
Écrivain et philosophe français, Denis Diderot naît à Langres le 5 octobre 1713. Après des débuts modestes, il effectue de brillantes études chez les jésuites, où son tempérament commence à s'affirmer — expérience qui inspirera plus tard Jacques le Fataliste. Il poursuit ensuite des études de théologie à Paris, où il obtient le titre de maître ès arts en 1732. Renonçant finalement à la carrière ecclésiastique, il se tourne vers les mathématiques, les langues anciennes et l'anglais.

Biographie de Denis Diderot
À vingt-huit ans, Diderot tombe amoureux d'une jeune lingère, Anne-Toinette Champion. Son père s'oppose à ce mariage et le fait enfermer dans une abbaye. Diderot parvient à s'échapper et se marie clandestinement. En 1742, il se lie d'amitié avec Jean-Jacques Rousseau, mais l'incompatibilité de leurs tempéraments mène à des disputes, puis à une brouille définitive en 1756.
En 1746, après avoir traduit l'Essai sur le mérite et la vertu de Shaftesbury, Diderot publie ses Pensées philosophiques, un ouvrage condamné par le Parlement pour son matérialisme et son athéisme.
Le 16 octobre 1747, il est chargé, avec Jean Le Rond d'Alembert, de la direction de l'Encyclopédie — fonction qu'il exercera jusqu'en janvier 1756. Pour cette œuvre monumentale qui bouleversera les certitudes du siècle, il ne cesse de combattre et d'écrire. Parallèlement, il publie anonymement Les Bijoux indiscrets (roman libertin) en 1748, rédige des mémoires sur les mathématiques et écrit L'Oiseau blanc, un conte.
Le 24 juillet 1749, ses Pensées philosophiques et la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient lui valent quelques semaines d'emprisonnement au donjon de Vincennes — la Lettre sur les aveugles s'attachait notamment à remettre en cause les arguments prouvant l'existence de Dieu. Cette expérience marque profondément Diderot, qui refusera désormais de publier certains manuscrits.
Deux ans plus tard, il publie une Lettre sur les sourds et les muets. En 1753 naît sa fille, Marie-Angélique. Il entretient également des liaisons, notamment avec Sophie Volland, rencontrée en 1755 — une femme qui sera à la fois son amante, sa confidente et son amie, avec qui il échangera une abondante correspondance.
En 1759, son père décède. De cette date jusqu'en 1781, il rédige des Salons pour la Correspondance littéraire de Grimm. Il écrit La Religieuse (roman anticlérical) en 1760.
Diderot fréquente les salons parisiens où il brille par sa conversation éblouissante. Dans les cafés, au Procope notamment, il noue des contacts avec des personnes issues de tous les milieux — rencontres qui l'inspireront pour Le Neveu de Rameau, un brillant dialogue philosophique ébauché entre 1762 et 1764.
Au théâtre, ses écrits théoriques auront plus d'impact que ses deux pièces : Le Fils naturel (1756) ne sera représenté qu'une seule fois de son vivant, en 1771, et Le Père de famille n'obtiendra aucun succès. Diderot prône un théâtre réaliste, lutte pour l'abandon du vers au profit de la prose et pour l'introduction de la pantomime.
En 1769, il compose Le Rêve de d'Alembert, publié en 1830 — un dialogue scientifique audacieux et, par bien des aspects, visionnaire. Il ébauche également Le Paradoxe sur le comédien en 1770, remanié en 1773 et 1778, et publié en 1830.
De 1765 à 1773, il rédige Jacques le Fataliste et son maître, l'un des premiers antiromans français.
Devenu célèbre dans toute l'Europe, Diderot se rend à Saint-Pétersbourg en 1773 à l'invitation de Catherine II de Russie, qui l'admire et lui rachète sa bibliothèque. En échange, Diderot rédige à sa demande un projet d'organisation du système éducatif russe.
De retour à Paris en 1774, il s'y installe jusqu'à sa mort et y achève ses derniers ouvrages. Diderot est passé d'un sujet à l'autre tout au long de sa vie. Que ses manuscrits soient publiés ou non — Le Neveu de Rameau et Jacques le Fataliste, entre autres, ne le seront qu'après sa mort — lui importait peu. Il n'a cessé de dialoguer avec ses idées, ses enthousiasmes et ses certitudes. Considéré par ses contemporains comme « le philosophe » par excellence, il doit sa gloire à l'Encyclopédie, dont il fut le maître d'œuvre pendant vingt ans.

Jacques le Fataliste et son maître : un roman innovant
Diderot est à l'origine d'une esthétique qui consiste à mêler les différents genres littéraires. Plusieurs de ses textes n'ont été connus qu'à la fin du XVIIIe siècle, c'est le cas notamment de Jacques le Fataliste.
Le roman a d'abord été publié dans la Correspondance littéraire de Grimm en 1778-1780, accessible seulement aux abonnés de cette revue. Le grand public dut attendre l'édition de 1796. Écrit entre 1765 et 1773, ce récit relate un voyage d'une huitaine de jours accompli par deux cavaliers — Jacques, un valet, et son maître — dans la France de la seconde moitié du XVIIIe siècle.
À l'intérieur de ce cadre narratif simple s'imbriquent de multiples histoires d'égale importance, tandis que l'auteur lui-même intervient fréquemment pour dialoguer avec son lecteur, critiquer ses personnages ou exposer ses idées sur la technique romanesque. Ces nombreuses digressions suppriment l'illusion de réel que les romanciers cherchent souvent à entretenir. Jacques le Fataliste est ainsi à la fois un récit de voyage, une réflexion philosophique, un recueil d'histoires et de contes, et un texte qui constitue, en tant que tel, un objet complexe de réflexion littéraire.

L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert
L'Encyclopédie de Diderot et de Jean Le Rond d'Alembert est une entreprise éditoriale, philosophique et scientifique menée dans l'esprit des Lumières, parue entre 1751 et 1766.
Un projet éditorial ambitieux
Né du projet de traduire la Cyclopædia de l'Anglais Chambers pour l'éditeur Le Breton en 1745, l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers prend son autonomie avec le Prospectus de 1750, dans lequel Diderot affiche son ambition de dresser l'inventaire des acquisitions de l'esprit humain.
Son objectif : contrecarrer le Dictionnaire de Trévoux des jésuites et favoriser la diffusion de la philosophie des Lumières. Diderot sollicite des auteurs reconnus — Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Buffon, Du Marsais, Daubenton — ainsi que des contributeurs moins connus. Si le destinataire visé est le peuple, les souscripteurs sont principalement des gens cultivés : ecclésiastiques, nobles et parlementaires.
Un projet philosophique des Lumières
L'article « Encyclopédie », rédigé par Diderot, est placé en tête du premier volume après le Discours préliminaire de d'Alembert. Il définit le programme d'ensemble de l'ouvrage : rassembler les connaissances acquises par l'humanité, critiquer les fanatismes religieux et politiques, et faire l'apologie de la raison et de la liberté d'esprit.
Les courants philosophiques qui marquent le plus l'Encyclopédie sont le sensualisme et l'empirisme, fondements de la philosophie des Lumières. L'ouvrage doit faire la synthèse — et le tri — des acquis humains et établir une généalogie des connaissances. Diderot emploie à cet effet l'image de l'arbre, chère à Descartes et à la scolastique médiévale. Cet arbre de la connaissance, symbolique dans le christianisme, voit ici son image biblique de la Genèse renversée : le projet antireligieux devient explicite.
L'organisation de l'Encyclopédie
Diderot s'appuie sur la classification des facultés et des sciences établie par le philosophe anglais Francis Bacon. En nouveauté, il utilise les renvois — de choses et de mots — pour faire circuler le lecteur à travers les connaissances. Le trajet induit par ces renvois construit un discours sceptique. Toute la subtilité et l'idéologie de l'Encyclopédie résident dans ces références croisées, discrètes mais efficaces.
Les chapitres consacrés aux techniques artisanales et aux métiers visent à informer sur des sujets concrets, tout en dissimulant parfois la vocation philosophique antireligieuse de l'entreprise. Le premier volume, tiré à 2 000 exemplaires, est adressé aux souscripteurs le 28 juin 1751.
Publication et succès de l'Encyclopédie
L'Encyclopédie connaît un succès européen : la Suisse, l'Italie, l'Angleterre et la Russie l'acquièrent. En 1752, le tome II fait scandale et la publication est suspendue. En 1753, le troisième tome fait l'objet d'une condamnation du Conseil du Roi. Les tomes IV, V et VI paraissent néanmoins en 1754, 1755 et 1756. En 1757, l'Encyclopédie recense 4 200 souscriptions.
L'ouvrage fait l'objet de railleries, notamment de la part de Moreau. En 1759, il est interdit à la suite de la publication de De l'Esprit d'Helvétius. Diderot poursuit seul le travail durant sept années. Les dix derniers volumes paraissent en 1776. Un dernier volume de planches avait paru en 1772. Cependant, à partir du tome VIII, l'éditeur Le Breton censure certains passages à l'insu de Diderot, qui accepte néanmoins la publication.
La postérité de l'Encyclopédie
L'entreprise de Diderot et de ses collaborateurs donne un essor considérable à la production encyclopédique. Elle restera le symbole de l'esprit des Lumières. L'Encyclopédie de Diderot — mystification polémique, catalogue ou Grand Œuvre — demeure une œuvre unique.

Lexique : les mots clés pour comprendre Diderot
- Jésuite : Membre de la Compagnie de Jésus, ordre religieux catholique fondé au XVIe siècle.
- Athéisme : Attitude ou doctrine qui nie l'existence de Dieu ou de toute divinité.
- Doctrine : Ensemble des croyances, opinions ou principes d'une religion, d'une école philosophique ou d'un système politique.
- Polémique : Vive controverse publique, le plus souvent par écrit.
- Controverse : Discussion approfondie sur une question, motivée par des opinions divergentes.
- Pantomime : Art du mime, expression par les gestes sans parole.
- Anticlérical : Opposé à l'influence ou à l'ingérence du clergé dans les affaires publiques.
- Libertin : Au XVIIe et XVIIIe siècle, personne qui manifeste son indépendance d'esprit face aux enseignements religieux.
- Matérialisme : Doctrine selon laquelle seule la matière existe et constitue la seule réalité.
- Prose : Forme ordinaire du discours parlé ou écrit, non soumise aux règles de la poésie.
- Sensualisme : Doctrine selon laquelle nos connaissances proviennent exclusivement de nos sensations.
- Empirisme : Doctrine philosophique développée au XVIIIe siècle en Grande-Bretagne, selon laquelle toutes les connaissances découlent de l'expérience sensible.