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Les stars ne sont pas comme nous

Satire acide des talk-shows où les stars étalent leur vie privée. Entre enfance traumatisante, chirurgie et addictions, découvrez le "dur métier" d'être célèbre – et comment nous, simples mortels, pouvons les sauver.

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Vraiment, quel dur métier d'être une star. Il faut se rendre à l'évidence : ces gens ne sont pas comme nous, leur vie a été beaucoup plus malheureuse que la nôtre. Si maintenant ils sont reconnus et adulés par nous, les célébriphages, c'est à juste titre ! Dites-vous que ces gens en ont bavé pour en arriver là.

Mais si voyons, prenez n'importe quel talk-show avec un animateur qu'on qualifie d'« impertinent » (puisqu'on a depuis longtemps oublié ce qu'impertinence signifiait vraiment). C'est une multitude de starlettes en chair (refaite) et en os (liposuccé jusqu'à la moelle) qui défilent à la chaîne, aussi bien télévisuelle que celle de l'abattoir. Elles sont assises en ligne entre collègues, prêtes à en découdre face à l'animateur omnipotent qui trône, raide comme un cadavre, sur son siège PVC super-design.

La star doit passer toute seule, elle stresse comme un lycéen avant son oral de français. Faut la comprendre, elle a peur de s'en prendre plein la figure. Ces animateurs sont vraiment des horreurs : une répartie à toute épreuve, des sources infaillibles telles que les interviews dans Voici, des questions aiguisées comme des Gillette Sensor Excel, une grande expérience de la prose xyloglotte (*) staricienne. Ils savent persifler nos VIP, égratigner leurs personnalités jusqu'à une hémorragie d'amour-propre.

L'espace d'un instant, la star se demandera ce qu'elle est venue foutre ici, dans cette émission engoncée dans une atmosphère malsaine d'hypocrisie et d'artificialité n'apportant que stress et rires nerveux. Elle se remémorera alors les douces recommandations de son manager lorsqu'elle avait reçu l'invitation :

« Que ce soit Ardisson ou Fogiel et son gros tas, je m'en perfore la prostate à l'aiguille à tricoter. Je veux juste que tu y ailles, toi et ton nouvel étron masturbatoire fraîchement éjaculé qui ne demande qu'à sodomiser des centaines de milliers d'esprits coprophages amateurs de foutre stérile. Mais pour cela, il faut que tu te prostitues servilement sur les plateaux-repas télé pour flatter nos chers cellophanovores qui nous regardent en te soumettant à l'autorité souveraine du présentateur affublé de son bouffon. »

Après un jingle qui vous sort par les trous de nerfs et un rythme martial frappé par les spectateurs (du genre « clap clap sifflement clap clap cri d'un con voulant se faire remarquer clap clap clap ouaiiiiiis sifflements »), l'interview débute. Le tortionnaire, fier de sa position de bourreau en train de lustrer son échafaud, commence par un speech chargé d'introduire la star et d'amener le sujet sur lequel débuteront les questions. Évidemment, ce sujet, c'est quelque chose de capital qui intéresse vraiment tout le monde (enfin, tous ceux qui regardent assidûment) : la vie privée de la star en question. Et c'est là que nous, téléspectateurs ébahis, en chaussettes les pieds soutenus par la table basse, remarquons bien que ces gens ne sont pas comme nous !

L'interview télévisée : un rituel bien rodé

Généralement, la célébrité au début de l'interview est heureuse. Parfois, c'est le présentateur qui le dit avant et c'est la star qui confirme. Les raisons de sa joie peuvent être multiples : nouveau boy/girlfriend, mariage, ou tout simplement pas de raison. Premier décalage avec nous : quand on est joyeux, on sait pourquoi. L'animateur ne s'attarde pas trop sur cet aspect, il sait bien que les téléspectateurs s'en foutent qu'une star soit joyeuse, il enchaîne donc sur le passé de la star, qui lui est sombre et troublé. Dans son speech, on découvre une enfance difficile, des parents caractériels, des conditions de vie déplorables, bref un début d'existence horrible qui a marqué la star à jamais, ce qui transparaît dans ses créations d'aujourd'hui, empruntes d'une grande souffrance du cœur, et oui : nous sommes au XXIème siècle et on croit encore qu'un organe creux et musculaire, qui assure la circulation du sang, est doué d'émotivité.

Au cours du speech, le visage de la personnalité, au départ avenant et souriant, tombe en décomposition : on voit bien qu'elle en a bavé étant petite, preuve encore que ces gens sont tout sauf normaux ; jamais chez nous on a eu d'enfance difficile. Le malheur prépubère, on ne connaît pas.

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Les confidences choc des célébrités

Aux premières questions, la célébrité frémit quelque peu, hésite parfois. Heureusement, pour favoriser son répit, la production dans un sursaut d'altruisme a disposé sur la table des verres contenant une forte saturation de monoxyde de dihydrogène que les invités peuvent glouglouter à leur convenance. Ces questions portent sur les circonstances des années noires de la star. Alors qu'elle était méfiante au départ, cette dernière se laisse aller aux explications hyper détaillées sur les conditions de l'horreur, commençant par les sujets bénins comme les persécutions à l'école, puis en enchaînant rapidement vers de plus grandes ignominies commises contre elle.

Un silence de mort s'installe sur le plateau à l'évocation de la fréquence des coups de martinet paternel sur l'abdomen et des collèges déshonorants sur le physique jadis ingrat de la VIP-ctime. Même le présentateur n'ose pas interrompre ce discours empreint d'émotions diverses (un animateur royaliste, dont je tairai le nom, ponctue tout de même avec des « ouais, ouais »), non pas parce qu'il est atteint de sensiblerie – il s'en fout royalement à vrai dire – mais parce que c'est une érection d'audimat qui est en train de se produire : les gens restent scotchés, sauf les cyniques qui, eux, zappent.

Et oui, ceux qui regardent la lucarne fouettée aux électrons sont frappés de stupeur : jamais ne leur serait venu à l'idée que des choses comme des viols et des parents alcooliques pouvaient avoir cours dans leur milieu. Quand la logorrhée de la célébrité prend des allures d'autobiographies pour les veaux et les génisses, le présentateur sent le moment propice pour intervenir en posant une question judicieusement tournée selon le contexte du récit où en était arrivé la personnalité dans son hagiographie pre-mortem.

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Chirurgie esthétique et argent : les questions tabous

Dit ainsi, cela paraît subtil, mais c'est invariablement la même interrogation si le sujet est de type femelle : « Vous avez déjà eu recours à la chirurgie esthétique ? Et si oui, combien ça a coûté ? » ; et si le sujet est de type mâle : « Combien est-ce que vous gagnez par mois ? Et qu'est-ce que vous pensez des femmes qui ont recours à la chirurgie esthétique ? ». Le corps et le fric sont des sujets tellement tabous de nos jours que ce genre de questions constitue le summum de la provocation, vraiment.

Si la star féminine répond dans l'affirmative, elle s'empressera de chercher des excuses dans son passé pour ce comportement si inhabituel. De toute façon, le bouffon du présentateur volera à son secours en disant qu'« il paraît que machine s'est faire refaire ça et ça, alors, voyez... » (mais WHO CARES ?). Si elle répond de façon négative, c'est forcément la vérité : ce n'est pas dans l'habitude des stars de faire des mensonges éhontés. Le mec lui, ne fournira pas de réponses, « non, j'aime pas trop parler d'argent » qu'il dit, tenons-lui gage de sa bonne foi !

Quand l'interview devient séance de psychanalyse publique

Ce n'était qu'une mise en bouche, nous abordons maintenant les questions relatives au psychisme. La personnalité a esquissé en début d'interview une enfance, voire une vie entière, douloureuse. Il est donc normal que le présentateur s'infiltre dans cette brèche :

« *– Vous n'avez pas toujours profité de la vie comme vous le faites aujourd'hui, votre père est mort lorsque vous aviez 7 ans, votre mère est actuellement dans un asile. Vous avez appris que votre frère a attrapé un staphylocoque doré et qu'il risque d'avoir une septicémie si on ne lui ampute pas le bras jusqu'à la clavicule. Vous en êtes actuellement à votre 5ème procédure de divorce et votre 4ème fille, que vous avez eue à 15 ans, vous intente un procès pour obtenir l'héritage que vous avez promis à votre chien qui, je cite, "a été votre plus fidèle ami, contrairement aux autres". Quant à vous, vous avez fait diverses psychanalyses mais aucune n'a marché, vous vous êtes donc mis à boire, puis vous droguez avec des drogues de plus en plus dures, vous étiez donc une épave, un sous-humain, une grosse merde bien pourrie, on peut le dire hein ? Mais récemment vous avez rencontré quelqu'un, et apparemment ça va mieux.

– Oui, c'est vrai que j'ai eu des périodes difficiles mais ça va mieux maintenant.* »

L'animateur exigera des détails sur les anciennes habitudes sordides de la star, notamment sur un sujet inconnu des masses populaires : l'alcoolisme. Évidemment, mélangé avec des drogues et de la clope parce que sinon ce ne serait ni drôle ni authentique. La descente puis la remontée, c'est le programme de la soirée.

Un spectacle passionnant pour le téléspectateur lambda

Et ce discours est passionnant, pour nous qui ne connaissons rien de semblable, nous sommes tous à peu près heureux de notre vie, alors découvrir une existence torturée pleine de chimères dans la petite lucarne, quelle expérience ! Regardez donc ces pauvres gens obligés d'aller sans cesse sur les plateaux télé pour arracher quelques maigres acheteurs potentiels pour leur dernière œuvre. Pour cela, ils sont obligés de répondre à des animateurs despotes et d'étaler outrageusement leur vie privée avec les détails les plus ignobles.

Heureusement pour eux, ils vont mieux, mais imaginez combien il est pénible pour eux de nous raconter cela. Et malgré la minute lèche-bottiste salvatrice de rigueur en fin d'interview (du type « [l'œuvre en question] de [la star sur le plateau] chez [un éditeur quelconque], achetez-le, ça vaut le coup »), la star, embuée de mélancolie à cause de ces brusques exhumations de souvenirs douloureux, jouera à l'aspirateur nasal TGV glissant sur les rails de coke dans la soirée VIP qu'elle rejoindra après l'émission.

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Comment aider les stars en détresse ?

Les stars ne peuvent vivre sans nous, en cas d'échec elles sombrent. À nous de les sauver ! Pour ceux que ça fend le cœur de voir nos stars divorcer, se droguer et boire, nous pouvons faire quelque chose ! La chance qu'on a, dites-vous le bien, notre vie est exagérément calme, nous vivons bien au-dessus de nos moyens, on peut faire quelque chose de nos journées. Nous ne sommes pas névrosés, nos parents ont tous été cool.

J'ai entendu à plusieurs reprises des gens qui seraient envieux de la position des stars, malheureux ! Ne les entendez-vous pas ? Leur existence est horrible, regardez-les se plaindre, contrairement à nous qui sommes comblés. Mais parce que notre vie est un ravissement de chaque instant, doit-on pour autant laisser dans la dèche cette classe de la population ? Non, nous pouvons les aider ! Envoyez vos dons au Secours Impopulaire, seules les cartes de crédit sont acceptées.

Sérieusement, leur cas n'est pas désespéré, mais ils ont besoin de l'aide de chacun, faisons preuve d'altruisme, d'humanité et de solidarité : achetons leurs trucs.

() : néologisme signifiant langue de bois*


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raz
raz @raz
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