
Il faut être précis. Un peu comme Picasso, la carrière de la rousse australienne se divise en 3 périodes distinctes : la période « bof bof » de 1990 à 2000, la période « ben, dis donc ! » en 2001-2002, et enfin la période « Wahooou ! » à partir de 2003... En clair, une belle évolution pas forcément évidente au début...

Les débuts de Nicole Kidman dans les années 90
Il était une fois à Hollywood, trois drôles de dames. La brune Demi Moore (statut : ex Mme Bruce Willis, spécialités : se la jouer De Niro, et faire une performance par film pour faire croire qu'elle sait jouer : se mettre à poil ; Striptease – se raser la tête ; À armes égales – bilan : une carrière en stand-by depuis 1997), la blonde Gwyneth Paltrow (statut : ex Mme Brad Pitt, spécialité : promener son regard vide et son visage inexpressif dans les films, bilan : malgré une bonne volonté évidente, elle gagne l'Oscar pour son rôle de navet dans Shakespeare in Love, elle se bidonne encore au bord de sa piscine), et la rousse Nicole Kidman. Comment cette dernière s'est-elle détachée du lot, alors que tout la prédestinait à finir comme ses deux consœurs ?
Nicole Kidman : de l'ombre de Tom Cruise à la reconnaissance

L'actrice faisait plus souvent la couverture des journaux à scandale pour sa relation et ses problèmes avec Tom Cruise que la une des magazines de cinéma. Elle était la femme de Tom Cruise, point. Il faut dire que le début de sa carrière cinématographique ne mérite pas exactement d'éloges.
Qui se souvient de ses rôles inconsistants dans Jours de Tonnerre, Horizons Lointains, Malice, Le Pacificateur ou Les Ensorceleuses ? Elle joue même la potiche dans Batman Forever, et tombe sur LE mauvais film de Jane Campion, où elle passe les 10 heures du film à s'évanouir et à pleurer.
Elle se fait quand même remarquer dans l'excellent thriller Calme Blanc (1989) de Philip Noyce, un huis clos terrifiant sur un bateau qui révèle aussi les acteurs Sam Neill (La Leçon de Piano, Jurassic Park) et Billy Zane (Titanic). Elle joue son premier grand rôle dans Prête à Tout (1995) de Gus Van Sant, film déjanté où elle incarne avec un plaisir évident une présentatrice météo perverse « prête à tout » pour réussir. Mais c'est son rôle d'Alice dans Eyes Wide Shut (1998), film testament de Stanley Kubrick, qui révèle l'étendue de son talent de comédienne malgré un rôle assez ingrat. C'est à partir de cette performance que le virage s'amorce vraiment... pour la peine, Tom Cruise la laisse tomber pour aller s'amuser avec sa nouvelle copine Penélope Cruz chez les scientologues.

Le sacre de Nicole Kidman : Moulin Rouge et Les Autres
C'est en 2001 que tout bascule. Nicole Kidman joue tout simplement dans les deux meilleurs films américains de l'année... rien que ça ! D'abord dans le rôle de Satine, la courtisane de Moulin Rouge de Baz Luhrmann. Le film fait plus que remettre la comédie musicale au goût du jour, il permet à l'actrice de briller comme jamais.
Enchaînant les scènes de comédie, de chant et de drame, le film permet à Nicole Kidman de prouver qu'elle est une vraie et bonne actrice (chanteuse aussi, c'est là que Robbie Williams la remarque pour son duo Something Stupid qui aura le succès qu'on sait). Elle est aussi à l'aise dans les scènes comiques (l'hilarante scène où elle tente de séduire Christian qu'elle prend pour le duc) que dans la tragédie (quand elle apprend la vérité sur son état de santé). Le film, même s'il ne brille pas par un scénario original (un artiste fauché est amoureux d'une belle rousse, elle est convoitée par un méchant milliardaire qui la séduit en lui offrant un collier et essaie de tuer le pauvre gars, leur amour est plus fort que tout mais l'un des deux meurt et le survivant raconte l'histoire... ça vous rappelle l'histoire d'un bateau qui coule à vous aussi ?), est filmé avec dynamisme, et la musique (des reprises des standards américains) font du film un succès qui vaut à Nicole Kidman un Golden Globe de la meilleure actrice.

Le deuxième film, Les Autres d'Alejandro Amenábar, la montre dans le rôle de Grace, une mère dont les enfants ne peuvent être exposés à la lumière du jour, qui attend que son mari rentre de la guerre dans une maison très lugubre. Elle va être confrontée à des événements assez troublants. Ce film est un bijou de terreur. Il reprend le thème de Sixième Sens avec brio. Le rôle de Grace est diamétralement opposé à celui de Satine. Nicole Kidman joue tout en retenue, cette femme rigide et terrorisée. Une réussite !

Une carrière qui s'accélère après la consécration
Depuis, les rôles s'enchaînent. Elle est nommée à l'Oscar pour son interprétation de l'écrivain Virginia Woolf dans Les Heures de Stephen Daldry, pour lequel elle porte un faux nez. Ses partenaires Meryl Streep et Julianne Moore sont aussi oscarisables. Son interprétation lui vaut son deuxième Golden Globe de la meilleure actrice.
On l'attend aussi dans Dogville, le prochain Lars Von Trier (Dancer in the Dark), un film expérimental sans décors ni éclairages. Dans Birthday Girl, elle jouera une russe délurée et partagera l'affiche avec deux Français, Vincent Cassel et Mathieu Kassovitz. Dans Cold Mountain d'Anthony Minghella, elle attendra le retour de Jude Law de la guerre en essayant de remettre sa ferme en état. The Human Stain la montrera en femme de ménage amoureuse de son patron Anthony Hopkins, et Stepford Wives, film sur un village dont toutes les femmes sont des robots programmées à être des ménagères parfaites.
De plus, elle envisage de retrouver Baz Luhrmann pour sa biographie sur Alexandre Le Grand, où elle jouerait la mère de Leonardo DiCaprio, et Lars Von Trier pour Mandalay. Elle pourrait aussi enfiler le costume en cuir de Catwoman sous la direction de Pitof...
Elle devrait bien vite trouver de quoi se consoler du départ de Tom...