Si les Sex Pistols ont inventé le punk, The Clash lui a donné ses lettres de noblesse. Retour sur l'histoire d'un groupe légendaire, de ses débuts londoniens au chef-d'œuvre London Calling.
En 1977, le rock se morfond, perdu faute de révolution. Mais c'était sans compter sur l'apparition d'un nouveau mouvement : le punk fait son entrée avec des groupes tels que Talking Heads, Kraftwerk, The Buzzcocks ou encore Siouxsie & the Banshees. En 5 ans, tout va changer. Le rock vient de prendre un nouveau souffle et The Clash en est la preuve incarnée. Si les Sex Pistols ont « inventé » le punk, c'est bel et bien The Clash qui lui a donné ses lettres de noblesse... Et a été beaucoup plus loin, car les Clash ont quelque chose que les autres groupes de punk n'avaient pas : du génie.
Les membres fondateurs de The Clash
Joe Strummer (né John Graham Mellor le 21/08/1952 à Ankara en Turquie, décédé le 23/12/2002) : Leader incontestable du groupe, Joe Strummer est un génie autodidacte du rock. Sa musique, à la fois engagée et évoluée, en fait un pilier du rock contemporain et un digne représentant de l'idéologie punk. On le considère encore comme un des artistes les plus influents du vingtième siècle. Après la séparation de The Clash, il continua à faire de la musique jusqu'au bout, notamment avec The Pogues, The Mescaleros et en solo.
Mick Jones (né le 26/06/1955 à Londres) : Second pilier du groupe, le guitariste Mick Jones est un musicien hors pair, qui compose et écrit également. Il a fait partie de plusieurs groupes avant The Clash (London SS) et après (Big Audio Dynamite). Il continue encore aujourd'hui dans Big Audio, un très bon groupe qui remporte toujours un succès certain auprès des fans de The Clash.
Topper Headon (né Nicholas Bowen Headon le 30/05/1955 à Bromley) : Le principal batteur et aussi le moins populaire des membres du groupe. Ses nombreux problèmes liés à l'héroïne ont gâché l'indéniable talent d'un des rares batteurs à pouvoir enregistrer des sessions parfaites du premier coup. Il quitta le groupe en 1982 et entama une courte carrière solo avant son arrestation en 1987. Depuis sa sortie, il s'est définitivement retiré du monde de la musique.
Paul Simonon (né le 15/12/1956 à Brixton) : Comme Jones, Simonon a fait partie de London SS. Il est le seul à être resté jusqu'au bout dans The Clash avec Strummer. Après avoir fondé son propre groupe Havana 3A.M., il a rangé définitivement sa basse pour se consacrer à sa première passion : la peinture.
Histoire de The Clash : des débuts londoniens au succès mondial
Comment The Clash s'est formé
Tout commence quand Joe Strummer entend pour la première fois les Sex Pistols. Il fait à l'époque partie d'un groupe appelé The 101'ers qui oscille entre la pop et le reggae. Pour lui, le punk est une révélation. Il s'empresse de quitter son groupe en compagnie du guitariste Keith Levene. À la même époque, Mick Jones est le leader d'un groupe de hard rock à la dérive, London SS, avec Tory Crimes et Paul Simonon. C'est alors qu'il rencontre Joe Strummer. C'est Strummer qui a l'idée de fonder un groupe de punk en fusionnant la formation actuelle de London SS avec les membres sortant de The 101'ers. C'est ainsi que naquit The Clash (en français « l'émeute »), alors composé de Joe Strummer (chant), Mick Jones (guitare), Keith Levene (guitare), Paul Simonon (basse) et Tory Crimes (batterie).
Premier album et reconnaissance britannique
Après seulement quelques spectacles underground, le groupe est contacté pour faire la première partie du grand concert des Sex Pistols à Londres. Bernard Rhodes, qui assistait au spectacle, devint le manager du groupe et les fit engager pour la tournée d'hiver 1976 des Sex Pistols, l'« Anarchy Tour ». C'est durant cette tournée que Keith Levene quitta le groupe.
Début 1977, le groupe est contacté par la maison de disques CBS pour produire un album. Enregistré en à peine 3 semaines, leur premier album éponyme est unanimement salué par la critique britannique. Cependant, la filiale américaine de CBS décida que l'album n'était « pas assez vendable » et décide de ne pas l'éditer aux États-Unis. C'est pourtant un album magnifique que nous offrent Strummer et sa bande, à la fois mélodique et puissant. Punk dans toute sa splendeur avec des textes rageurs contre la société anglaise et une musique efficace : 35 ans après, The Clash n'a pas pris une ride. Juste après l'enregistrement de l'album, Tory Crimes quitte le groupe et est remplacé par Topper Headon, un ancien des London SS.
Tournées et controverses
S'ensuit une tournée, le « White Riot Tour » avec The Jam et The Buzzcocks. Courant 1977, Strummer et Jones sont arrêtés pour des délits mineurs (dont un mythique vol de taie d'oreiller !). Simonon et Headon sont aussi envoyés sous les verrous pour avoir descendu des pigeons avec une carabine. Les membres commencent à avoir une image controversée qui enflamme la jeunesse anglaise désœuvrée, laquelle s'accroche aux idéaux du mouvement punk.
Le deuxième album, Give 'Em Enough Rope, reprend les mêmes bases que le premier tout en évoluant au niveau du son vers quelque chose de plus propre et de plus abouti. Toujours un énorme succès en Angleterre, toujours pas aux États-Unis.
La conquête de l'Amérique
Malgré le manque de succès, ils entament néanmoins une tournée aux États-Unis, le « Pearl Harbor '79 ». Suite à cette tournée, le premier album éponyme est enfin mis en vente sur le marché américain. Il reste encore aujourd'hui l'album le plus importé de l'histoire des États-Unis. Suite au succès de la tournée, une deuxième est organisée juste après. Pour le soutenir dans cette nouvelle tournée, Strummer fait appel à des groupes plus variés, allant du R&B (Screamin' Jay Hawkins) à la country (Joe Ely).
London Calling : le chef-d'œuvre de The Clash
L'année 1979 touche à sa fin et avec elle se meurt le punk. La fin d'un mouvement qui dura 5 ans est d'ores et déjà annoncée, le punk est à l'agonie mais pas The Clash. Fin 1979 sort l'album ultime : London Calling. Considéré comme le meilleur album de la décennie par toutes les critiques, London Calling est un véritable chef-d'œuvre musical comme il en existe peu. The Clash s'éloigne discrètement du punk pour atteindre une richesse musicale inégalée. L'album, tout en étant résolument rock, passe agréablement du reggae (Revolution Rock) au funk (The Guns of Brixton) en passant par le ska (Rudie Can't Fail) ou la pop (Lost in the Supermarket). Avec ce double album, The Clash s'impose comme le plus grand groupe du monde et aujourd'hui encore, 35 ans après sa sortie, cet album est une référence incontestable. De toute façon, celui qui n'a jamais entendu London Calling n'a jamais rien entendu ! À noter également la sortie en vidéo d'un mini documentaire Rude Boy, tout aussi indispensable !
Sandinista ! : l'album expérimental triple
Après le triomphe de ce sublime double album se posait donc le problème de ne pas régresser. En effet, après avoir atteint le sommet, on ne peut théoriquement que redescendre... Et pourtant en 1980, le groupe part à New York pour enregistrer Sandinista!, un triple album gigantesque. Les critiques furent cette fois totalement partagées. Il faut dire qu'une fois n'est pas coutume, The Clash sort des sentiers battus et nous livre là un album expérimental qui contraste largement avec l'homogénéité de London Calling. Composé de purs chefs-d'œuvre (The Magnificent Seven, Lightning Strikes), de purs délires (Ivan Meets G.I. Joe !) et même du bon vieux punk déjà bien rétro (Police on My Back). Avec Sandinista! s'achève définitivement le peu de punk qui subsistait en ce début des années 80 et la voie s'ouvre à un rock d'un genre nouveau, mais qui ne verra jamais le jour faute de bons groupes pour l'appliquer jusqu'à l'arrivée des Pixies et leur Surfer Rosa 8 ans plus tard...
Combat Rock : dernier grand succès et déclin
Après une tournée mondiale en 1981 et un repos bien mérité, la bande à Strummer retrouve le chemin des studios début 1982 avec cette fois Glyn Johns, le mythique producteur des Rolling Stones, de Led Zeppelin ou encore de The Who, à la réalisation. Juste après l'enregistrement, Headon quitta le groupe pour soi-disant « des divergences d'opinion ». En fait, le batteur totalement accro à l'héroïne était dans l'incapacité de continuer à jouer correctement. C'est donc Terry Chimes qui est réintégré dans le groupe. Résolument pop, le nouvel album, s'il est moins révolutionnaire et génial que les deux précédents, reste un très bon opus. Les fans de la première heure considéreront bien évidemment cet album comme une énorme déception. Combat Rock reste néanmoins un excellent album (à noter la sublime Straight to Hell, qui à elle seule justifie l'achat de l'album).
La fin de The Clash
Après cet album, des tensions commencent à apparaître dans le groupe. Chimes quitte à nouveau le groupe et est remplacé par Pete Howard (un ancien de Coldfish). Juste après, c'est Mick Jones qui est congédié, l'autre pilier du groupe avec Strummer. Bien que remplacé par deux très bons guitaristes, Vince White et Nick Sheppard, le groupe ne retrouvera jamais un second souffle. Le dernier album, Cut the Crap, est une véritable contre-performance musicale. Un album qui fut à la fois hué par la critique et boudé par le grand public. Strummer et Simonon iront jusqu'à renier cet album au point de ne pas le faire apparaître sur la discographie officielle. Suite à cette dernière mauvaise aventure, le groupe se sépare définitivement en 1985. Il ne sera jamais reformé.
L'héritage de The Clash dans l'histoire du rock
Mais l'histoire ne s'arrête pas là. En 1999 sort le CD live From Here to Eternity, suivi de près par la compilation The Essential et enfin le documentaire DVD Westway to the World qui retrace l'histoire de The Clash des débuts au départ de Mick Jones, puis un autre DVD, intitulé The Essential également, avec des bonus indispensables comme Hell W10, le film muet en noir et blanc de Strummer...
22 décembre 2002, c'est un bien triste Noël que s'apprête à passer le monde du rock : Joe Strummer est mort. Celui qui a incarné le punk, qui a été le fer de lance d'un mouvement qui a bouversé à jamais le monde de la musique n'est plus. À seulement 50 ans, Joe Strummer a finalement succombé à une crise cardiaque. Le vieux sage du rock'n'roll, celui qu'on pensait impossible à briser, celui qui était l'incarnation de la sincérité et du talent réunis ne chantera plus jamais... Et le rock pleure.