Si tu cherches la prochaine pépite qui va faire vibrer la scène hexagonale, ton radar s'est peut-être arrêté sur le bon nom. Figure émergente de la nouvelle vague, Zélie s'impose peu à peu comme une voix incontournable pour sa génération. Loin des formats tout faits et de la surproduction industrielle, cette artiste lilloise propose un son brut, sincère et résolument moderne. À travers des textes acérés et une mélodie envoûtante, elle redéfinit ce que la pop urbaine française peut être au milieu des années 2020. En tant que chasseuse de talents, c'est exactement ce genre de profil qui me fait dresser l'oreille : une artiste qui ne cherche pas à coller aux tendances, mais qui les crée par sa simple authenticité.

Lille, terreau fertile pour une artiste libre
Née en 2001 dans l'effervescente ville de Lille, Zélie Claeyssen baigne dès le plus jeune âge dans un environnement propice à la créativité. Le Nord, avec son identité culturelle forte et ses scènes locales dynamiques, a souvent été un terreau fertile pour les artistes qui ne cherchent pas à ressembler à tout le monde. Grandir dans cette métropole du Nord, c'est bénéficier d'une certaine forme de liberté artistique, loin du carcan parfois rigide de la capitale parisienne. Ici, on ose mélanger les genres, les influences, et surtout, on privilégie l'authenticité avant l'apparat. Cette identité régionale marquée se ressent dans l'attitude de Zélie : une franchise, une absence de prétention qui désarme et séduit immédiatement.
Une identité du Nord ancrée dans le son
Il existe une différence notable entre la scène parisienne, souvent soumise aux pressions immédiates des tendances et des médias nationaux, et la scène lilloise, plus organique. À Lille, la proximité avec la Belgique et l'Angleterre permet aussi une perméabilité aux influences indie et pop qui forgent un son unique. Zélie a profité de cette distance pour mûrir son projet sans se sentir obligée de correspondre à une image prédéfinie. C'est ce qui donne à sa musique cette saveur si particulière, à la fois ancrée dans une réalité française et ouverte sur des sonorités plus internationales. On retrouve cette mélancolie nordique, souvent grise mais chaleureuse, qui transpire dans ses textes et dans ses ambiances sonores.
Le réseau local comme premier tremplin
La Flandre intérieure regorge de lieux alternatifs et de petites salles qui acceptent la prise de risque. C'est dans ces creusets que l'artiste a pu roder ses morceaux, tester sa scène et comprendre ce que le public retenait de sa performance. Le soutien de la scène locale n'est pas à sous-estimer : il offre une première validation, celle des pairs et des mélomanes avertis, avant que la machine médiatique ne s'en empare. Pour une jeune autodidacte, ce terrain de jeu est essentiel pour forger une confiance en soi inébranlable. C'est en jouant dans ces petits endroits, face à des publics parfois exigeants mais toujours bienveillants, qu'elle a affûté ses armes pour conquérir un public plus large.
Une autodidacte à l'ère du numérique
Pour une née en 2001, l'omniprésence de la musique numérique a toujours été une évidence. Zélie fait partie de cette génération qui a grandi avec YouTube, SoundCloud et les plateformes de streaming comme outils de découverte et de création. Cela se ressent dans sa façon d'aborder la musique : elle n'est pas académique, elle est fluide, instantanée et connectée aux réalités de son temps. Son parcours ne suit pas les sentiers battus des écoles de musique traditionnelles, mais plutôt celui de l'autodidacte passionné qui affine ses armes en écrivant, en composant et en enregistrant seule dans sa chambre. C'est cette formation « sauvage » qui lui permet d'éviter les clichés et de développer un style qui lui est propre, loin des recettes apprises par cœur.
L'apprentissage par la pratique et l'écoute
L'autodidacte apprend en faisant, en tâtonnant, en cassant pour reconstruire. Zélie n'a pas eu besoin de professeurs pour lui dire quelle note suit quelle autre ; elle a laissé son instinct guider ses doigts sur son instrument. Cette approche lui confère une certaine fraîcheur compositionnelle, où l'émotion prime sur la théorie. On sent qu'elle cherche d'abord le son qui lui fait du bien, l'accord qui résonne juste avec ce qu'elle ressent, plutôt que d'essayer de respecter des règles harmoniques complexes. C'est ce qui rend ses titres si immédiats : ils sont écrits avec l'intuition de l'émotion, non la rigueur de l'intellect. Cette spontanéité est le marqueur des artistes femmes qui bousculent les codes aujourd'hui.
Les outils de la génération Z
La transition entre l'intimité de la chambre et la lumière des projecteurs ne s'est pas faite en un jour. Comme beaucoup de jeunes talents de son époque, elle a dû apprendre à naviguer entre l'envie de partager sa musique et la nécessité de trouver son propre style. Aujourd'hui, la barrière à l'entrée pour créer de la musique est basse, mais celle pour se démarquer est immense. Zélie utilise ces mêmes outils numériques — l'enregistrement home-studio, le montage vidéo, les réseaux sociaux — non comme des finitions techniques, mais comme une extension de son expression artistique. C'est à Lille, entre deux répétitions et des séances d'écriture intensives, que sa personnalité artistique a commencé à véritablement cristalliser, portée par une volonté farouche de rester fidèle à elle-même.
L'EP « Zélie, c'est quoi » : une confession musicale
En 2023, Zélie a marqué les esprits avec la sortie de son premier projet majeur, un EP composé de neuf titres intitulé « Zélie, c'est quoi ». Ce disque n'est pas juste une collection de chansons, c'est une véritable déclaration d'identité. Le titre lui-même est une question, une invitation à entrer dans son univers, à définir qui elle est sans qu'elle ne s'impose de limites. C'est une audace pour une première production, signifier que l'identité est une quête et non un acquis. Avec neuf titres à son actif pour cette première œuvre, elle prend le temps nécessaire pour déployer ses idées, refusant la logique effrénée du single viral éphémère.
Cette densité permet à l'auditeur de s'immerger totalement dans son univers, sans avoir l'impression de consommer du contenu fast-food. On y trouve une vraie cohérence narrative, celle d'une jeune femme qui navigue entre espoirs et doutes. Ce qui frappe dès les premières écoutes, c'est la capacité de Zélie à créer des mélodies qui s'infusent immédiatement dans l'esprit, tout en gardant une texture rugueuse, presque organique. Elle ne cherche pas la perfection stérile de l'Auto-Tune agressif ; au contraire, elle laisse transparaître la respiration, les petites imperfections qui font toute l'humanité de sa voix. C'est une rareté à l'heure où tout est lissé, corrigé, normalisé. En tant qu'observatrice des tendances, je parierais que c'est précisément cette « imperfection maîtrisée » qui clévera avec un public en quête de vérité.
La plume acérée d'une jeunesse en mouvement
Au-delà de la mélodie, c'est le texte qui retient l'attention. Zélie écrit comme elle vit : avec intensité et sans filtre. Dans cet EP, elle aborde des thématiques qui résonnent violemment avec la génération Z. On parle beaucoup de la jeunesse aujourd'hui, souvent de manière condescendante, mais Zélie offre un témoignage de l'intérieur. Ses chansons sont des instantanés de vie, des photos polaroïdes d'une époque où tout va trop vite et pas assez vite à la fois.
Entre fragilité et affirmation de soi
L'une des grandes forces de son écriture réside dans ce juste équilibre entre la mise à nu de ses faiblesses et une confiance en soi déconcertante. Elle n'a pas peur d'avouer ses erreurs, ses hésitations amoureuses ou ses angoisses existentielles, mais elle le fait avec une telle assurance qu'on finit par y trouver une forme de puissance. C'est ce qu'on appelle la vulnérabilité comme force. Dans des morceaux plus intimes, le texte se fait confession, presque murmure à l'oreille, tandis que sur des titres plus rythmés, sa voix prend une ampleur revendicatrice. Elle n'est pas une victime de sa jeunesse, elle en est l'héroïne.
Un storytelling résolument contemporain
Les références culturelles et les codes sociaux actuels sont intégrés avec une aisance déconcertante. Elle n'a pas besoin de faire du « name-dropping » superficiel pour exister ; elle capture l'air du temps. Ses textes reflètent les relations modernes, faites d'interactions numériques, de « situationships » ambigus et de quête d'identité dans un monde saturé d'images. C'est une pop urbaine ancrée dans le réel, loin des clichés du « bling-bling » ou des rêves impossibles. Elle chante le quotidien, le sublime, et le rend désirable.
Un son hybride : quand la pop rencontre l'indie
Si l'on devait classifier la musique de Zélie, la tâche serait ardue. Elle refuse de s'enfermer dans une case unique, et c'est là tout son intérêt. Son univers sonore flirte avec les frontières du R&B, de la pop, et même de l'electro indépendante. C'est ce mélange des genres qui confère à ses titres cette couleur si singulière, capable d'apprivoiser aussi bien les amateurs de variété française que les puristes de la musique urbaine.
La place de la production dans le propos
Sur cet EP, la production n'est pas là juste pour faire danser ; elle sert le propos. Les instrumentaux sont souvent dépouillés, laissant de l'espace pour la voix et le texte, mais ils peuvent s'enrichir de textures synthétiques plus complexes pour créer des ambiances oniriques. On perçoit l'influence de la scène indie britannique ou de la pop alternative américaine, transposée dans la langue de Molière. C'est une pop intelligente, qui ne sous-estime pas l'auditeur. Les basslines sont parfois sourdes, inspirées du hip-hop, tandis que les mélodies vocales puisent dans les grandes traditions de la chanson française. Ce métissage est la marque de fabrique d'une artiste qui écoute tout et n'importe quoi, pour mieux recréer quelque chose de nouveau.
L'importance du groove et du « vibe »
Ce qui fait aussi la spécificité de Zélie, c'est cette notion de « vibe », difficile à définir mais facile à ressentir. Il y a un swing particulier dans sa façon de poser sa voix sur le rythme. Elle ne suit pas la mesure de manière rigide ; elle joue avec, flirte avec les contretemps, donnant une impression de liberté totale. C'est le signe d'une artiste à l'aise avec sa motricité musicale, qui a assimilé les codes des musiques noires américaines pour les adapter à sa sensibilité francophone. Cette aisance rythmique donne une dimension physique à sa musique : on ne l'écoute pas seulement, on la ressent dans le corps.
L'esthétique visuelle : une extension de l'âme
Dans le paysage musical actuel, l'identité visuelle est aussi cruciale que le son. Une artiste pop ne se vit plus seulement à travers les écouteurs ; elle se voit, se partage, se « like ». Zélie a parfaitement compris cet enjeu sans pour autant tomber dans le piège du marketing agressif. Son univers visuel est le prolongement logique de sa musique : brut, authentique et décalé.
Refuser le « poli » pour affirmer le vrai
À l'opposé des clips ultra-produits au esthétisme lisse et irréprochable qui inondent les chaînes YouTube, Zélie privilégie une approche plus instinctive de l'image. Ses clips et ses photoshoots jouent souvent sur des tons naturels, des vêtements simples mais stylés, une mise en scène qui privilégie l'attitude et le regard. Il y a une sorte de « coolitude » désinvolte qui émane de son image, celle de quelqu'un qui ne essaie pas de plaire à tout prix, et qui, paradoxalement, plaît davantage. C'est l'esthétique de l'imperfection, celle du « too cool to care », qui résonne particulièrement avec les jeunes générations lassées des représentations irréalistes de la beauté et de la réussite.
Les réseaux sociaux comme galerie d'art
Pour un talent hunter comme moi, la manière dont Zélie utilise ses réseaux sociaux est un indicateur clé de son professionnalisme et de sa vision. Elle ne se contente pas de poster des selfies promotionnels ; elle utilise Instagram ou TikTok comme des cahiers de croquis numériques. On y trouve des extraits de sessions studio, des esthétiques vintages, des petites vidéos poétiques qui construisent peu à peu le mythe autour de sa personne. Elle cultive le mystère tout en étant accessible, une ligne de crête difficile à tenir mais qu'elle maîtrise avec brio. C'est cette cohérence entre le son et l'image qui fait qu'on a envie de s'investir dans son projet sur le long terme.
Le potentiel live : l'électricité de la scène
Le studio, c'est bien, mais la scène, c'est l'autre vérité d'un artiste. C'est là que les talents se révèlent ou s'effondrent. À l'heure où je vous écris, tout indique que Zélie possède ce fameux « charisme scénique » qui ne s'apprend pas. En observant ses premières performances dans les salles lilloises ou lors des premières parties, on perçoit une électricité particulière.
Une présence magnétique
Sur scène, Zélie ne se cache pas derrière des effets lumineux complexes. Elle est là, présente, physique. Sa prestation vocale est solide, mais c'est sa présence qui captive. Elle a cette capacité rare de faire taire une salle simplement en se tenant devant le micro. Il y a une sincérité dans son jeu qui transmet l'émotion brute du studio, mais amplifiée par l'adrénaline du direct. Elle communique avec le public, pas seulement par des paroles, mais par une énergie qui se propage. Pour moi qui ai vu des centaines d'artistes débarquer sur scène avec la peur au ventre, Zélie dégage cette assurance tranquille de celles et ceux qui savent pourquoi ils sont là.
La musique comme expérience collective
Ses concerts ne sont pas de simples réécoutes de l'album.