
« J'ai été violée par des gardiens, rongée par des rats et empoisonnée par la nourriture avariée. J'ai été enchaînée dans des cellules, enfermée dans des camisoles de force et à moitié noyée dans des bains glacés. »
C'est l'histoire de la destruction sauvage, brutale et impardonnable d'une des actrices les plus douées de son temps par des psychiatres.
Frances Farmer : une carrière hollywoodienne qui s'effondre
Alors que sa carrière professionnelle explosait, sa vie personnelle se désagrégeait. Malgré un mariage avec l'acteur Leif Erickson, les rapports s'étaient détériorés sous la pression du succès. Frances avait déjà développé une dépendance aux amphétamines (Benzedrine), qu'elle prenait pour conserver sa ligne.
En janvier 1943, elle entre dans un combat contre le « système » hollywoodien et se fait arrêter.
L'enfer de la psychiatrie institutionnelle abusive
Pendant les sept années suivantes, Frances Farmer est irrémédiablement happée par le monde sombre de la psychiatrie et des abus médicaux. Après avoir été à tort déclarée psychologiquement instable — à cause des amphétamines —, elle subit une série de traitements violents conçus pour la dépouiller de sa dignité et de son talent.
Chocs à l'insuline : une torture psychiatrique
Dès son admission au sanatorium, Frances est soumise au traitement de choc à l'insuline, « une torture psychiatrique brutale qui assomme le corps et inflige des dommages cérébraux étendus ». Après quelque 90 injections, Frances ne peut plus se concentrer ni retenir quelques lignes de texte. Elle réalise que les psychiatres détruisent systématiquement la seule chose qu'elle ait jamais pu préserver : sa foi en sa créativité artistique.
Évasion et réinternation forcée
Terrifiée, Frances Farmer s'échappe, mais elle est de nouveau internée à la suite d'une plainte de sa mère. À l'hôpital occidental de l'État de Washington, à Steilacoom, les psychiatres entreprennent immédiatement une série intensive d'électrochocs pour tenter de briser sa volonté rebelle. Face à l'échec de cette méthode, un nouveau traitement brutal est ajouté : « l'hydrothérapie ». Aujourd'hui illégale, cette pratique consistait à mettre Frances nue et à la plonger dans un baquet d'eau glacée pendant six à huit heures. Après plusieurs mois de torture, elle est déclarée publiquement « complètement guérie ».
Hôpital de Steilacoom : violences et maltraitances
De retour chez elle, Frances Farmer reste terrifiée à l'idée d'être réinternée et s'enfuit à plusieurs reprises. Agacés par la publicité qui semble souligner leur échec, les psychiatres contactent sa mère et expliquent que « Frances les a dupés » et qu'elle a besoin de davantage de « traitements ». Quelques mois plus tard, sa mère la renvoie à Steilacoom. Elle y restera cinq ans… plongeant cette fois dans l'enfer.
Les conditions sont barbares : enfermée avec des criminelles et des personnes en situation de handicap mental, nourrie avec des repas jetés sur des sols sales, Frances Farmer est de nouveau soumise à des électrochocs réguliers. En outre, elle est prostituée aux soldats d'une base militaire voisine, violée et maltraitée par les gardiens. Elle sert également de cobaye pour des médicaments tels que le Thorazine, le Stelazine, le Mellaril et le Prolixin.
Lobotomie transorbitale : le Dr Walter Freeman
L'un de ses derniers visiteurs avant d'être déclarée « traitée » et libérée est le Dr Walter Freeman, le premier « psychirurgien » d'Amérique, qui a développé la lobotomie transorbitale — un traitement consistant à inciser les paupières et insérer un instrument pour détruire des parties du cerveau.
Frances Farmer : une étoile hollywoodienne brisée à jamais
Lobotomisée, Frances Farmer ne sera plus jamais la même. Elle vit plusieurs années en recluse, tandis que s'effacent peu à peu ses traces au panthéon des succès d'Hollywood. L'intemporelle étoile montante s'éteint à l'âge de 57 ans, malheureuse et brisée.