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Relations

Excrementation laborieuse

Le divin marquis de Sade, interné à l'asile de Charenton, se remémore les soirées décadentes au château du seigneur Tibax, théâtre d'expériences ésotériques et de rituels libertins.

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Appuyant son front sur les barreaux de fer, il regardait les tours dont les silhouettes étaient effleurées par de nombreuses formes blanchâtres en mouvement et où maintenant personne ne logeait, pour des raisons à la fois ésotériques et presque scientifiques. C'est que ces tours — dont le donjon faisait partie — étaient le théâtre des expériences du seigneur Tibax. Souvent, quand celui-ci avait préparé une nouvelle formule, ce n'était qu'après plusieurs semaines, voire plusieurs mois, qu'on pouvait remettre les pieds dans l'enceinte remplie de cuvettes, d'éprouvettes de toutes tailles, de bassines, d'entonnoirs et d'autres ustensiles de l'apprenti chimiste. Après avoir vérifié les résultats de ces expériences — quand résultat il y avait — il ordonnait à ses domestiques, tout simplement, sans prendre comme autrefois la précaution de surveiller les opérations, qu'ils pouvaient ouvrir les fenêtres, jeter les mixtures dans le profond fossé et nettoyer tout ce qui pouvait l'être, c'est-à-dire tout.

Bien que le divin marquis ne fût pas sorti de l'asile de Charenton depuis plus de dix ans, il se doutait bien que rien n'avait changé aux habitudes du château. Pendant qu'il appuyait son front sur les barreaux de fer, comme quand un vent du nord pénètre par le dessous de la porte, provoquant un frisson qui se promène sur toute la superficie de notre corps, tous les souvenirs qu'il avait des soirées au château se dressaient, secouaient la poussière que le temps posait sur eux. Il revoyait alors sa voiture pénétrant dans le vaste jardin qui précédait le bel édifice, comme ce fut le cas ce soir de Pâques où le seigneur breton l'avait invité à participer à l'une de ses activités favorites.

Entrant par la façade est, comme c'était l'habitude les jours de fête, il suivit un laquais chaussant des sandales pourpres à travers la cour d'honneur, encadrée par des portiques qui dissimulaient les communs et les écuries. Ils empruntèrent la superbe rampe Louis XV conduisant au premier étage, au bout de laquelle de grandes lanternes antillaises suspendues à des fils de verre éclairaient au gaz l'étroit vestibule précédant le petit salon où la plupart des invités étaient déjà assis, dispersés parmi les paravents et les éventails. Au moment où Sade venait juste de s'installer dans l'un des nombreux retraits mystérieux ménagés dans les enfoncements du salon, le seigneur se présenta dans la plus délicieuse des nudités, accompagné d'un vassal muni d'une bassine remplie d'eau qu'il posa par terre juste devant son seigneur dont il prit le pénis en érection dans le but de l'orienter vers la bassine. Tibax urina. Ce rituel achevé, les ovations des invités retentirent à l'intérieur des murs dorés par la tendre lumière des lanternes. Puis elles s'arrêtèrent brusquement : le prestigieux hôte allait prononcer la brève invitation tant attendue : « Chers amis, la moquette est à vous… »

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ida
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