Bilal Hassani : parcours, albums et engagement d'une icône pop française
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Bilal Hassani : parcours, albums et engagement d'une icône pop française

De l'enfance harcelée à l'icône LGBTQ+, découvrez le parcours inspirant de Bilal Hassani. De son explosion sur YouTube à l'Eurovision, en passant par ses albums, ses combats pour la visibilité et ses débuts au cinéma, explorez la trajectoire d'un...

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Il y a des artistes qui naissent sous les projecteurs, et d'autres qui construisent leur lumière propre, fragment après fragment, note après note. Bilal Hassani appartient à cette deuxième catégorie : un gamin de banlieue parisienne qui a transformé sa différence en force, ses blessures en anthems, et son ordinaire en extraordinaire. De sa chambre filmée pour YouTube aux scènes européennes de l'Eurovision, son parcours est celui d'une génération qui a grandi avec internet, l'authenticité et le refus des cases. 

Les origines d'un artiste hors norme

Enfance et famille

Bilal Hassani voit le jour le 9 septembre 1999 à Orsay, dans l'Essonne, au sein d'une famille d'origine marocaine installée en France. Son père, qui vit désormais à Singapour, et sa mère, présente au quotidien, élèvent Bilal alongside son frère aîné Taha, né en 1995. Cette configuration familiale, entre présence maternelle et distance paternelle, façonne silencieusement le jeune garçon qui grandit avec une sensibilité à fleur de peau.

Dès l'école primaire, Bilal fait l'expérience brutale de la différence. Sans même connaître encore son orientation sexuelle, il subit des remarques homophobes et sexistes de la part de ses camarades. Ces années d'école sont un véritable calvaire pour l'enfant qui ne demande qu'à être lui-même : on le traite de « pédale », on se moque de sa façon de parler, de bouger, d'être. Le genre de harcèlement qui laisse des traces indélébiles et forge, paradoxalement, une résistance intérieure.

C'est pourtant dans ce contexte difficile que naît sa passion pour la musique. À seulement cinq ans, Bilal commence le chant et prend des cours réguliers. La musique devient son refuge, son armor contre la violence du monde extérieur. Une évasion qui prendra progressivement la forme d'une vocation.

La découverte de sa voie

Le déclic intervient véritablement quand Bilal découvre Conchita Wurst, la chanteuse autrichienne victorieuse de l'Eurovision 2014 avec son titre « Rise Like a Phoenix ». Cette femme barbe, qui assume pleinement son identité complexe sur la scène internationale, devient une révélation pour l'adolescent en quête de modèles. En elle, il voit la preuve vivante que la différence n'est pas un obstacle mais une force, que l'on peut être soi-même et conquérir le monde.

Poussé par son ami Nemo Schiffman, finaliste de la première saison de The Voice Kids, Bilal décide de tenter l'aventure télévisuelle en 2015. Il se présente aux auditions à l'aveugle de la deuxième saison avec une reprise justement de « Rise Like a Phoenix » de Conchita Wurst. Sa performance, remarquable de maturité vocale, fait se retourner Patrick Fiori qui l'intègre à son équipe. L'aventure s'arrête malheureusement lors de l'épreuve des battles, face à Swany Patrac, mais les graines sont semées.

L'ascension YouTube et la construction d'un public

Un phénomène digital

Si The Voice Kids lui offre une première exposition médiatique, c'est véritablement sur YouTube que Bilal Hassani construit son empire. Sa chaîne, lancée avec une régularité méthodique, accumule les centaines de milliers, puis les millions de vues. Chaque vidéo est un événement pour sa communauté grandissante, fidèle et engagée.

La marque de fabrique de Bilal ? Son « Bonjour Paris ! » énergique, théâtral et chanté, qui introduit la plupart de ses contenus. Une signature immédiatement reconnaissable qui devient son identité sonore. Mais au-delà de ce gimmick, le jeune homme développe une palette de formats variés : reprises musicales, chansons originales, challenges en tout genre, tests de produits de beauté, et surtout des vidéos de confession intimes.

Car Bilal Hassani ne se contente pas de divertir. Il se dévoile, sincèrement, parfois maladroitement, toujours honnêtement. Des titres comme « Viré de mon lycée car je suis gay », « Je suis tombé amoureux d'un hétéro » ou « Mon parcours scolaire chaotique » témoignent d'une volonté de partager ses blessures autant que ses joies. Une approche qui résonne profondément avec une génération habituée à vivre sa vie en ligne.

L'art de se réinventer

Les perruques colorées deviennent rapidement la signature visuelle de Bilal. Blonde, bleue, rose, verte : chaque couleur raconte une humeur, un moment, une facette de sa personnalité. Le maquillage, les tenues extravagantes, tout concourt à créer un personnage scénique immédiatement identifiable. Mais sous le strass et les paillettes se cache un artiste lucide sur son image et sa stratégie.

Le magazine Têtu ne s'y trompe pas en 2018, lorsqu'il désigne Bilal comme l'un des « 30 LGBT+ qui font bouger la France ». Le qualifiant d'« icône pour la jeunesse LGBT+ française », le magazine souligne ce qui devient évident pour quiconque suit le parcours du chanteur : il incarne quelque chose de nouveau, de nécessaire, une visibilité radicale pour ceux qui se sentent invisibles.

L'Eurovision : tournant d'une carrière

Destination Eurovision

En décembre 2018, Bilal Hassani officialise sa participation à Destination Eurovision, l'émission de France 2 chargée de désigner le représentant tricolore au Concours Eurovision de la chanson 2019. Parmi les dix-huit candidats, il affronte des artistes confirmés comme Chimène Badi, Emmanuel Moire ou Silvàn Areg. La compétition s'annonce rude.

Son titre « Roi », coécrit avec le duo Madame Monsieur — victorieux de l'édition précédente avec « Mercy » — est dévoilé le 4 janvier 2019. La chanson, qui célèbre l'acceptation de soi avec des paroles comme « Je suis le même depuis tout petit et malgré les regards, les avis, je pleure, je sors et je ris », rencontre immédiatement son public. Le 14 janvier, le clip dépasse déjà les 3 millions de vues.

Le journal Le Monde écrit alors que Bilal « ne laisse personne indifférent ». Un euphémisme pour qualifier l'engouement qu'il suscite. Le 12 janvier, il remporte sa demi-finale avec un score impressionnant de 115 points, dominant largement ses concurrents. En finale, le 26 janvier, il triomphe avec 200 points au total, dont 150 du public français. La France enverra Bilal Hassani à Tel-Aviv.

La campagne de haine et le concours

Cette victoire déclenche cependant une vague de haine sans précédent sur les réseaux sociaux. Jusqu'à 1 500 tweets par jour attaquent le chanteur, certains allant jusqu'à lui souhaiter la mort dans des termes d'une violence inouïe. « Pourquoi t'étais pas au Bataclan un certain 13 novembre, bâtard » : ce type de message illustre l'ampleur de l'homophobie et du racisme déchaînés contre l'artiste.

Bilal assume pourtant avec une sérénité remarquable : « Je viens d'une famille musulmane. Je suis gay, je suis arabe. Et je vais à l'Eurovision en Israël. » Cette phrase résume son parcours et ses contradictions assumées, son refus de choisir entre ses identités, son affirmation que toutes les facettes de lui-même peuvent coexister.

Le 18 mai 2019, sur la scène de Tel-Aviv, il interprète « Roi » devant 200 millions de téléspectateurs. La France se classe 16ème avec 105 points — un résultat modeste, mais l'impact de cette performance dépasse largement le classement. Pour des milliers de jeunes LGBTQ+ à travers l'Europe, Bilal Hassani devient un symbole, une preuve vivante que l'authenticité paie. 

Bilal Hassani performing live at the Cabaret de Poussière venue.
Bilal Hassani lors de sa résidence au cabaret de Poussière le 09/12/23 — Angele Drz / CC BY 4.0 / (source)

Une discographie en constante évolution

Kingdom : les fondations

Porté par l'élan de l'Eurovision, Bilal Hassani sort son premier album « Kingdom » en 2019. Ce disque pose les bases de son univers musical : une pop aux influences urbaines, des textes personnels, des productions soignées. L'album rencontre un succès notable et installe durablement le chanteur dans le paysage musical français.

« Roi » en devient l'hymne central, mais l'album explore d'autres territoires. On y retrouve les thèmes chers à Bilal : l'acceptation de soi, l'amour sous toutes ses formes, la lutte contre le regard des autres. Une première pierre angulaire qui annonce la couleur des projets à venir.

Contre soirée : l'intimité dévoilée

En novembre 2020, Bilal revient avec « Contre soirée », son deuxième album. Plus personnel, plus introspectif, ce disque marque une évolution significative. Les sonorités pop urbaines s'enrichissent de productions plus variées, et les textes gagnent en profondeur.

L'album témoigne d'un artiste qui grandit, qui traverse les épreuves et les transforme en art. On sent une maturité nouvelle, une volonté d'aller plus loin que les apparences, de montrer ce qui se cache derrière les perruques et le maquillage.

Théorème : l'œuvre de la maturité

Le troisième album, « Théorème », sorti le 7 octobre 2022, représente un tournant artistique majeur. Le titre fait référence au film homonyme de Pier Paolo Pasolini, annonçant d'emblée l'ambition du projet. Produit par la House of Hassani, sa propre structure, l'album aborde des thématiques profondes : le traumatisme, la santé mentale, le genre, la guérison, la recherche du bonheur et de l'amour.

Pour ce projet ambitieux, Bilal s'entoure de pointures. GrandMarnier du groupe Yelle assure la production exécutive, accompagné du DJ TEPR et de Sutus. Ronan Querrec prend en charge la direction artistique, tandis que le styliste Nikita Vlassenko compose les visuels. Une équipe solide pour porter une vision exigeante.

La sortie de l'album a été préparée par trois singles successifs. Le premier, « Il ou Elle », a été dévoilé le 3 juin 2022 afin de célébrer le mois des fiertés, suivi par « Transfert Trottinette » le 22 juillet. Enfin, « Tout est Ok » est paru le 9 septembre, coïncidant avec l'anniversaire du chanteur. Cette stratégie promotionnelle minutieuse a atteint son point d'organe en août 2022 lors d'une fête de lancement organisée à l'Hôtel Mahfouf. 

Héritage : le bilan d'une première vie

Le 15 décembre 2023, Bilal Hassani sort « Héritage », une compilation de ses meilleurs titres. Ce disque clôt ce qu'il présente comme une « première phase » de sa carrière. L'occasion de mesurer le chemin parcouru, des premiers éclats sur YouTube aux scènes internationales, des ballades intimistes aux hymnes de fête.

Une mise en perspective salutaire avant d'aborder une nouvelle ère, plus libre, plus audacieuse. Comme si Bilal, à seulement 24 ans, avait déjà vécu plusieurs vies d'artiste. 

Portrait of singer Bilal Hassani smiling, cropped from a performance photo.
Affiches promotionnelles à Paris de Jaloux, single de Bilal Hassani sorti en 2019, extrait de son premier album Kingdom. — Tyseria / CC BY-SA 4.0 / (source)

L'engagement LGBTQ+ et les combats personnels

Un coming out assumé

Le 23 juin 2017, Bilal Hassani annonce publiquement son homosexualité sur les réseaux sociaux, la veille de sa participation à la marche des fiertés de Paris. Un moment symbolique, cohérent avec son parcours d'authenticité. Pas de grande révélation dramatique, mais une affirmation simple et directe de qui il est.

Depuis, il assume pleinement son rôle de « porte-drapeau » de la communauté LGBTQ+, utilisant sa notoriété pour promouvoir des messages d'acceptation et de diversité. Ses perruques, ses robes, son maquillage : tout devient acte politique, affirmation radicale du droit d'être soi-même.

Danse avec les stars : briser les codes

En 2021, Bilal Hassani participe à la onzième saison de Danse avec les stars sur TF1. Et il marque l'histoire de l'émission en devenant le premier candidat à danser avec une personne du même sexe. Une décision réfléchie : « Je n'ai nulle intention de choquer qui que ce soit : je me contente de suivre mon envie de proposer un style inédit, en accord avec notre époque. J'ai d'ailleurs demandé à pouvoir danser avec un partenaire masculin au lieu d'une cavalière. Mon but, sur le plan visuel, est de porter mes robes préférées et mes perruques durant toute cette aventure. »

Il explique également : « Et je me voyais difficilement porter ma partenaire. » Une remarque pratique qui cache une réflexion plus profonde sur la représentation. Son parcours dans l'émission, jusqu'en finale, démontre que le public français est prêt à embrasser de nouvelles formes de spectacle.

Le courage de parler des violences

En septembre 2022, lors d'une interview dans l'émission Sept à huit sur TF1, Bilal Hassani révèle avoir été violé en 2019 par une personne de son entourage. Une confession d'un courage immense, qui brise le silence autour des violences sexuelles et participe à libérer la parole des victimes.

Cette révélation prend tout son sens à la lumière des thématiques abordées dans « Théorème ». Le traumatisme, la reconstruction, la guérison : l'album devient une forme de thérapie artistique, une façon de transformer l'indicible en musique.

L'affaire du concert de Metz

En avril 2023, Bilal Hassani doit se produire en concert dans la basilique Saint-Pierre-aux-Nonnains de Metz, une ancienne église désacralisée depuis 500 ans. L'annonce déclenche une vague de haine sur les réseaux sociaux, avec des appels à la violence, des insultes racistes et homophobes d'une rare intensité.

Face aux menaces, Live Nation, producteur de la tournée, décide d'annuler le spectacle prévu le 5 avril. Bilal porte plainte, et en janvier 2025, quatre hommes sont condamnés à des amendes pour provocation à la haine et injures publiques. Un blogueur écope de 3 000 euros d'amende, tandis que les autres condamnés doivent verser entre 400 et 800 euros de dommages et intérêts à l'artiste.

Me Clara Steg, avocate de Bilal, déclare : « Nous sommes très contents qu'une culpabilité ait été reconnue, c'est un symbole très important. Le tribunal a très bien compris qu'on n'était pas dans le cadre de la liberté d'expression mais dans celui d'appels à la haine. » Une victoire juridique qui pose un précédent crucial dans la lutte contre le harcèlement en ligne. 

Les ambitions cinématographiques

Les Reines du drame

L'année 2024 marque un tournant pour Bilal Hassani, qui s'aventure sur le grand écran en intégrant le casting de « Les Reines du drame », une réalisation d'Alexis Langlois. Ce long-métrage, caractérisé par son esthétique flamboyante, place des figures queer au cœur du récit et aborde sans détour les questions d'identité et de mise à l'écart. La performance de l'artiste, saluée pour sa véracité et sa vitalité, scelle une nouvelle étape dans son parcours professionnel.

On peut y voir une continuité naturelle de son parcours : après la musique, la télévision, les réseaux sociaux, le cinéma s'impose comme un nouveau terrain d'expression. Un média qui lui permet d'explorer d'autres facettes de sa créativité, d'autres formes de représentation.

L'homme derrière l'artiste

Vie personnelle et rapports à l'amour

Dans le podcast « À bientôt de te revoir », Bilal Hassani se confie sur sa vie amoureuse avec une désarmante franchise. Il révèle utiliser des applications de rencontres et explique qu'il existe pour lui « deux fenêtres » dans l'année où il peut tomber amoureux : le début du printemps et octobre-novembre.

« Je vois beaucoup de garçons en même temps », admet-il, avant de préciser : « Je tombe tout le temps amoureux… C'est juste après, il faut voir où s'acheminent les choses, mais je tombe trop vite amoureux. » Une vulnérabilité assumée, une honnêteté qui fait écho à son rapport à l'authenticité.

Il explique aussi sa vision de l'engagement : « Toutes les personnes dont je suis tombé amoureux, je pensais qu'on allait finir notre vie ensemble, je suis très comme ça. » Un idéalisme romantique qui contraste avec l'image parfois superficielle que l'on peut avoir des relations modernes.

Une famille d'adoption artistique

Autour de Bilal s'est construite une véritable famille de choix. Le duo Madame Monsieur — Emilie Satt et Jean-Karl Lucas — occupe une place particulière : coauteurs de « Roi », ils deviennent des « confidents, des repères » pour le jeune chanteur. C'est d'ailleurs grâce à eux qu'il rencontre Guillaume Silvestri, leur producteur, qui détecte immédiatement le potentiel de l'artiste.

Sa mère, Amina Fruhauf, reste un pilier central. Omniprésente, fière, elle assume même un rôle de manager pour son fils. Une relation fusionnelle qui transparaît dans les documentaires et les interviews, témoignant de l'importance des soutiens familiaux dans un parcours aussi exposé.

Conclusion

Bilal Hassani incarne une nouvelle génération d'artistes, ceux qui ont grandi avec internet, qui assument leurs multiples identités, qui transforment leurs blessures en œuvre. De l'enfant harcelé des cours de récréation à l'icône LGBTQ+ qui remplit les salles, son parcours est une leçon de courage et d'authenticité.

Sa discographie — de « Kingdom » à « Théorème » en passant par « Contre soirée » — témoigne d'une évolution artistique constante, d'une volonté de se dépasser, d'explorer de nouveaux territoires créatifs. Ses engagements, du militantisme LGBTQ+ à la lutte contre le harcèlement en ligne, montrent un artiste conscient de sa responsabilité, désireux d'utiliser sa visibilité pour le bien commun.

Aujourd'hui, après avoir refermé le chapitre « Héritage », Bilal Hassani s'ouvre à de nouveaux horizons. Le cinéma, de nouvelles musiques, peut-être d'autres formes d'expression encore inexplorées. Une chose est certaine : là où beaucoup auraient choisi la facilité, lui a toujours privilégié l'authenticité. Et c'est probablement ce qui fait de lui, aux yeux de tant de jeunes, un véritable roi.

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Noémie Garbot @fresh-sounds

Je trouve les artistes avant qu'ils explosent, c'est mon superpouvoir. Étudiante en musicologie à Montpellier, j'écume SoundCloud à 2h du mat' pour dénicher la prochaine pépite. Mon algorithme Spotify est complètement cassé à force de lui faire écouter des trucs obscurs. Je vais à tous les concerts de petites salles, je connais les programmateurs par leur prénom. Quand un artiste que j'ai découvert passe à la radio, je dis « je l'écoutais avant » sans aucune honte.

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