
Il est là devant moi, accoudé au bar de la buvette, me tournant le dos. Enfin il se retourne, il m'a vue... Un sourire, quelques mots, sa main dans mon dos et ses lèvres sur mes joues... Si près, si près de lui... Le monde s'arrête de tourner, mon cœur menace d'exploser, quelques secondes d'éternité... Déjà terminées. Un simple bonjour... Je retourne m'asseoir sur le mur glacial où j'ai attendu durant deux heures. Il rentre chez lui, je fais pareil, l'orchestre continue de jouer mais pour moi la fête est terminée...
Flash-back : deux heures plus tôt
Je me doutais bien qu'il allait venir, j'avais même deviné d'assez près l'heure où il est arrivé. Quand je l'ai revu après deux mois, mon cœur a tapé dans mes côtes comme un oiseau pris au piège. Mais il ne m'a pas vue alors j'ai pu me calmer, puis je suis allée m'asseoir un peu plus loin pour le regarder. Deux heures il a dansé, dans une forme d'enfer. Plusieurs fois je crois que nos regards se sont croisés, mais je n'ai pas osé aller vers lui et il ne m'a pas fait signe. Alors je me suis interrogée : ressent-il la même chose que moi ? Le connaissant, je pensais qu'il serait venu me dire bonjour... Et ces andouilles qui doivent avoir deux fois mon âge qui s'obstinaient à m'inviter à danser ! Ne voyez-vous donc pas que mon cœur est occupé ?
Enfin il s'est arrêté. Ne sachant pas quand je le reverrai, j'ai pris mon courage à deux mains et je suis allée le voir — pas vraiment pour discuter, puisqu'on ne s'entend pas vu le volume de la musique... Et voilà, terminé, chacun rentre de son côté, je ne suis pas plus avancée...
Flash-back : deux mois plus tôt
Nous nous étions retrouvés... Par un hasard de l'administration et du planning de nos deux vies, ou par une incroyable coïncidence, au choix. Nous nous étions donc retrouvés, à passer une journée au même endroit... Quand je l'ai revu, ma première pensée a été qu'il était devenu plus que beau. Et puis la journée est passée, assez lentement ; on se voyait aux pauses, on a parlé un peu mais surtout marché côte à côte en silence, pour aller d'un bâtiment à un autre. Et pour une raison que je ne m'expliquais pas, pour la première fois, je me sentais parfaitement à l'aise avec un garçon. Et puis finalement retour à la maison, il reprenait le train le soir même, et retour à la vie quotidienne, mais avec une quantité astronomique de choses qui me tournoyaient dans la tête...
Nos origines : plusieurs années en arrière
Juste pour situer un peu... Je le connais depuis que j'ai neuf ans environ (enfin je crois). On a été à l'école ensemble pendant trois ans. Mais c'est l'âge où les filles ne parlent qu'aux filles et les garçons qu'aux garçons. Par conséquent, notre seul point commun était d'être dans la même classe. Ensuite on se croisait de temps en temps, vu qu'il habite dans le même village que moi. Et puis de moins en moins, vu qu'il s'est mis à se déplacer beaucoup pour son travail : une fois il y a cinq ans, une fois il y a trois ans, et plus du tout jusqu'à la dernière. On se connaissait, c'est tout...
Le bilan de mes sentiments
Depuis...
tout cela tourne et tourne en moi,
allez donc savoir pourquoi,
j'étais tellement bien avec lui,
mon cœur ne s'en est pas remis...
On en vient à croire au coup de foudre, à écrire des pages et des pages pour essayer de comprendre, à se dire « jusqu'ici j'ai cru aimer mais ce n'était que des illusions... », « voilà donc ce sentiment qui vous rend heureux malgré tout, malgré surtout l'incertitude qui vous ronge... »
Je garderai en mémoire ces quelques souvenirs... ces attentions, l'image de ses yeux, et les sourires à faire fondre un glacier qu'il m'a adressés...
Et maintenant ?
Qui vivra verra !