Photographie en noir et blanc de l'épave en feu de la Mercedes 300 SLR de Pierre Levegh lors de l'accident des 24 Heures du Mans, avec des pompiers tentant d'éteindre les flammes et des spectateurs derrière une barrière.
Paranormal

24 Heures du Mans : l'homme rouge vient de Paris, pas de la Sarthe

L'homme rouge évoqué à la sortie des 24 Heures du Mans est en réalité une légende parisienne des Tuileries, sans lien documenté avec la course. Les vraies légendes du Mans tiennent à la tragédie de 1955, au départ à pied et à la rivalité Ford-Ferrari.

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On raconte parfois qu'un "homme rouge" hanterait les abords du circuit, à la sortie des 24 Heures du Mans. Ce fantôme-là vient en réalité des Tuileries, à Paris. Les vraies légendes de la course sont ailleurs : une première édition en 1923, le drame de 1955, un départ à pied devenu un piège et la rivalité Ford-Ferrari.

Une voiture de course Ford GT40 rouge avec des bandes blanches et le numéro 3, conduite sur une route pavée avec des marquages jaunes et blancs lors des 24 Heures du Mans.
Une voiture de course Ford GT40 rouge avec des bandes blanches et le numéro 3, conduite sur une route pavée avec des marquages jaunes et blancs lors des 24 Heures du Mans. - (source)

Une légende sans fondement

À chaque édition, quelqu'un évoque l'"homme rouge" du Mans, un fantôme annonciateur de malheurs qui rôderait le long de la piste. Aucune source documentée ne relie pourtant ce personnage à la Sarthe.

Le "petit homme rouge" appartient au folklore parisien. Ce spectre du palais des Tuileries serait apparu en 1610, la veille de l'assassinat d'Henri IV, aurait été aperçu par Marie-Antoinette, et sa dernière manifestation attestée remonterait à l'incendie des Tuileries, en 1871. Aucun lien, donc, avec le double tour d'horloge manceau. La confusion dit d'ailleurs quelque chose : une course qui se déroule de nuit, sur une route ouverte le reste de l'année, attire les récits fantastiques.

Les origines : 26 mai 1923

L'idée d'une course d'endurance dans la Sarthe revient à l'Automobile Club de l'Ouest (ACO). Son secrétaire général, Georges Durand, l'évoque dès 1906. Au Salon de l'automobile de Paris, en 1922, il en discute avec Marcel Canit, également de l'ACO, et Charles Faroux, patron du journal L'Auto : les trois hommes pensent d'abord à une épreuve de huit heures, destinée à éprouver la solidité des automobiles. C'est Émile Coquille, PDG de Rudge-Withworth, qui pousse l'idée jusqu'aux 24 heures.

Une photographie en noir et blanc montrant une voiture de course vintage portant le numéro 2, défilant sur une piste mouillée devant une foule de spectateurs et de photographes.
Une photographie en noir et blanc montrant une voiture de course vintage portant le numéro 2, défilant sur une piste mouillée devant une foule de spectateurs et de photographes. - (source)

Le club, lui, est plus ancien que la course : il naît en 1906 sous le nom d'Automobile Club de la Sarthe, à l'occasion du Grand Prix que l'Automobile Club de France confie alors à la Sarthe.

Le circuit des 24 Heures du Mans, lieu emblématique de l'endurance automobile depuis 1923

Le 26 mai 1923, trente-trois équipages s'élancent sur un tracé de 17 kilomètres pour la première édition du Grand Prix de Vitesse et d'Endurance de 24 Heures / Coupe Rudge-Withworth. Deux pilotes se relaient par voiture, jour et nuit. Sous la pluie, la Chenard & Walcker d'André Lagache et René Léonard s'impose, à un peu plus de 92 km/h de moyenne.

La tragédie de 1955

L'édition 1955 reste dans l'histoire pour l'un des pires accidents du sport automobile. La course est pourtant gagnée par Mike Hawthorn et Ivor Bueb, sur Jaguar.

En fin d'après-midi, Hawthorn freine brutalement pour rejoindre son stand. Surpris, Lance Macklin fait un écart avec son Austin-Healey, dont les freins à tambour valent moins que les disques de la Jaguar. Pierre Levegh, lancé plus vite, percute l'arrière de la petite anglaise. La Mercedes-Benz 300 SLR est projetée en l'air, retombe sur le muret qui sépare la piste des tribunes et explose. Le train avant, l'aérofrein et le moteur sont alors projetés dans les gradins comme autant de projectiles. Le pilote est tué sur le coup.

Plus de 80 spectateurs sont tués et 120 sont blessés. Le bilan total, Pierre Levegh inclus, atteint 83 ou 84 morts selon les décomptes.

Photographie en noir et blanc de l'épave en feu de la Mercedes 300 SLR de Pierre Levegh lors de l'accident des 24 Heures du Mans, avec des pompiers tentant d'éteindre les flammes et des spectateurs derrière une barrière.
Photographie en noir et blanc de l'épave en feu de la Mercedes 300 SLR de Pierre Levegh lors de l'accident des 24 Heures du Mans, avec des pompiers tentant d'éteindre les flammes et des spectateurs derrière une barrière. - (source)

Malgré l'ampleur du drame, les organisateurs ne stoppent pas la course. À la fin de l'année, Mercedes décide de se retirer de la compétition automobile. La marque ne revient sous son nom au Mans que 43 ans plus tard, en 1998 ; en Formule 1, il faut attendre 2010.

Le départ à pied, une tradition devenue un piège

Le départ des 24 Heures du Mans est longtemps resté l'un des spectacles les plus singuliers du sport automobile : les voitures garées en épi le long des stands, les pilotes qui traversent la piste en courant, sautent dans leur machine et s'élancent. Le système avait un défaut : pour gagner du temps, beaucoup négligeaient d'attacher leur harnais.

En 1968, le départ est remis en cause après l'accident de Willy Mairesse, probablement dû à une portière mal fermée de sa Ford GT40. L'année suivante, Jacky Ickx marque son opposition à sa manière : il traverse la piste en marchant, attache son harnais, s'élance en dernier - puis remporte l'épreuve.

En 1970, les pilotes sont déjà à bord au moment du départ. En 1971, le départ voiture arrêtée est définitivement abandonné.

Ford contre Ferrari

Dans la seconde moitié des années 1960, Ford débarque au Mans avec ses GT40 pour affronter Ferrari. De 1966 à 1969, la Ford GT40 l'emporte quatre fois de suite, l'une des plus belles séries de l'histoire de l'épreuve.

Questions fréquentes

Que s'est-il passé lors de la première édition, en 1923 ?

Le 26 mai 1923, trente-trois équipages s'élancent sur un tracé de 17 kilomètres pour le Grand Prix de Vitesse et d'Endurance de 24 Heures / Coupe Rudge-Withworth. Deux pilotes se relaient par voiture. La victoire revient à la Chenard & Walcker d'André Lagache et René Léonard, à un peu plus de 92 km/h de moyenne.

Comment s'est déroulé l'accident de 1955 ?

La Mercedes-Benz 300 SLR de Pierre Levegh percute l'arrière de l'Austin-Healey de Lance Macklin, est projetée en l'air, retombe sur le muret qui sépare la piste des tribunes et explose. Le train avant, l'aérofrein et le moteur partent alors dans les gradins. Plus de 80 spectateurs sont tués et 120 blessés ; le bilan total, Levegh inclus, atteint 83 ou 84 morts selon les décomptes. La voiture elle-même n'est pas retombée dans les tribunes : seules les pièces arrachées l'ont été.

Pourquoi le départ à pied a-t-il disparu ?

Parce qu'il poussait les pilotes à négliger leur sécurité : le premier relais n'attachait pas toujours son harnais. En 1968, l'accident de Willy Mairesse, probablement dû à une portière mal fermée, relance le débat. En 1969, Jacky Ickx traverse la piste en marchant, attache son harnais et s'élance en dernier - avant de gagner la course. Le départ voiture arrêtée est définitivement abandonné en 1971.

L'homme rouge n'est pas du Mans

L'"homme rouge" que l'on évoque parfois à la sortie des 24 Heures n'apparaît dans aucune archive manceuse. C'est une légende des Tuileries, à Paris, qui se propage ici par méprise.

Le vrai mythe du Mans n'est pas fantastique. Il tient à une pluie de mai 1923, à un muret devenu funeste, à des pilotes qui ont couru vers leurs voitures avant de cesser de le faire, et à une marque américaine venue défier l'Italie sur son terrain.

Et c'est bien assez extraordinaire.

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Questions fréquentes

L'homme rouge est-il une légende du Mans ?

Non. Aucune source documentée ne lie l'homme rouge aux 24 Heures du Mans. Ce spectre provient des légendes parisiennes, notamment des Tuileries, et n'a jamais été attesté dans les archives manceuses.

Quand a eu lieu la première édition des 24 Heures du Mans ?

Le 26 mai 1923, sous le nom de Grand Prix de Vitesse et d'Endurance de 24 Heures/Coupe Rudge-Withworth. 33 équipages s'élancent sur un tracé de 17 km, remporté par la Chenard & Walcker d'André Lagache et René Léonard à une moyenne d'environ 92 km/h.

Quel a été le plus grand drame des 24 Heures du Mans ?

L'accident de 1955, où la Mercedes-Benz 300 SLR de Pierre Levegh a été lancée en l'air après un contact avec l'Austin-Healey de Lance Macklin, a atterri sur le muret des tribunes et a explosé, projetant des débris dans les gradins. Plus de 80 spectateurs sont morts, 120 ont été blessés, pour un total de 83 à 84 morts selon les décomptes. La course a continué, mais Mercedes a décidé de quitter la compétition automobile à la fin de l'année.

Pourquoi le départ à pied a-t-il été supprimé ?

Parce qu'il poussait les pilotes à négliger leur sécurité, notamment le harnais. Après l'accident de Willy Mairesse en 1968, probablement dû à une portière mal fermée, Jacky Ickx traverse la piste en marchant, attache son harnais et part en dernier avant de gagner. Le départ voiture arrêtée est définitivement abandonné en 1971.

Quelle voiture a dominé le Mans dans les années 1960 ?

La Ford GT40 a remporté quatre victoires consécutives de 1966 à 1969, devenant l'une des voitures les plus iconiques de l'histoire du Mans dans cette rivalité légendaire contre Ferrari.

Sources

  1. Hunaudières, le morceau de bravoure des 24 Heures du Mans (video) · 24h-lemans.com
  2. 24 Heures du Mans - Aux origines de la légende · 24h-lemans.com
  3. Les chiffres clés de la 94e édition des 24 Heures du Mans · 24h-lemans.com
  4. La légende du fantôme rouge des Tuileries - Arcanum Paris · arcanum.paris
  5. goodrech.php3 - Bookinerie.com - Livres Anciens · bookinerie.com
terrain-pro
Thomas Rabot @terrain-pro

Ancien handballeur en nationale 3, je vis le sport avec passion même si mon genou m'a dit stop. Coach sportif à Dijon, je regarde tout : foot, basket, tennis, sports de combat, e-sport. J'analyse les perfs avec un œil technique mais accessible. Les stats, c'est bien, mais je préfère raconter les histoires humaines derrière les résultats. Le sport, c'est pas que des chiffres – c'est des gens qui se dépassent.

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