
Et aimer pour de vrai, à nouveau. Aimer comme il y a longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Aimer à en pleurer de froid, de colère. Aimer à se hair de l'aimer. Et toujours l'aimer.
L'aimer pour de vrai, à en parler à ses amies comme l'homme de sa vie. L'aimer à pleurer dans le train. À rester des heures à le masser, sans parler, juste profiter. Profiter de Lui, de son sourire, se nourrir de son image pour ne jamais l'oublier. Tout en se disant qu'il faudrait passer à autre chose. Que ça serait bien, mieux. Et parfaitement savoir au fond de soi-même que c'est impossible. Justement, parce que je l'aime.
Aimer chacune de ses conneries, chacun de ses défauts. Trouver mignon ce qui aurait été pathétique chez un autre. Fondre en le voyant arriver sur son vélo pour venir me chercher après notre dispute. Lui pardonner ce mot, un « poufiasse » humoristique qui m'a si peu fait rire, faire semblant de rager, et puis en rigoler. Et l'aimer, encore et toujours plus.
Passer une heure à l'empêcher de dormir. Puis 10 minutes à trembler sous ses caresses. Et 2 heures à l'embrasser. Se sentir exploser en même temps que son cœur. Vouloir rester là, blottie contre lui, pour toujours. Vouloir lui dire ces simples mots : « Je t'aime N. » Et ne pas y arriver, bien sûr.
Alors rester là, la tête contre lui, à rêver de ce « vous deux » que tu as tellement espéré. Puis te coucher. Espérer qu'il redescendra. Le voir redescendre. Prendre sa main sans vouloir la lâcher, s'empêcher de crier à quel point tu l'aimes, le regarder remonter. Dormir son pull serré fort contre toi.
Et puis le départ. Sans un mot, rien de plus qu'un regard, et ce petit sourire en coin. Et se mettre à pleurer dans ce TER vide, se mettre à pleurer à la gare d'Agen devant mon café, se mettre à pleurer dans ce TGV rempli, notre chanson dans les oreilles et sa photo sous les yeux.
Pleurer ce temps perdu, pleurer de l'avoir connu trop tôt, pleurer de la distance, pleurer parce que tu l'aimes. Sentir tes larmes inonder tes joues, le regard de ta voisine, voir le paysage défiler à travers la vitre. Mais toi, tu t'en fiches, tu as laissé un bout de ton cœur là-bas et l'autre bout explose dans ta poitrine.
Revoir sans cesse le film de votre soirée qui se déroule dans ta tête, cette image de lui s'approchant de toi, tu la vois, la revois, encore et encore. Tu ne peux pas l'empêcher, tout défile dans ta tête, les larmes coulent, ton cœur explose, cette chanson en boucle, encore et encore. Behind Blue Eyes. Elle m'était insignifiante avant. Avant Lui. Maintenant je ne peux écouter qu'elle.
Et puis faire semblant. Faire semblant devant les parents que tout va bien, juste prétendre être fatiguée. Passer 2 heures à encore se ressasser les images de la semaine sans trouver le sommeil. Dormir dans la voiture, dormir parce que c'est la seule façon de ne pas y penser, de ne pas le voir, de ne pas souffrir.
Et encore, se réveiller avec cet écouteur dans l'oreille, qui diffuse inlassablement cette chanson. 3 heures de plus à l'écouter. Et puis faire semblant devant la famille, alors qu'ils m'apparaissent flous, comme cachés derrière un brouillard. Avoir mes amies pour me soutenir, seul échappatoire à cette douleur innommable.
Trembler à l'idée de lui parler. Puis à celle de ne pas lui parler. Trembler tout court. L'aimer. Vouloir l'oublier, limite regretter de le connaître tellement ça fait mal après. L'aimer.
Aimer. Aimer. Aimer.