Image 1
People

Le Congo et le rêve Protestant de Bokeleale

Jean Bokeleale a transformé une modeste maison en un patrimoine spirituel considérable en moins de 30 ans.

Did you like this article?

Image 1

Jean Bokeleale : le bâtisseur visionnaire du protestantisme congolais

Bokeleale et l’homme qui rêvait de bâtir sont deux éléments indissociablement liés. Lorsqu’il succéda au Révérend Docteur Shaumba à la tête du Conseil Protestant au Congo (CPC) en 1968, puis de l’Église du Christ au Zaïre (ECZ) à partir de 1973, Jean Bokeleale servit comme Président National jusqu’en 1996. À cette époque, l’ECZ—aujourd’hui devenue ECC (Église du Christ au Congo)—ne disposait que d’une maison de quatre pièces servant de siège national à Léopoldville (actuelle Kinshasa). Un bâtiment modeste qui, selon les témoignages, ressemblait à une presqu’île en ruine.

Une transformation remarquable

Cinq ans après la prise de fonction de Jean Bokeleale, en 1978, l’ECZ célèbre le premier centenaire du protestantisme au Zaïre. L’Église possède alors un bâtiment R+4 dans le quartier bourgeois de la Gombe, fièrement inauguré par le Maréchal Mobutu. C’est ainsi que débuta la marche grandiose de l’ECZ, puis de l’ECC, sous le leadership transformationnel de Jean Bokeleale. Le Comité d’Organisation du premier Centenaire Protestant conclut son manifeste de 1978 en plébiscitant les différents projets de développement lancés par le Rév. Dr Bokeleale.

Pour les protestants de l’époque, cette mobilisation rapide signalait qu’une étoile hors du commun s’élevait sur l’ECZ, dans un contexte où le mot d’ordre était : plus vite et plus loin. Selon Lukusa Mbuyamba, aujourd’hui octogénaire, qui garde le souvenir de cette belle époque, les protestants évoluant en clandestinité disaient avoir reçu de Dieu une grande étoile. Un autre qualificatif attaché à Jean Bokeleale : l’expression « Un fils nous est donné », empruntée au livre d’Ésaïe 9,6. Il n’est pas surprenant que cette expression, utilisée par les mages pour annoncer la venue de Jésus-Christ, ait été employée plus de mille ans après pour circonscrire les œuvres de foi du Rév. Dr Bokeleale à l’ECZ, aujourd’hui ECC. N’est-ce pas Jésus-Christ le Grand Charpentier ? Celui qui donne forme aux choses informes et qui appelle à l’existence des choses inexistantes ? Car Dieu dit : « Créons l’homme à notre image »—le bâtisseur de l’Église du Christ au Congo n’était point différent.

Un héritage considérable

D’une presqu’île de quatre pièces construite sur les marécages à un patrimoine considérable en plein cœur de la République du Zaïre : tel est le legs de Jean Bokeleale à son départ en 1998. Outre la Faculté Protestante de Théologie au Zaïre—devenue Université Protestante au Congo en 1970—le patrimoine légué par Bokeleale comprend des écoles, des instituts, des œuvres médicales (comme SANRU), des micro-finances et des initiatives agricoles. Bokeleale lègue aux protestants un héritage dont ils peuvent être fiers en tant que partisans de la Réforme de 1517.

Cependant, la nature humaine admire les belles formes et les architectures somptueuses sans toujours penser aux énormes sacrifices qui les ont rendues possibles. Le chemin parcouru par Jean Bokeleale n’était pas parsemé de roses. L’histoire nous enseigne que rien dans le protestantisme n’a été obtenu sans lutte. Jean Bokeleale, compté parmi les trois pères du christianisme au Congo aux côtés de Kimbangu et de Malula, possédait une compréhension parfaite de la notion de « protestant progressiste ».

Les défis du protestantisme congolais

Du Congo-Belge au Congo post-colonial, les protestants avaient été marginalisés et privés des moyens favorisant le développement holistique. Toutes les missions protestantes pénétrant au Congo étaient envoyées aux confins du pays, dans des sentiers arides. Coupées de toute communication avec Kinshasa, ces missions éprouvaient d’énormes difficultés pour acquérir les documents officiels et ne bénéficiaient d’aucune assistance de l’État. Jean Bokeleale avait connu dès son jeune âge l’injustice dont souffraient les protestants—une injustice qu’il dénonça à plusieurs reprises dans ses célèbres lettres pastorales.

C’est à travers cette lampe-témoin que les premiers Congolais protestants sont sortis de l’ombre pour s’affirmer pleinement. Grâce à sa bonne gouvernance marquée par de multiples œuvres de foi, les fidèles prirent goût à l’identité protestante et purent s’affirmer publiquement, sans complexe ni crainte de représailles. Avant l’ère Bokeleale, les protestants occupant des postes administratifs étaient forcés de renier leur appartenance ou d’accepter des compromis.

La vision du bâtisseur

Bokeleale avait compris que du néant rien ne devient jamais. Pour asseoir la foi protestante au Congo, inspirer les masses et habiliter les fidèles à son expansion, il fallait avant tout doter cette Église d’un édifice de taille. C’est cet engagement qui lui valut le titre de Grand Maître Bâtisseur. Aujourd’hui, plus de treize ans après sa disparition en 2004, son étoile continue d’inspirer les générations protestantes, bien que sa pensée philosophique et sociale n’ait pas été vulgarisée après son passage.

Un leader incontournable

Pour beaucoup de protestants, laïcs comme pasteurs, Bokeleale resta longtemps leur unique point de jonction. Beaucoup se souviennent de lui comme du dernier rempart vers lequel se tournait le regard des protestants en temps de grands enjeux. Un homme doté d’une sagesse légendaire et d’une forte capacité d’appréhension. Jean Bokeleale est remémoré pour avoir fait de l’unification protestante son premier et dernier article de foi. Les 63 communautés membres de l’ECC durant son règne avaient en lui un interlocuteur avisé capable de s’affirmer n’importe quand et n’importe où.

Doit-on parler de Bokeleale comme d’un effet générationnel ? Dans mes enseignements sur le leadership, j’ai toujours souligné que le bon leader est celui qui construit le pont et laisse des hommes ordinaires le traverser. Lorsqu’en 1998, Jean Bokeleale se retira pacifiquement de l’ECC, les laïcs protestants s’inquiétaient de savoir combien de temps il faudrait pour qu’une étoile similaire s’élève. Certains affirmaient que l’école de Bokeleale produirait des prototypes similaires ; d’autres concluaient qu’un homme avec telle vertu était impossible à reconstruire. Lequel des deux camps a eu raison ? L’avenir demeura incertain pour les protestants, et même en 2017, il reste toujours incertain.

Le paradoxe du succès

Résolvons cependant ce paradoxe : comment cette Église protestante, marginalisée pour ses prises de position, a-t-elle pu se doter d’un patrimoine aussi important dans le Zaïre de Mobutu ? La réponse réside dans l’enthousiasme et la détermination que Bokeleale suscita dans la grande masse laborieuse protestante, ainsi que dans le sens élevé de l’éthique protestante qu’il incarnait. Si Calvin et Luther ont mis 500 ans pour réaliser la Réforme, Bokeleale, grâce à une vision progressiste et une gestion crédible, a suffi moins de 30 ans pour ouvrir toutes les portes à la foi protestante au Congo—une percée sans précédent dans l’ensemble du mouvement protestant.

Un héritage oublié

Décédé en 2004, Bokeleale devint non seulement une référence pour la foi protestante au Congo, mais aussi une icône planétaire et l’un des symboles de la résistance protestante. À la Cathédrale du Centenaire Protestant où son corps repose, un calme envahit le cimetière. Avant de rédiger cet article, je suis allé rendre visite à Bokeleale dans sa dernière demeure, mais j’ai eu du mal à retrouver son carré spécial, bien qu’il soit effectivement enterré à cet endroit. Devant une croix en grande partie fondue, décimée par les pluies, et un caveau envahi par la poussière, on ne saurait reconnaître l’homme noble qui s’y repose—de quoi tirer la sonnette d’alarme.

L’essor de l’Église du Christ au Congo

C’est pendant le leadership de cet homme que l’Église du Christ au Congo (ECC) connaît son essor véritable. L’ECC mit en marche de nombreuses initiatives de développement dans divers domaines socio-économiques. La participation de l’Église dans les secteurs de l’éducation, de la santé, du développement social et de la micro-finance témoigne de cette vision globale et transformatrice.

Did you like this article?
richie ronsard
50 articles 0 abonnés

Commentaires (1)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...