
Tout commence il y a deux mois. La routine commençait tranquillement à creuser son trou dans ma vie, mais le fait d'être à Oslo depuis ce 25 mai 2006 me réjouissait (et me réjouis encore) au plus haut point. Ce n'est donc pas une routine comme les autres... Celle-ci passe agréablement, sans déprime. Rien... Comme si je pouvais me rendre compte de quelle splendeur chaque jour est illuminé par un soleil à la luminosité étrange, si particulière, comme tout droit sortie des mains des Ases.
Assis dans le métro, les derniers rayons de soleil s'éteignaient alors que les wagons s'enfonçaient dans le tunnel après Majorstuen en direction de Nationaltheatret. Mes yeux se sont arrêtés sur une affiche aux couleurs attrayantes pour le commun des mortels : un énorme sourire sur fond violet pâle et un « Øyafestivalen » rose bonbon. « Putain c'est laid » ; telle fut ma pensée avant de voir quelques lettres se détacher, d'un noir profond contrastant parfaitement avec la laideur de la chose : E – N – S – L – A – V – E – D.
Stupéfait, je me levai comme pour mieux voir, m'essuyant les yeux comme si c'était un rêve dont je venais de m'éveiller. Avec mon norvégien approximatif, je compris tant bien que mal : « Jeudi 10 août »... Et merde... C'était trop beau pour être vrai. Je me rassis, « Flying Whales » dans les oreilles, pensant à ce que j'allais manger le soir.
Quelques jours passèrent, les trajets se multipliaient devant cette infâme affiche qui me narguait de sa laideur et de son programme. Et là... Un jour dont je ne me souviens pas de la date exacte... Comme apparu par miracle : un flyer... Encore ce maudit festival ! Mais surprise : Enslaved figure dans les têtes d'affiche et je peux lire à côté du nom du groupe : 18h20.
« HELL YEAH ROCK N ROLL BABY DOLL !!! »
La décision était prise : nous irions voir Enslaved ce soir-là.

Comment nous avons organisé notre soirée festival
— Arne, tu sais où se passe le festival ce soir ?
— Oui, c'est dans le parc Médiéval d'Oslo. Tu prends le tram 19 à Jerbanetorget.
— Heu... Ok...
— Mais c'est facile tu verras, y'aura plein de monde.
— Ok takk Arne !
— Vær så god !
Je trépignais toute la journée, attendant le moment où ma bien-aimée me rejoindrait pour partir ensemble voir ENSLAVED. Je n'y croyais toujours pas. Les « mythes » du black métal viking norvégien, revenus avec deux sublimes albums très rock – bien que restant très black dans le fond – « Isa » et « Ruun »... Là où le mythe et la musique se rejoignaient parfaitement.
La journée passa tranquillement. Lorsque 16h30 sonna, je pris mes affaires et m'apprêtais à descendre dans la rue... lorsqu'une collègue du bureau me dit :
— Tu pars au Øya ?
— Ouep !!!
— Gneeeee, dit-elle en me tapant l'épaule comme pour me dire « Salaud ».
— J'ai hâte !
— Mais tu as des places ?
— Bah non... Mais ils en vendent à l'entrée non ? Enfin j'ai vu ça sur le net quoi.
— Mais c'est plein depuis trois mois tu sais ?
— HEIN ??!?? Mais non, un festival c'est jamais plein !
— Non... Mais tu peux acheter des places à la journée mais y en a plus et ils en vendent que 100 par jour !
— Je suis maudit... Mais je ne lâcherai pas l'affaire. Je veux y aller.
— Bonne chance alors !
C'est le cœur serré et le moral bas, mais combattant, que je rejoignis ma compagne dans la rue.
— Aller on y va... On a très peu de chance d'y arriver mais ça va le faire... Je le sens.

Les obstacles pour entrer au festival
Après 5 minutes de tramway, nous arrivâmes devant ce qui semblait être le festival. Des centaines de personnes faisaient la queue devant des entrées improvisées. Au loin, on entendait les tests son et les groupes jouant sur les autres scènes. Comme je m'arrêtai pour parler à un gars qui vendait des places au rabais, je lui demandai combien valait la place et si on pouvait payer par carte bleue Visa. C'est le visage dépité que je me tournai vers Amandine :
— Ils nous faut 1100 couronnes pour entrer... Et en liquide.
Se disant que faire 15 minutes de marche pour aller retirer de l'argent et payer un ticket 550 couronnes pour voir jouer ENSLAVED – peut-être pour seulement 20 minutes – était une véritable folie financière.
Sur le chemin du retour, nous étions les seuls à marcher dans le sens contraire. Et là, je vis « le metalleux norvégien » dans toute sa splendeur, arborant fièrement la panoplie complète du fan d'Enslaved. Je tentai ma chance :
— Hei !
— Hei !
— Tu sais combien de temps Enslaved vont jouer ?
— 1h – 1h15 je pense.
Révélation et miséricorde : ils allaient jouer un vrai set ! Nous décidâmes alors de tenter notre chance. Nous nous dirigeâmes vers l'entrée des privilégiés pour demander s'il y avait encore des billets à la journée en vente et si on pouvait payer par carte. Quel bonheur de s'entendre répondre positivement ! Mais il fallait aller à l'entrée du « peuple » pour espérer avoir des places.
Et une longue queue commença, d'attente et d'espérance. Arrivés au guichet, la déception fut lourde : plus de places. Mais la jeune fille semblait dire ça sans trop savoir, donc nous insistâmes. Apparemment, des places étaient encore en vente au guichet qui se trouvait en face, à cent mètres.
Personne à ce guichet ! C'est le moment. Nous y allâmes pleins d'espoir :
— Bonjour, vous avez encore des places ??
— Oui.
— YES !
— On peut payer par carte ?
— Oui.
— Oh joie !!!!
— ... Heu...
— Quoi ? Quoi ?
— Votre carte ne marche pas. Notre machine n'accepte pas les Visa.
— C'est un comble. Où y a-t-il un distributeur ?
— Il faut retourner en ville.
Suppliant la fille de garder nos places de côté, nous partîmes en courant. Au bout de 15 minutes, je trouvai enfin un distributeur. Le chemin du retour, en montée, fut long et pénible (en rangers... en courant), mais la somme était en notre possession. J'arrivai en sueur !!
— Ah vous revoilà !
— Oui ! On va pas manquer ça.
— Vous avez couru haha.
— Oui. Ça se voit tant que ça ?
— Hehe oui. Bon voilà vos places, mais faut que vous soyez ensemble pour avoir le pass.
— Ok elle est juste là... (elle avait du mal à courir)
— Où est la scène « Enga » s'il vous plaît ?
— C'est la grande scène principale en entrant, en face de vous.

Enslaved sur scène à Oslo : le concert tant attendu
Nous avions gagné notre journée et le droit de jouir pleinement de la musique d'Enslaved. J'étais essoufflé, rouge brûlant, mais heureux. Heureux de pouvoir l'emmener voir Enslaved – son premier concert – en Norvège... Heureux de les voir enfin sur leurs terres !
Quelques chevelus attendaient déjà devant la scène où le matériel était déjà en place. Nous nous plaçâmes alors devant la scène, à 3 mètres de ce qui allait être, 10 minutes plus tard, le micro de Grutle Kjellson.

Le show d'Enslaved sous la pluie
Et les voilà, enfin... Présents... Sur scène. Grutle entre et se place devant le micro, regarde le public d'un œil jovial... Ses lèvres s'entrouvrent et laissent sortir sa voix rauque et profonde :
« Oslo... [paroles en norvégien incompréhensibles]... ISAAAAAAA ! »
Les premières notes de la chanson mythique résonnent dans l'air et les premiers headbangers sont en place. Un show de lumières, de scène, de grimaces de metalleux en jouissance, et les chansons s'enchaînent dans un tourbillon endiablé de distorsion martelé par une double grosse caisse présente mais pas trop... Alliant un black métal sans concession à un rock psychédélique monstrueux, Enslaved sont là et « Entroper », « Path to Vanir » sont lancées majestueusement sur nous.
Grutle lance quelques blagues en norvégien qui semblent faire rire pas mal de monde ; il est vraiment en forme et relativement sympa sous ses airs de vieux viking de Bergen. Au bout d'une heure, ils sont toujours là, toujours en forme. Seule la sueur qui perle sur le front de Grutle nous fait sentir sa fatigue et que le concert a déjà démarré depuis longtemps.
« Ruun »... La chanson la plus rock d'Enslaved démarre et la pluie commence à tomber sur nous. Ils sourient, tous, de voir que même malgré cette très forte averse, les gens restent. Ce qui est notable, c'est que tout type de gens sont venus voir Enslaved et que même s'ils n'aiment pas, ils respectent et tolèrent les goûts d'autrui (nous avons beaucoup à apprendre des peuples nordiques où aucun « goût » n'est mis à l'cart... J'ai quand même vu Satyricon passer à la télé entre des trucs à la Lorie et 50 Cent).
Au moment où l'averse se transforme presque en un véritable torrent lancé sur nous, une magnifique « Return to Yggdrasil » sonne la fin du concert, le glas du bonheur. Cette dernière chanson m'a touché encore plus en live que sur le disque, peut-être l'ambiance pluvieuse et la musique puissante, ambiante et chargée d'énergie ésotérique. Je ne portais aucune attention à mes cheveux lourds et trempés qui brûlaient mon visage d'un froid glacial.
C'est mouillé jusqu'aux os et accompagné d'une fille qui ressemble plus à un remake de The Cure (son maquillage avait tout coulé avec cette pluie diluvienne, comme évoquée par Enslaved depuis les hauteurs d'Asgard) que je m'approche du stand de merchandising d'Enslaved. Apercevant Grutle marchant au loin, je me dis que je m'achèterais bien un sweat tout sec histoire de pas chopper la mort.
— Combien le sweat ?
— 350 couronnes.
— Je peux payer par carte ?
— Non, il faut que vous alliez au distributeur là juste en bas.
— Ok merci.
Un distributeur à l'intérieur du festival, c'est fantastique ça. Et là, vision comique : le distributeur, ce sont trois blondes norvégiennes bien pourvues avec des machines à cartes et des caisses d'argent liquide. Comprenant le concept, je passe alors ma carte dans la machine et je demande à la jeune fille 500 couronnes.
— Monsieur, votre carte ne passe pas... C'est une Visa...
— AH NON ! PAS ENCORE CE GAG !!!!!!
Pour aller plus loin
Pour en savoir plus sur ENSLAVED : enslaved.no
Vidéos personnelles du concert
- « Isa » – Vidéo Dailymotion
- « Path To Vanir » – Vidéo Dailymotion
- « Ruun » – Vidéo Dailymotion