À Fougeret, dans la Vienne, des visiteurs racontent des bruits, des présences ou des phénomènes qu'ils ne s'expliquent pas. Ces récits ont fait la réputation du château, parfois présenté comme "le plus hanté de France". Ils attestent que des personnes disent avoir vécu des expériences troublantes. Ils ne suffisent pas, en revanche, à établir que des fantômes en sont la cause.

Une réputation apparue avec la reprise du château
Le château de Fougeret se trouve à Queaux, au bord de la Vienne. Sa réputation paranormale prend forme à la fin des années 2000, au moment où le bâtiment est repris et où commencent les travaux de rénovation. Une notice historique situe les premiers témoignages des propriétaires à partir de 2009, puis l'organisation de soirées avec des médiums à partir de 2010.
Cette chronologie donne un contexte à la naissance de la réputation, sans en révéler les causes. Le château accueille aujourd'hui des visiteurs pour des visites et des nuitées. Ce cadre peut faire coexister patrimoine, récit de hantise et activité d'accueil ; il ne permet pas, à lui seul, de conclure que les témoignages seraient fabriqués ou que les phénomènes seraient surnaturels.
Des récits d'expérience, pas des preuves d'entités
En 2023, le podcast de Slate Para ou normal ? a raconté une nuit passée au château par deux journalistes, accompagnées d'une productrice. Elles y ont rencontré un médium et un enquêteur du paranormal. Le récit documente leur expérience et les échanges de la soirée, dans un format immersif. Il ne constitue pas une vérification indépendante de l'existence d'esprits.
En 2025, L'Éclaireur Fnac a présenté le travail de Sébastien Mahé et Cédric Gautier, auteurs liés à la chaîne YouTube The Other Side Paranormal. L'article évoque des témoignages, des expériences personnelles et des outils comme des caméras infrarouges ou des détecteurs d'ondes électromagnétiques. Mais une page de présentation d'un livre n'équivaut pas à une expertise indépendante. La présence d'un appareil ne transforme pas automatiquement une anomalie en preuve de hantise : il faut savoir ce qu'il mesure, dans quelles conditions et quelles autres explications ont été écartées.
Cela ne rend pas les récits inutiles. Un témoignage peut décrire avec sincérité une peur, un bruit entendu ou une impression de présence. Il renseigne sur ce qu'une personne a vécu ou cru percevoir. Pour attribuer l'expérience à une entité, il faudrait toutefois des éléments vérifiables et des contrôles capables de distinguer cette hypothèse d'explications ordinaires.
Félix et les autres figures : un folklore à distinguer de l'histoire
Les articles et les récits associés au château évoquent plusieurs figures fantomatiques, dont Félix, présenté comme un homme ayant vécu au XIXe siècle. Ces personnages donnent une forme et une histoire aux phénomènes rapportés. Mais les sources disponibles ne permettent pas de vérifier indépendamment leur identité ni les biographies qui leur sont prêtées. Il vaut donc mieux les présenter comme des figures du folklore de Fougeret que comme des personnes historiques établies.
Le surnom de "château le plus hanté de France" relève lui aussi de la réputation, pas d'un classement vérifiable. La répétition de cette formule dans des reportages, des vidéos ou des contenus promotionnels montre qu'elle s'est diffusée ; elle ne constitue pas autant de confirmations indépendantes.
À Fougeret, ce que l'on peut documenter, c'est la présence de témoignages, leur médiatisation et la façon dont ils nourrissent le récit du lieu. La question de leur origine reste ouverte. C'est précisément là que commence la distinction entre expérience rapportée et preuve.