
Comment notre histoire a commencé
Plus les jours passaient, plus notre amitié devenait grande. Nous étions tous les deux loin des parents. Il louait une chambre tandis que moi, je vivais chez mon oncle. J'ai commencé à lui rendre visite chez lui, mais c'était très bref car je le sentais distant. J'avais l'impression qu'il ne voulait pas d'une relation.
Un jour, j'ai préparé un gâteau que je suis allée lui offrir. Il m'a remerciée et m'a demandé de ne pas partir tout de suite comme j'en avais l'habitude. Alors je suis restée. C'est à ce moment-là que j'ai appris à le connaître davantage : sa famille, sa maman qu'il adore beaucoup et son papa. À mon tour, je lui ai parlé de ma famille. Alors les jours où j'allais chez lui se multipliaient, on se découvrait de jour en jour. Moi, je l'aimais déjà et ne voulais pas le lui dire. En tout cas, je le montrais clairement par mes actes, mais jusque-là, rien ne s'était encore produit, c'est-à-dire que nous n'avions pas franchi le cap. Peut-être qu'il l'avait déjà compris, mais tout comme moi, il était timide.
Car un de ces nombreux jours où j'allais chez lui, il m'a demandé si je voulais bien être sa copine. Je ne vous décris pas quelle fut ma joie. Bien sûr, comme toujours, je ne l'ai pas montré. Ce que j'ai eu à lui dire, c'est : « Je voudrais que tu saches une chose : je suis ton aînée de 2 ans. Est-ce que cela ne te gêne pas ? »
Il a répondu que cela ne le gênait le moins du monde et que le plus important était l'amour que nous ressentions l'un pour l'autre. Cela veut dire qu'il savait déjà que je l'aimais ! Alors j'ai dit que je voulais être sa copine.
Nous étions obligés de ne pas étaler notre amour lorsque nous nous retrouvions en classe. Nous devions faire comme tout le monde et cela ne gênait ni l'un ni l'autre. Nous nous comportions comme un vrai couple lorsque je me retrouvais chez lui. Il régnait une parfaite solidarité. Il arrivait qu'il soit à court de provisions et là, j'utilisais mon argent de poche pour le réapprovisionner en nourriture. Et il en faisait de même pour moi lorsque j'étais malade et à court d'argent.
Il nous arrivait de faire des projets à long terme, surtout lui. Il me disait le nombre d'enfants qu'il aimerait avoir et moi j'en faisais pareil. Il me donnait ses plans qu'il exécuterait lorsqu'il commencerait à travailler. Nous faisions tous deux la Licence de Technologie et lui, étant plus éveillé que moi, m'aidait à comprendre ce qu'on faisait en classe. Lorsqu'il y avait des TD à faire en groupe, je faisais toujours partie de son groupe.
Il avait tout ce qu'une fille peut désirer chez un garçon : attentionné, sensible à tes problèmes, mignon, bien qu'il fût désagréable quand il était ennuyé ou énervé. Mais l'amour que j'éprouvais pour lui réussissait à prendre le dessus.
Une fois, nous avons fêté son anniversaire. Cela a été son plus beau jour, parce que je l'ai emmené dans un endroit romantique qu'il ne connaissait pas. C'était à la plage et là, il m'a avoué que c'était la première fois qu'il avait un si bel anniversaire.

La séparation et le départ pour la France
Un jour, il m'informe qu'il va passer un concours pour une école d'ingénierie en France. Je n'ai trouvé aucune objection. Le concours se faisait au pays et j'avais confiance en lui. Intelligent comme il l'est, je savais qu'il allait réussir et ce fut le cas. Et là, je lui ai exprimé mon inquiétude : qu'allait devenir notre relation ? Il m'a rassurée en disant que rien ne pouvait l'interrompre si nous gardions le contact tout le temps par Internet. Il me disait de lui écrire le plus souvent. J'ai répondu par l'affirmative.
Il m'a dit un jour qu'il devait aller à la capitale pour faire ses dossiers et les envoyer à ladite école et que de là, il devait parler de moi à sa maman. Je lui ai fait savoir que j'avais peur de la réponse de sa mère, car ici en Afrique, les parents ne voient pas d'un bon œil l'union entre une fille plus âgée que le garçon. Il m'a répondu qu'il n'avait pas de secret pour sa mère. Il a pris une photo de moi qu'il allait présenter à sa maman. Que pouvais-je faire d'autre que de le laisser partir avec la photo ?
De son retour de la capitale, mes craintes se sont fondées. Il a dit que sa maman avait ressorti tous les aspects négatifs d'une union comme la nôtre. Et je lui ai demandé ce qu'il en pensait. Il m'a répondu que jusqu'ici, il n'avait pas encore désobéi à sa mère et qu'il ne savait pas quoi penser. D'un côté, il ne voulait pas désobéir à sa mère ; de l'autre, il ne voulait pas me perdre.
Je lui ai donc proposé de prendre une décision une fois en France, de sorte que ni moi, ni sa mère ne puisse influencer sa décision. Je lui ai aussi fait savoir qu'il ne pouvait pas éternellement suivre les conseils de sa mère, car un homme doit prendre des décisions de manière responsable, seul, et savoir les assumer. Qu'il fallait qu'un jour ou l'autre, il puisse voler de ses propres ailes. Il a été surpris de ma manière de prendre les choses et de la grande maturité dont je faisais preuve, car en fait, il avait peur que je ne fonde en larmes après qu'il m'ait dit cela.
Nous avons continué à nous voir, mais au fond de moi, j'avais peur de l'avenir de notre relation. Le jour de son départ est arrivé, j'ai eu un pincement au cœur et j'ai pleuré, à la fois parce qu'il s'en allait loin de moi et aussi parce que notre relation risquait de s'arrêter, et il m'a consolée. Je n'ai pas pu aller à l'aéroport pour l'accompagner car je venais de commencer mon stage et je devais m'y rendre. Borel a trouvé que c'était mieux ainsi, parce que si je partais l'accompagner, j'allais pleurer et là, il n'aurait pas pu retenir ses larmes.

La rupture finale à cause de la différence d'âge
À son arrivée en France, tout s'est déroulé comme prévu. Nous nous écrivions jusqu'au jour où, lors de l'une de nos correspondances par messages instantanés, il me fait savoir qu'il faut que nous arrêtions notre relation. Il a réfléchi longuement et a trouvé que sa mère avait raison. Que si nous envisagions une union, sur le long terme, l'un de nous souffrirait. Étant donné que je suis plus âgée que lui, je vais sûrement vieillir avant lui et il sera tenté de me tromper avec des femmes plus jeunes que moi. Or, il n'aimerait pas que je souffre à cause de lui.
Je n'arrivais pas à croire ce que je lisais. J'étais à la fois furieuse et désespérée. Je me suis déconnectée et je suis tombée dans une grande déprime. Après 2 semaines, je me suis connectée à nouveau et je l'ai presque supplié de revenir sur sa décision. Il m'a fait savoir qu'il fallait que je réfléchisse avec ma tête et non avec mon cœur. Et que c'était pour mon bien. Là, j'ai compris que je l'avais perdu.
J'ai aimé et continue d'aimer Borel. Bien que je redoutais cette décision, mon être ne voulait pas que cela se produise. Je suis victime de mon âge. Pourquoi a-t-il fallu que cela m'arrive à moi ? Que j'aime une personne comme je ne l'avais pas encore fait et qu'il se trouve qu'il ait cet obstacle qu'est « notre différence d'âge ». Est-ce un péché d'aimer quelqu'un de moins âgé que soi ?