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La situation des femmes en Inde du 19è au 21è siècle

Plongez dans l'évolution des droits des femmes en Inde, de l'esclavage du 19e siècle à la lutte actuelle pour l'émancipation.

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Quelle était la situation des femmes avant le 20e siècle ?

Avant l'arrivée du 20e siècle, une période dominée par la montée du modernisme et l'entrée dans la mondialisation, les femmes en Inde vivaient dans un monde difficile et isolé de l'extérieur. À cette époque, la femme indienne était marginalisée : considérée comme un objet sexuel, elle était condamnée à une vie domestique et privée du droit de travailler ou de divorcer.

Les femmes étaient victimes de mariages forcés. Jugées naïves et incapables de choisir leur conjoint, elles devaient se soumettre aux arrangements de leurs familles. Dès l'âge adulte, un contrat était établi entre deux familles et un mari était désigné. La communauté, dominée par les hommes, détenait le pouvoir de décision sur la vie amoureuse des femmes. Quels que soient les problèmes conjugaux, elles étaient forcées de rester avec leur époux. Le principe était simple : « Ceux que la communauté a unis, nul n'a le droit de séparer ».

Elles vivaient dans un monde où elles étaient contraintes de suivre à la lettre les prescriptions religieuses et les ordres de leurs époux. L'homme était considéré comme le chef ultime de la famille, un despote et le propriétaire de la femme. Quelle que soit la situation, la femme n'avait pas le droit d'élever la voix ni de réclamer ses droits. Les Indiennes de cette époque vivaient dans un réel esclavage et devaient rester vertueuses face à leurs maris.

Celles qui osaient s'exprimer risquaient d'être battues, maudites ou expulsées du village. Les plus malchanceuses étaient agressées, voire tuées par leurs époux. La justice ne poursuivait pas les maris, car la femme était considérée comme leur propriété. Avec l'accord de la communauté qui accusait certaines femmes d'enfreindre les lois traditionnelles, la malédiction pesait sur elles : expulsion ou mise à mort.

Le dix-neuvième siècle fut un enfer pour les femmes en Inde. Absentes de l'administration, elles travaillaient dans l'agriculture et l'élevage. La plupart n'avaient pas le droit d'aller à l'école, un privilège réservé aux hommes. Ce système, décrié par la communauté internationale, forçait l'Inde à créer un espace vivable pour les femmes et à revoir sa structure pour donner plus de valeur à celles qui, victimes d'exclusion, souffraient d'un complexe d'infériorité.

Ailleurs, en Europe par exemple, les femmes jouissaient déjà de privilèges et l'émancipation faisait son chemin. De nombreux hommes encourageaient la parité. Le monde avait compris que la femme était un être semblable à l'homme, doté des mêmes qualités et potentialités. Pendant que l'Europe avançait vers des sociétés de droits, l'Inde semblait vivre à l'opposé de cette réalité, présentée comme un État radical dans les tableaux diplomatiques. Les droits des femmes étaient loin d'être libéralisés. Cela donnait au monde une fausse impression : la femme indienne était vue comme intègre car elle ne divorçait pas, sans que l'on appréhende la situation interne d'esclavage et de silence.

Critiquée, l'Inde fut contrainte d'ouvrir ses portes aux femmes dans l'éducation et l'administration, et de valoriser leurs droits. Ces dénis existaient malgré l'influence britannique, car les Britanniques n'avaient pas réussi à effacer les vieilles traditions indiennes face à un peuple radical attaché à ses dieux et à sa culture.

Le dix-neuvième siècle s'est donc terminé avec une demande de réforme de la politique sur les droits des femmes. La situation était catastrophique pour l'Inde qui, contrairement à la Chine, devait s'appuyer sur sa population pour servir d'exemple démocratique et valoriser la femme. L'Inde devait impérativement revoir sa politique.

Quelle est la situation des femmes au 21e siècle ?

Au 21e siècle, la situation est radicalement différente de celle d'il y a deux siècles. L'Inde ancienne n'a pas complètement disparu : nous faisons face à un combat entre deux cultures, une lutte pour le conservatisme de la vieille culture contre l'occidentalisation.

La condition des femmes dans les grandes villes

Dans les grandes métropoles comme New Delhi, Goa, Mumbai et autres, on assiste à un choc des cultures. La culture indienne traditionnelle tend à disparaître, bousculée par l'européanisation et l'américanisation. À New Delhi, où la jeunesse domine, nous assistons à une lutte pour le modernisme. La vieille classe voit cela comme une menace, certaines jeunes femmes suivant la mode française et semblant avoir perdu leur identité indienne.

Nous sommes aujourd'hui très loin de l'Inde du 19e et du 20e siècle. Dans les grandes villes, les femmes sont conscientes de leurs droits et restent vigilantes. Elles jouissent du droit de protester et de riposter aux atteintes à leurs droits. Pour sécuriser les femmes, le gouvernement indien a lancé une police féminine, chargée de prévenir le harcèlement sexuel, notamment dans les transports en commun.

Dans ces villes, deux mondes coexistent et s'affrontent : la tradition et le modernisme. Pour de nombreux parents, la question est de savoir s'il faut laisser leur fille porter une jupe ou un sari. Certains s'inquiètent pour l'avenir de la culture indienne, les jeunes étant dominés par la culture occidentale véhiculée par la télévision et Internet.

La question se pose de savoir si l'occidentalisation aura un impact positif ou négatif sur l'avenir du pays. À Delhi, les jeunes femmes se sentent gênées de porter le sari ou le kurtas, préférant jeans et jupettes. La vieille génération au pouvoir juge ces tenues inappropriées, voire impolies. La vieille culture indienne célébrée dans l'histoire semble aujourd'hui entre la vie et la mort.

Les Indiennes des grandes villes ne vivent plus les différences de sexe du 19e siècle. Elles sont présentes dans l'administration et la politique, possèdent des voitures, vont à l'université. Elles ne sont plus jugées en termes de féminisme mais avancent sur tous les fronts. Elles jouissent du droit au divorce : près de 40 % des femmes mariées à New Delhi renoncent chaque année au mariage.

Malgré ce droit, certaines vivent encore sous l'influence modérée de leur conjoint. Dans les grandes villes, un mari qui bat sa femme est punissable, et celle-ci peut engager des poursuites judiciaires, une chose impensable au siècle précédent.

L'européanisation de la culture dérange beaucoup, mais la politique reste bloquée. La classe politique montante, dominée par les jeunes, s'oppose à toute législation sur les tenues vestimentaires. Pour ces politiciens, il n'est pas question de revenir en arrière. La vieille classe politique, impopulaire, insiste sur la conservation de la culture des Védas.

Les jeunes femmes portent souvent des tenues occidentales, ce qui crée des tensions. Dans un pays où cohabitent passé et présent, nombreuses sont celles victimes de viols par des hommes dont la mentalité est restée ancrée dans le passé, considérant les corps exposés comme disponibles. Les autorités sont alertées, mais leurs propositions d'interdire les tenues occidentales risquent d'échouer face à la jeunesse influencée par la mondialisation.

L'accès à Internet et aux chaînes étrangères comme TV5 MONDE, BBC, CNN ou TRACE TV a transformé les mentalités. Il y a quelques années, voir une jeune Indienne en bikini sur une plage était impensable. Aujourd'hui, à Goa ou Delhi, c'est devenu une routine acceptée par la jeunesse, bien que la vieille classe s'en sente humiliée.

Dans les grandes villes, les droits des femmes sont respectés, la parité est en voie d'être atteinte et l'émancipation est appuyée par de nombreux hommes. À Delhi, le taux de divorce parmi les femmes mariées est élevé, signe d'un environnement plus libre où elles peuvent refaire leur vie.

Cependant, un problème majeur persiste : le viol. Les femmes sont victimes d'agressions sexuelles collectives et se sentent en insécurité. Le cas du 16 décembre 2012, où une jeune étudiante a été violemment agressée par un groupe de jeunes voyous et est décédée des suites de ses blessures, a marqué les esprits. Ces actes sont nombreux et la vieille classe politique blâme les tenues occidentales, tandis que le gouvernement tente de limiter les dégâts en réservant des places pour femmes dans les bus et le métro.

Après ce drame, des soulèvements ont eu lieu, mais le blocus persiste entre les deux classes politiques. Les femmes ne sont pas prêtes à abandonner leurs tenues modernes, levant des banderoles : « Ne me blâmez pas pour mon habillement. Dites plutôt à votre fils que le viol est un manque de respect ».

L'absence d'éducation sexuelle dans le milieu éducatif et l'interdiction de l'orientation sexuelle ont des conséquences graves. Les jeunes découvrent le sexe par eux-mêmes, consultant souvent le Kâma-Sûtra ou des films pornographiques, ce qui a accru le taux de viols dans les grandes villes ces vingt dernières années.

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Les droits des femmes dans les campagnes

Dans les villages, le 19e siècle résiste encore. Si les Indiennes des villes jouissent de libertés, dans les campagnes, les anciennes coutumes persistent. Les femmes sont soumises à des interdictions et vivent sous la dictée de leurs maris, opprimées et sans droit au divorce. Leur situation est misérable. Mariées très jeunes, parfois dès seize ans, elles subissent des unions forcées.

Les femmes sont forcées de vivre dans l'ombre de maris qui détiennent un pouvoir total sur elles. Le travail leur est souvent refusé ; elles sont considérées comme des femmes de ménage, chargées de gérer la famille et l'éducation des enfants. Les hommes sont stricts et violents : lorsque les épouses ne répondent pas à leurs attentes, elles sont battues, voire tuées.

Les hommes jouissent de plus de privilèges. Lorsqu'une femme se plaint au chef du village, c'est la voix de l'homme qui prime. L'éducation est refusée aux filles, destinées aux tâches ménagères. À Ashram, une zone de Delhi à tendance musulmane, des lois locales de juillet 2012 interdisent aux femmes l'usage du téléphone portable avant 42 ans et l'accès au marché avant 45 ans, tout en les obligeant à se couvrir la tête.

En juillet 2012, des images choquantes ont circulé : une femme accusée d'avoir désobéi à son mari a été battue publiquement sur ordre des sages du village. Dans la province d'Uttar Pradesh, le port du pantalon est interdit aux jeunes filles. Le voyage vers la liberté est loin d'être achevé. Non scolarisées, les filles sont contraintes aux tâches religieuses et domestiques, vues comme des esclaves au service de leurs maris.

Pire encore, la commercialisation des femmes par leurs époux existe. Par pauvreté, certains maris forcent leurs épouses à se prostituer pour assurer la survie du foyer. La femme est réduite à un objet sexuel et une source de revenus.

L'éducation des filles, une priorité

Pour améliorer la situation des femmes dans les villages, le gouvernement indien, avec l'appui de l'Unicef, a fait de l'instruction féminine une priorité. « Éduquer une femme, c'est éduquer toute une nation ». Pour encourager les familles, l'éducation est gratuite pour les filles dans les écoles publiques jusqu'en terminale, et les bourses permettent aux plus brillantes d'accéder à l'université. Le gouvernement a ouvert des écoles uniquement pour filles, pouvant accueillir plus de 500 élèves gratuitement, traduisant sa volonté de changer le statut des femmes.

Le mariage forcé en Inde

En Inde, que ce soit dans les villes ou les provinces, le libre choix du conjoint reste rare. Les familles arrangent les mariages, jugeant les filles trop naïves pour faire le bon choix. Dès l'âge adulte, la famille cherche un époux idéal. La fille doit obéir, la voix de la famille étant considérée comme la voix de Dieu. Dans les villes comme Delhi, certaines tentent de contester ce choix, mais la famille a souvent le dernier mot, parfois appuyée par un gourou corrompu pour valider sa décision par les astres.

Universitaire ou non, la femme doit accepter de vivre avec un inconnu. Il n'y a pas de fiançailles ni d'expériences amoureuses avant le mariage. Bien que la fréquentation soit possible aujourd'hui, elle reste clandestine et n'aboutit que rarement au mariage. Il existe des cas tragiques de jeunes filles se suicidant parce que leur famille refuse leur petit ami.

Ces couples imposés souffrent souvent d'incompatibilité. Ils découvrent tardivement les désirs et les dégoûts de l'autre. Dans les grandes villes, plus de 35 % des nouveaux couples échouent et plus de 40 % divorcent l'année suivante. Les femmes ne jouissent pas encore du droit de choisir librement leur conjoint. En 2011, des milliers de femmes ont manifesté pour la libéralisation de ce choix, sans succès.

J'ai connu l'histoire triste de Sonia, une jeune Indienne amoureuse d'un étudiant africain nommé Yan. Ses parents interdisant cette relation, ils l'ont forcée à épouser Keshav, un homme de leur caste. La veille du mariage, Sonia a exigé de voir Yan, lui demandant de continuer à la rencontrer malgré tout. Le jour du mariage, elle pleurait et passait ses nuits au téléphone avec son ex-amoureux. Elle a demandé le divorce à son mari, qui a refusé sous la pression familiale. Sonia a tenté de s'enfuir avec Yan en Afrique, mais il a refusé. Elle se déclare la femme la plus malheureuse du monde. C'est le prix des mariages forcés en Inde.

Pourquoi y a-t-il des homicides prénataux ?

L'Inde légendaire n'a pas totalement disparu. Les homicides prénataux, surtout pratiqués dans les provinces, persistent. Le meurtre volontaire de bébés filles est une réalité froide.

La cause principale est la pauvreté et le système de la dot (dowry). Contrairement à de nombreux pays d'Afrique où la famille de l'homme paie une dot, en Inde, c'est la famille de la femme qui doit verser une somme colossale à la famille du mari. Le montant varie selon la valeur sociale de l'homme et peut atteindre des sommes exorbitantes, jusqu'à un million de dollars américains dans certains cas. Le mariage est devenu une entreprise financière pour la famille du mari.

Pour une famille, avoir une fille signifie travailler des années pour payer sa dot. Face à cette perspective, beaucoup préfèrent avorter si le fœtus est de sexe féminin, ou éliminer l'enfant après la naissance. Les familles pauvres qui ne peuvent pas payer la dot voient parfois leurs filles se diriger vers la prostitution.

Pour lutter contre ce phénomène, le gouvernement indien a interdit la détermination prénatale du sexe et menacé les médecins pratiquant ces actes de prison. Cependant, les homicides continuent en complicité avec le corps médical. Le phénomène ne diminuera que si les lois sur le mariage et la dot sont réformées.

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richie ronsard
Richie Lontulungu @richie ronsard
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