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Algérie : le conflit algéro-algérien

De 1962 à 1988, l'Algérie indépendante s'enfonce dans une guerre fratricide. Retour sur cette période marquée par les luttes de pouvoir, la répression et l'émergence du mouvement berbère.

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Durant le conflit, le FLN s'était scindé en deux branches armées : l'une basée à l'extérieur (dominée par les Arabes) et l'autre opérant à l'intérieur (Berbères Kabyles et Chaouis).

Après l'instauration d'un cessez-le-feu le 19 mars 1962, l'armée de l'extérieur, basée en Tunisie, déferla sur le pays. Dotée d'un armement de guerre impressionnant, elle se lança à l'assaut des villes et, en particulier, d'Alger, la capitale. Une nouvelle guerre, appelée « la guerre des wilayas », s'enclencha. Beaucoup y perdirent la vie. Les maquisards berbères que l'armée française n'avait pas pu neutraliser le furent par le feu et le sabre des Arabes. Dirigée par Houari Boumédienne et Ben Bella, l'armée des frontières parvint à ses fins.

Voici un retracé de cette période s'étalant de 1962 à 1988.

Guerre des wilayas et indépendance de l'Algérie (1962)

19 mars 1962 : Cessez-le-feu entre les maquisards du FLN et l'armée d'occupation française.

5 juillet 1962 : L'indépendance de l'Algérie est proclamée après un simulacre de référendum qui donnait plus de 95 % des voix aux indépendantistes.

25 juillet 1962 : L'armée des frontières, assistée de la wilaya 1, s'empare des villes de l'est du pays : Constantine, Annaba et Skikda.

30 juillet 1962 : Les éléments de la wilaya 1 font leur entrée à M'sila et procèdent à l'arrestation d'un dirigeant du FLN « intérieur », Mohamed Boudiaf.

20 août 1962 : Affrontements aux portes d'Alger. La wilaya 4 repousse une attaque de l'armée des frontières. Bilan : 10 morts.

30 août 1962 : Attaque de grande envergure des extérieurs sur Boghari, Sidi Aissa et Sour El Ghozlane. Celle-ci se soldera par l'élimination de plus de 1 000 soldats de l'intérieur, composés en majorité de Kabyles.

1er septembre 1962 : Une nouvelle bataille aura lieu à Boghari. On y dénombrera de nombreux morts.

4 septembre 1962 : À l'ouest d'Alger, plus précisément à El Asnam, 75 soldats de l'intérieur seront tués à la suite d'un violent accrochage. La ville tombera entre les mains de l'armée des frontières.

7 septembre 1962 : La vallée du Chéliff, située au sud d'El Asnam, sera investie. 120 éléments armés de l'intérieur seront froidement tués. Ceux qui s'étaient rendus eurent droit au… couteau !

9 septembre 1962 : La bataille d'Alger s'achève après deux longs mois de siège par un bilan effroyable. Plus de 1 500 personnes y trouvent la mort.

Prise du pouvoir et répression politique (1963-1965)

11 avril 1963 : Mohamed Khemisti, ministre des Affaires étrangères sous Ben Bella, est abattu devant le siège de l'APN par un « malade mental ».

13 juin 1963 : Secrétaire général de l'organisme saharien, Mansour Youcef fait l'objet d'un enlèvement dans un café d'Alger (« Le Strasbourg »).

21 juin 1963 : Ministre d'État, Mohamed Boudiaf est à son tour enlevé par des hommes armés à Hydra (Alger). Il sera déporté au Sahara (Tsabit) où on l'assignera à résidence durant 5 mois.

14 août 1963 : Trente marxistes sont arrêtés à Draa El Mizan en Kabylie. Torturés, on les accusera d'avoir levé un groupe armé et de travailler pour… Israël !

3 septembre 1963 : Le président Ben Bella (élu par 99,99 % des voix !) crée des milices populaires.

27 septembre 1963 : Création du FFS par Krim Belkacem. Hocine Aït-Ahmed sera ensuite appelé pour diriger cette nouvelle formation qui prendra les armes contre le pouvoir.

30 septembre 1963 : Hocine Aït-Ahmed écarte Krim Belkacem et ses amis du FFS. Ce dernier s'évade du pays et demande l'asile politique à la R.F.A., qui le lui accorde.

Consolidation du régime et montée de l'opposition (1964-1965)

6 janvier 1964 : Des chômeurs manifestent à Oran. La Milice Populaire intervient et procède à des arrestations en masse. Israël et… Taïwan seront accusés d'en être les auteurs.

7 janvier 1964 : Création du Comité Révolutionnaire chargé d'oppresser les dissidents. Terreur en Kabylie où l'on tentera d'interdire à ses habitants berbères d'utiliser leur langue.

12 avril 1964 : Arrêté, Hocine Aït-Ahmed, leader du FFS, est condamné à mort puis gracié.

16 mai 1964 : Le président des Ulémas (religieux musulmans), cheikh Mohamed El Bachir Ibrahimi, dénonce la répression. Il sera arrêté et mourra en prison cinq jours plus tard.

7 juillet 1964 : L'ex-président de l'Exécutif Provisoire, député à l'Assemblée constituante, est arrêté. Il subira des tortures atroces à El-Biar (Alger) puis sera déporté à Béchar (Sahara).

19 août 1964 : Ferhat Abbas, âgé de 65 ans et premier président du Gouvernement provisoire, est arrêté. Il séjournera durant 10 mois à Béchar également.

1er septembre 1964 : Après la reddition de Hocine Aït-Ahmed qui avait demandé à son groupe armé, le FFS, de cesser le feu, la police procède à l'arrestation de ses éléments. Chemmam Md-Chérif et quatre de ses hommes seront fusillés.

3 septembre 1964 : Le colonel Chabani, le plus jeune des officiers de l'armée de l'intérieur, ancien chef de la wilaya 6 et berbère Chaoui des Aurès, est fusillé à son tour par les Arabes du parti Baas.

19 juin 1965 : Houari Boumédienne, ministre de la Défense, dépose le chef de l'État Ahmed Ben Bella. Ce dernier passera 14 ans derrière les barreaux. À Annaba, une manifestation de soutien au président se terminera dans un bain de sang. L'armée tire sur la foule, tuant plus de 40 personnes.

L'ère Boumédienne et résistance au pouvoir (1966-1978)

2 octobre 1966 : Des étudiants communistes du PAGS affiliés à l'UNEA sont arrêtés pour menées subversives. Comme à l'accoutumée, la main étrangère sera désignée. On accusera cette fois-ci les… États-Unis d'Amérique d'être derrière une tentative de coup d'État communiste (le régime ne pouvait pas citer les pays de l'ex-bloc d'Europe orientale !).

4 janvier 1967 : Mohamed Khider, un opposant à Boumédienne, est exécuté à Madrid (Espagne) par un certain Dakhmouche Youcef qui sera… extradé vers l'Algérie.

14 décembre 1967 : Tentative de coup d'État orchestrée par le ministre de la Défense, le colonel Tahar Zbiri. Sur les 7 régions militaires que compte l'armée, 4 basculent vers les rebelles. L'intervention de l'armée de l'air soviétique décimera les blindés des insurgés. Près de Blida, à El Afroun, plus de 10 000 civils seront assassinés par des bombardements aériens.

16 décembre 1967 : Arrêté, l'un des mutins, le colonel Saïd Abid, est égorgé. Sa tête sera retrouvée à Cherchell.

5 janvier 1968 : Soupçonné d'avoir participé au soulèvement militaire du 14 décembre 1967, le colonel Abbes est abattu près de Cherchell par des hommes armés.

27 avril 1968 : Tentative d'assassinat de Houari Boumédienne par l'Organisation des Forces Berbères dirigée par Bessaoud Mohand Arab et Krim Belkacem devant le Palais du Gouvernement. Les auteurs de cet attentat seront neutralisés et exécutés dans la soirée même.

8 février 1969 : La cour criminelle d'Oran condamne Krim Belkacem à mort par contumace.

18 octobre 1970 : Krim Belkacem est étranglé à Francfort (R.F.A.) dans sa chambre d'hôtel. Hocine Aït-Ahmed annoncera curieusement qu'il avait prévenu la famille du défunt…

8 juin 1971 : L'assassin de Mohamed Khider, Youcef Dakhmouche, est emprisonné à El-Harrach (Alger). Il demeure à ce jour introuvable.

11 juin 1974 : Émeutes à Larbaa-Nath-Irathène à l'occasion de la fête des cerises. L'interdiction aux chanteurs kabyles de prendre part au gala artistique programmé ce jour tournera à un grave affrontement. Trois gendarmes seront poignardés par des jeunes en furie.

7 juillet 1975 : Des bombes explosent à Alger. Deux éléments de l'OFB (Berbère) sont arrêtés. Torturés, Haroun Mohamed et Med-Ousmail Medjber subiront des sévices. On les castrera de leurs organes génitaux.

25 décembre 1975 : Accusés d'atteinte à l'ordre public, de subversion et de constitution de groupes terroristes, ces deux éléments sont jugés par un tribunal d'exception. Le verdict ne sera bien sûr pas clément. Haroun Mohamed est condamné à mort. Quant à Med-Ousmail, il se voit infliger une peine de réclusion à perpétuité. En 1987, le premier bénéficiera de la grâce présidentielle la veille du 1er novembre. Incarcéré comme son camarade à Lambèse (est du pays), Med-Ousmail Medjber sera libéré au mois d'octobre 1988, juste après les émeutes qui ont ensanglanté le pays. Le premier cité mourra dans l'indifférence en Kabylie en 1999. Quant au second, il s'installera au Canada où il vit toujours.

1er janvier 1976 : Ouarab Madjid, militant du Mouvement Culturel Berbère (MCB) créé par Saïd Sadi, l'actuel responsable du RCD, est enlevé par des hommes armés probablement membres du Baas pro-irakien. Son corps sera découvert en février… 1977 !

10 mars 1976 : Quatre opposants au régime, Ferhat Abbas, Hocine Lehouel, Hocine Zehouani et Khierredine, publient un manifeste dans lequel ils dénoncent les atteintes aux droits de l'homme et la guerre déclenchée contre le Maroc. Immédiatement arrêtés, ils seront tout de même libérés le 13 juin de la même année.

1er juillet 1976 : 132 jeunes Kabyles sont arrêtés à Larbaa-Nath-Irathène. Ils étaient en possession d'écrits en… berbère.

27 décembre 1978 : Mort du président Houari Boumédienne.

28 décembre 1978 : Les services de sécurité interceptent un largage aérien à Cap-Sigli en Petite-Kabylie. Un groupe armé berbériste dirigé par Bessaoud Mohand-Arab est démantelé. On accusera cette fois-ci… l'Angleterre !

Printemps berbère et émeutes d'octobre 1988 (1980-1989)

7 avril 1980 : Arrestation de plusieurs étudiants kabyles à Alger qui revendiquaient la reconnaissance de l'identité berbère.

19 avril 1980 : Le PAGS invite le célèbre écrivain kabyle Mouloud Mammeri à donner une conférence sur la poésie kabyle à l'université de Tizi-Ouzou (Grande-Kabylie).

20 avril 1980 : Arrivé à Draa-Ben-Khedda, une ville située à 11 km à l'ouest de Tizi-Ouzou, la capitale de la Grande-Kabylie, Mouloud Mammeri est empêché de continuer. On lui signifiera l'interdiction de se produire à l'université. Informés, les étudiants manifestent. Le soir, les CNS, secondés par des chiens, investissent le campus universitaire. 24 « berbèristes », dont Tari Aziz, Saïd Sadi le chef de l'actuelle formation politique kabyle, le RCD, et Aït-Larbi Mokrane, aujourd'hui avocat, son frère Arezki, journaliste auprès du quotidien français « Le Figaro », sont arrêtés. Des émeutes se produisent à travers toute la Kabylie. Face à la pression populaire, le nouveau président Chadli Bendjeddid, élu avec 17 % des voix exprimées, lâche du lest. Les prisonniers seront tous relâchés.

2 février 1982 : À la suite de graves émeutes qui se sont produites à Saïda (ouest du pays), 40 jeunes sont condamnés à 3 mois à 2 ans de prison ferme.

25 novembre 1982 : La première apparition du phénomène islamiste engendrera plus de 100 interpellations devant la faculté d'Alger.

3 mai 1983 : Baassiste notoire, Lamali Salem est arrêté. Il mourra en prison le jour même.

5 juin 1983 : Deux gendarmes sont tués par des émeutiers à Laghouat qui protestaient contre le favoritisme dans la distribution de terres agricoles.

30 juin 1985 : Création de la première Ligue pour la Défense des Droits de l'Homme (LADDH) par Saïd Sadi et Ferhat Mehenni, un chanteur berbère engagé. Arrêtés, ils seront traduits devant la cour de sûreté de l'État (ou tribunal d'exception) de Médéa. Des émeutes éclatent à nouveau en Kabylie. Les prisonniers seront relâchés.

29 octobre 1985 : Possédant des armes de guerre datant des années 1910 et gardées comme collections, le chanteur kabyle engagé Lounis Aït-Menguellet est arrêté et condamné à 3 ans de réclusion. La Kabylie tout entière se soulève. Le chanteur sera immédiatement libéré.

2 février 1986 : Opposant au régime, Aïssaoui Brahim est déporté au bagne de Lambèse. Laissé nu durant deux mois, il contractera une sévère arthrite qui lui causera l'amputation des deux jambes. Bien évidemment, il sera remis à ses parents et bénéficiera de… l'acquittement !

25 février 1986 : Mohamed Haroun, membre de l'Organisation des Forces Berbères, emprisonné pour avoir déposé des bombes à Alger, est agressé par le gardien de prison, le dénommé Ahmed Boudine. Il tombera dans le coma après avoir été victime d'un traumatisme crânien.

4 juillet 1986 : Abdelwehab Abderrahmane, célèbre dissident oranais, est interpellé par la police. Il mourra au commissariat.

21 septembre 1986 : Un militant de la cause berbère, Mustapha Arris, est assassiné par des baassistes à Alger.

2 novembre 1986 : Manifestation de lycéens à Constantine. L'intervention musclée de la police, qui n'hésite pas à tirer sur les jeunes, se soldera par la mort de 4 personnes, toutes tuées par balles.

7 avril 1987 : Ali Mecili, un ancien officier des services secrets et ami de Hocine Aït-Ahmed, est assassiné à Paris en France. Son bourreau, Amellou, sera immédiatement… extradé vers l'Algérie.

31 juillet 1987 : Deux cents terroristes, membres du Mouvement Islamique Armé (MIA), sont jugés par le tribunal d'exception de Médéa. Leur chef, Bouyali, est quant à lui abattu près de Baraki par l'armée.

14 juillet 1988 : Le président Chadli Bendjeddid appelle la population à manifester contre son… régime !

5 octobre 1988 : De graves émeutes éclatent à travers le pays. Plus de 600 jeunes émeutiers seront abattus par l'armée et les divers services de sécurité. La Kabylie refusera de prendre part à ce soulèvement mais observera la grève générale en signe de protestation contre la féroce répression.

10 février 1989 : Outrepassant les interdits, les Kabyles regroupés autour des animateurs de la revendication berbère créent le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie. Saïd Sadi sera élu président de cette formation politique.

23 février 1989 : Une constitution stipulant l'interdiction de partis religieux mais permettant la constitution de formations politiques est approuvée par le pouvoir en place.

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