
Avril 2005, notre rencontre. Je m'en souviens comme d'hier, c'était ce fameux soir où ta tante nous avait invités. On s'amusait bien, tous ensemble, et puis il s'est passé un truc, ce je-ne-sais-quoi qui fait que deux personnes se rapprochent. Ces deux personnes, c'était toi et moi, c'était nous. Je ne me serais jamais doutée en montant les escaliers qui menaient chez ta famille que j'en ressortirais avec toi qui occupais mes pensées, toi qui m'intriguais, toi qui t'intéressais à moi...
Alors j'ai cru à toutes tes belles paroles, à tes gestes attentionnés... Étaient-ils sincères ? Le saurais-je un jour ? Maintenant, ça n'a plus d'importance...
Comment accepter la fin malgré tout ?
Je n'arrive pas à te détester, d'une part parce que je t'ai sincèrement aimé, mais aussi parce que ça ne sert à rien d'en vouloir aux gens... Non, ça revient à se détester soi-même. Et toi, tu ne t'aimes pas, tu ne sais même pas qui tu es. Un gosse perdu, à l'abandon ? Un gars prêt à faire toutes les conneries ? Quelque chose s'est bloqué dans ta tête, et ça t'empêche de grandir, d'évoluer, de devenir un homme, un vrai. Pourquoi m'as-tu choisie, moi, au lieu d'une fille de ton âge, ou plutôt d'une femme de ton âge ? Pourquoi te construis-tu ce barrage qui t'empêche d'aller vers la maturité d'un adulte, d'une personne responsable, de quelqu'un de bien ? Au lieu de ça, tu t'enfermes dans le cliché de l'ado qui tourne mal. Tu fumes, tu bois, tu trompes, tu mens, tu voles, tu te défiles, tu ne te sers pas de ton cerveau... Tu ressembles aux cancres de ma classe de 4e, qui ne pensent pas aux conséquences de leurs actes, qui ne veulent pas les assumer, qui ne pensent pas à leur avenir, qui veulent rester des gosses et faire des conneries toute leur vie.
Pourquoi t'ai-je aimé malgré tes défauts ?
Comment j'ai fait pour t'aimer ? C'est la question que tout le monde me pose. Comment j'ai fait ? Je t'ai aimé tout simplement, j'étais jeune et sincère, j'étais innocente et insouciante. Au début, je suis sortie avec toi "pour le fun", pour faire "comme tout le monde". Sauf que "tout le monde" casse au bout de deux petites semaines sans intérêt. Mais non, moi j'ai voulu te garder, j'ai voulu t'aimer... Et j'y suis parvenue. Malgré les recommandations des gens qui m'entouraient, je ne pensais pas à l'avenir, je vivais au jour le jour les instants que nous passions ensemble. Je savais qu'ils étaient éphémères et qu'ils prendraient fin un jour, mais je me suis accrochée, je ne voulais pas en finir.
Nous avons souvent été séparés, soit par les longues vacances où nous partions chacun de notre côté, par les semaines entières où je te faisais la gueule, ou encore à cause de ton ramadan. J'ai respecté ta religion, j'ai respecté tes idées. Mais toi, respectais-tu les miennes ? Quand tu me montrais ta famille, je regardais les photos, mais toi tu ne voulais jamais voir la mienne. Pourquoi ? Seul toi dois le savoir... Depuis quelque temps, tu virais mal, et même si j'avais l'air de fermer les yeux et d'être une naïve, je m'en rendais bien compte. Je savais qu'il y avait quelque chose de changé en toi depuis ton retour de Nice. Tu me négligeais, tu ne faisais plus d'efforts, tu laissais faire les choses, comme quand on se laisse porter par une vague qui va s'échouer sur le rivage. Et à force, le rivage s'est rapproché, et même si je t'aimais, je me détachais de toi. Même si c'était dur pour moi, moi qui ne connaissais pas grand-chose à l'amour et à tout ça, je m'éloignais de toi, petit à petit.
Peut-être parce que je finissais par savoir qui tu étais vraiment, peut-être parce que tu avais changé. Mais une chose est sûre, quand je t'ai connu, je pensais que tu étais gentil, respectueux et honnête. Tu m'as pratiquement toujours respectée, et encore, tu as souvent manqué à tes engagements et tu n'assumais pas toujours tout ça. Gentil, tu l'as été, moins vers la fin, mais tu l'as été. Tu ne l'es plus à présent, tu as essayé de me faire du mal en me balançant des saloperies à la figure, tu m'as mal parlé, tu n'as même pas été foutu de taper toi-même ce que tu voulais dire. Moi j'ai tenté de sauver tout ça, ces 11 mois de relation, moi j'ai essayé. Essayé de te parler, en jeune fille mature, mais toi tu n'as fait que te défiler, refuser d'arranger les choses, refuser qu'on se parle face à face et qu'on sorte de ce monde virtuel. Tu as été bien lâche. Tu essaies de prouver à des mômes de 15 ans que t'es le plus fort, le plus grand, le plus fou, mais dans le fond, c'est pour cacher ta lâcheté...
Honnête, tu es bien loin de l'être, mais je ne te rappellerai pas tes manquements, tu les sais très bien. Tu as passé ton temps à mentir. Je me demande même si tu m'as vraiment aimé...
Mais tu vois, la vague a fini par s'échouer sur le sable, ou plutôt sur des cailloux tranchants. Oui car ça s'est fini avec une brutalité digne d'un sauvage. On aurait pu se quitter en douceur, gentiment, mais non. Tu as mis un point d'honneur à tout gâcher, à détruire tout ce qu'on avait construit, comme un bulldozer.
Les conséquences de tes actes
Tu ne resteras pas un môme toute ta vie, un jour viendra où tu grandiras, et là tu auras honte de toi. Honte d'avoir été si con, honte d'avoir cru que tout le monde l'était aussi. Moi, ta tante, ton oncle, ma mère, mon père, tes cousins... Eux qui t'ont aimé comme un fils, un frère, et moi qui t'ai aimé tout simplement. Te rends-tu compte de tout ce que tu as perdu, de tout ce que tu perds, par connerie, par orgueil ? Mais ton putain d'orgueil t'aura perdu. Par sa faute tu auras perdu une famille, une belle vie, l'amour de ta famille et de la mienne, et puis celui d'une petite gamine de 14 ans qui t'aimait sincèrement.
Et le jour où tu pourras me regarder dans les yeux et me demander pardon de t'être aussi mal comporté, alors ce jour-là, tu seras devenu un homme.
Le deuil et la reconstruction
Mais après tout, on a parlé de toi pendant un certain temps, et si on parlait de moi ? C'est vrai, il ne faut pas que tu crois qu'on te donne plus d'importance que tu n'en as.
Oui car pour moi, tu n'es à présent plus rien. Rien... Je n'arrive même pas à t'en vouloir. À quoi ça me servirait ? À rien... Rien...
J'ai prouvé à tout le monde, ma famille, la tienne, mes amis, que j'étais une fille bien. J'ai su me poser des limites, même si ça a été dur pour moi. J'ai agi contre mon cœur pour me protéger, j'ai su me poser des limites. Et surtout, j'ai été capable d'assumer mes actes, même si j'en avais honte. Oui, moi je deviendrai quelqu'un de bien et d'honnête, même si tu as du mal à l'accepter. Tu m'as prise pour une conne, naïve, et tu as cru pouvoir faire tout ce que tu voulais de moi. Mais c'est moi qui ai cassé, c'est moi qui n'ai plus voulu de toi, c'est moi qui ai su être intelligente et casser avant qu'on se fasse du mal. Moi le rivage, je l'ai vu venir, j'ai bien vu qu'on allait s'échouer, et j'ai quitté le navire avant qu'on y parvienne.
Cette histoire m'a fait grandir, j'ai compris qui j'étais, j'ai su me ramener à la réalité. Maintenant, j'ai repris confiance en moi, et je déborde d'assurance.
Maintenant, je pourrais soulever des montagnes, je suis prête à tout pour le bonheur des autres.
Maintenant, je sais qui je suis, d'où je viens et où je vais, même si l'avenir est incertain, je sais ce que je veux.
Maintenant, j'ai mûri et je m'ouvre de plus en plus aux autres.
Finalement, c'est mieux comme ça.
Alors voilà, j'avais besoin de t'exprimer tout ça, et ce sont sans doute les dernières paroles que je t'adresserai. Ouais, car à présent je t'ai tout dit, tout. Tout et rien.
Je ne sais pas encore si je vais t'envoyer cette lettre... Après tout, tu ne mérites peut-être pas de la recevoir, comme tu ne me mérites pas d'ailleurs.
Se libérer de l'emprise du passé
Alors maintenant, je n'attends plus rien de toi. Je sais que tu ne t'excuseras jamais, car tu te défileras encore et encore. Je te souhaites simplement d'être heureux, et de trouver un jour une femme que tu respecteras et que tu aimeras. J'espère que tu arriveras à grandir dans ta tête et que tu sauras un jour qui tu es. J'espère que tu deviendras quelqu'un de bien, même si tu commences bien mal... Je souhaite également que nos chemins ne se croisent plus, et que nous vivrons chacun de notre côté, sans nous oublier pour autant.
Cette lettre est une mise au point. Que ce soit bien clair, c'est fini à jamais, et je ne regrette rien.
Un mois après cette lettre...
Un texte contradictoire à ce que je lui ai écrit...
17/05/2006 11h30
Marre... Pas l'impression d'exister, pas l'impression de vivre, l'inertie de ma vie. Trop de sentiments enfouis, tout au fond, tout au fond... Trop de choses qui m'emmerdent, me donnent envie de dégueuler sur la vie et ses crasses, sur les gens et leur putain de peur, sur moi et ma putain de peine... Excessive ? Non, juste réaliste... Dommage, le monde ne tourne pas autour de nous, mes chères, il tourne à l'envers. Dommage...
Blasée de mon existence, je vis et subis chaque jour un peu plus l'idée d'être sur ce putain de monde...
Mon cœur est balafré, taillé, coupé en morceaux, chargé de haine et de désespoir, et mon esprit désillusionné de la vie.
Pas lâche au point de me suicider, pas triste au point de penser à couper mes veines, pas suicidaire du tout... Juste désillusionnée... Désillusionnée...
Conne au point de penser que ça te fait quelque chose, conne au point de penser que tu n'as pas oublié, conne de rêver encore...
Je sais, je ne sais pas... J'ai envie, je n'ai pas envie... Je t'aime, je te déteste... Trop de pensées paradoxales, trop de combats dans ma tête et mon cœur...
J'ai essayé de sourire, j'ai essayé de me dire que tout allait bien, j'ai recommencé à rêver, je suis montée dans mon délire de bonheur... Et je suis tombée, je me suis fracassée sur le sol froid du malheur, je me suis fait mal, du mal, très mal...
Un mois plus tard...
14/06/2006
Peut-être que demain tout ira mieux
Peut-être demain je me réveillerai
Peut-être que demain le jour nouveau chassera de mon cœur cette tristesse
Cette rancœur
D'être simplement sur terre...
J'ai la rage, j'ai la haine
Trop de douleur, trop de peine
Je me demande pourquoi moi ?
Tellement aveuglée par ma souffrance que je ne vois pas qu'il n'y a pas que moi...
Sourire, rire, être heureuse...
J'ai l'impression d'avoir oublié ces facettes de l'existence, je ne sais plus ce que c'est, je ne sais plus qui je suis, ce que je veux.
Depuis qu'il est parti, mon bonheur illusoire s'est écroulé... Et c'est long à reconstruire, et très dur... Très dur...
On en bave tous, on souffre tous, on a tous des raisons d'en vouloir à la vie.
La vie s'acharne sur nous, mais au bout d'un moment, elle a une dette à nous payer.
Peut-être que ça fonctionne comme ça après tout...
Toute ma vie, j'ai été épargnée des souffrances, enfin, je me protégeais des souffrances. Et puis j'ai voulu pimenter ma vie, j'ai voulu que quelqu'un m'aime, voilà, j'ai voulu être aimée...
Durant 11 mois j'ai nagé dans le bonheur, plus rien ne m'atteignait, je prenais tout bien, même les mauvaises choses. J'étais sur mon petit nuage, tout là-haut, comme un ange qui ne connaît que la joie, qui ne connaît que l'amour. Quand je m'embrouillais avec mes amies, avec ma famille, je pouvais toujours me dire que je l'avais lui, mais maintenant, que me reste-t-il ?
"Que reste-t-il de notre amour ?
Que reste-t-il de ces beaux jours ?"
Je crois que j'ai en moi une terrible révolte... Même dans une église je ne retrouve pas la paix de mon âme. En colère contre le monde entier, contre la vie qui me l'a pris, cette salope de vie, si je la tenais !
En ce moment, je vais mieux, le fait de sortir de chez moi, de profiter du beau temps, de mes amis, me redonne le sourire. Mais quelque chose me tracasse... Est-ce que je retrouverai quelqu'un comme lui ? Il avait des défauts, mais à mes yeux, il était parfait, même s'il a déconné à la fin...
Je commence à vraiment l'oublier. Quand j'en parle, je n'ai plus les larmes qui montent aux yeux, je ne sens plus ma gorge se serrer, mon estomac se nouer. Maintenant, ça va mieux...
Mais la tristesse est toujours là... Elle est tellement restée dans mon cœur que je la connais par cœur, et quelque part, je l'aime... Elle l'a remplacé, c'est vrai, elle l'a remplacé... Mais je ne pourrai jamais l'aimer comme je l'aimais... Et plus j'avance sur le chemin de la vie, plus les jours passent, et plus je me dis que je n'aimerai jamais quelqu'un comme je l'ai aimé lui... J'ai l'impression que je ne suis même plus capable d'aimer tout court...
Parfois, je me surprends à rêver encore qu'il revienne, qu'il me surprenne au coin de la rue, qu'il m'attende devant chez moi, qu'il soit là...
Et dans la seconde qui suit, je me dis : "Mais espèce de grosse conne, réveille-toi, c'est bon, il est parti, il s'en fout de toi maintenant, maintenant il a dû s'en trouver une autre, il a dû t'oublier."
La seule chose que j'attends, c'est de l'oublier complètement, car comme on m'a dit un jour, les souvenirs font la souffrance. Le seul moment réel et véritable, c'est le présent, et je dois le vivre pleinement, en savourant chaque seconde, car je n'ai qu'une vie.
Un an après : le bilan
Aujourd'hui
Ça va bientôt faire un an que nous nous sommes quittés. Aujourd'hui, je ne l'aime plus. Parfois, je me demande si j'arriverai à aimer quelqu'un d'autre que lui. Oui, il a été la seule personne que j'ai aimée. Voilà pourquoi je l'ai tant pleuré, voilà pourquoi j'ai tant regretté, voilà pourquoi j'ai déprimé. Maintenant, je l'ai oublié, c'est définitivement fini. Aujourd'hui, j'ai juste peur d'aimer.
Vous avez pu voir les différentes phases de cette rupture. La façon dont j'ai voulu lui cacher ma peine, la façon dont je l'extériorisais après, seule.
La façon dont j'ai guéri, je ne peux pas vous l'écrire, c'est impossible. Maintenant, il faut que j'aime à nouveau, pour réaliser que je peux aimer autrement, quelqu'un d'autre que lui.