au fond de mon cœur. Je le connais tellement bien, je suis sûre qu'il me reconnaît...
Je lui serre la main gauche, je lui parle de tout et de rien... Je ne sais pas ce qu'il comprend, je ne sais pas ce qu'il entend, je ne sais pas ce qu'il ressent et ça me fait mal.
Les séquelles de l'AVC : hémiplégie et aphasie
Il est hémiplégique, il est paralysé de tout le côté droit et il est aphasique, il ne peut plus parler.
Lui, juste lui qui aimait tant inventer et raconter des histoires aux enfants, lui si gentil, si disponible et si serviable ! Que la vie peut être cruelle et injuste parfois !
Je vois dans son regard la souffrance et ça me fend le cœur ! Je suis révoltée, indignée, j'ai envie de crier, de hurler tant ça me fait mal de le voir si diminué !
Il veut me parler mais rien ne sort, alors il s'énerve et se met à pleurer. Il essaie de bouger mais ses membres ne répondent plus...
N'attendez pas pour dire « je t'aime » à vos proches
Plus d'un mois s'est écoulé. Ce vide, qu'il a créé malgré lui, se fait ressentir de plus en plus.
Il est en centre de rééducation désormais et d'après les médecins il en aura pour un très long moment, un an au moins pour récupérer ce qui pourra l'être ! On ne sait pas.
Il peut manger des bouillies désormais avec sa main gauche, il tient assis dans un fauteuil roulant, il faut l'aider pour tout le reste : le laver, l'habiller, le raser, lui changer ses couches...
Je sens bien qu'il est gêné et honteux. J'ai tant de peine !
Il ne parle toujours pas ; je ne sais pas s'il comprend tout ce que je lui dis, sa mémoire ne fonctionne pas très bien.
Je lui dis désormais à chacune de mes visites : « Tu sais, je t'aime » et il hoche la tête pour me dire qu'il a compris.
Je regrette tant de ne pas le lui avoir dit avant, pourtant j'aurais pu le faire, si souvent...
PAPA, je t'AIME.
PAPA, courage, bats-toi et récupère un maximum.
PAPA, tu me manques tant.
PAPA, je T'AIME TANT !