
Oui, j'ai marché très, très longtemps.
Puis je me suis arrêtée, dans un village, dans une vie inconnue, et j'ai rencontré des tas de visages, des visages de tas d'inconnus. Et j'ai aimé, j'ai aimé Léo, Vincent, Gauthier, Jules.
Puis il y a eu un scandale, alors je suis repartie, j'ai marché encore, encore plus longtemps que toutes les autres fois.
Et je suis arrivée dans un autre village, je suis rentrée dans une autre vie, celle de Clément.
Je l'ai aimé, plus que tous les autres, et beaucoup, beaucoup plus longtemps. Mais quand on aime longtemps, on a mal, on souffre. Alors, quand il m'a embrassée dans le cou, je suis partie. Je m'appelais Rose.
Une autre vie
J'ai marché, encore plus longtemps. J'ai marché sur la route, j'ai marché dans le noir, dans la lumière du printemps, dans le vent de l'automne et dans la paresse de l'été. Puis je me suis arrêtée, encore une vie, dirons-nous ?
Non, bien sûr que non. Ce jour-là, j'ai rencontré Arthur. Le petit, le frêle, l'adorable Arthur. Je suis rentrée dans sa vie et je suis bien vite repartie, trop de tendresse, je n'en méritais pas autant.
Je m'appelais Laurine.
Un jour, dans une autre vie, j'ai rencontré un autre homme, un homme si grand, si beau, si fort, que je me suis sauvée en courant. Bien plus vite que toutes les autres fois... Bien plus vite !
Mais il m'a rattrapée, il m'a mise dans un wagon, entassée entre des milliers d'étrangers, et là j'ai rencontré Nicolas. L'amour éternellement pauvre. L'amour pur.
Et je ne l'ai pas quitté durant tout le trajet, durant toute l'horreur. Puis je me suis enfuie. Je m'appelais Sara.
La fin éternelle du début
Je me suis réveillée dans les bras d'un autre homme, un homme maigrelet, un tout autre inconnu.
Et j'ai eu pitié, je ne pouvais pas m'enfuir. L'illusion était faible et pourtant il arrivait à me garder, dans la flamme de ses yeux, dans le creux de ses mains.
Emprisonnée dans son cœur, je l'ai aimé pendant des années. Mais quand on aime, on souffre, et j'ai essayé de partir, j'ai voulu marcher encore. Mais j'étais bloquée, figée dans cette prison, figée derrière ces fils barbelés.
Figée.
Alors j'ai voulu crier. J'ai voulu vraiment le faire, mais aucun son ne sortait de ma bouche. Rien. Alors j'ai voulu marcher, reprendre ma route, devenir tour à tour : Violette, Esméralda, Julie puis Rose pour retrouver mon seul amour.
Mais non.
Ce jour-là, dans un trou sans fond qu'ont creusé des inconnus, tant d'hommes que je n'ai pas connus, que je n'ai pas aimés.
Ce jour-là, ce jour d'hiver, ce jour de printemps, ce jour d'automne et ce jour d'été.
Ce jour-là, je suis tombée.