
Réponse aux critiques sur la méthode
Je réponds d'ores et déjà à ceux qui pensent que se prendre soi-même comme exemple est prétentieux et conduit nécessairement à des raisonnements fallacieux. Ça ne l'est pas, à la seule condition que ce ne soit pas passionné, comme au travers des propos de certains commentaires. La généralisation de cette théorie à partir de mon cas personnel m'a servi à prendre l'exemple que je connaissais le mieux, c'est tout. Parce que je pense qu'il faut réunir trop de connaissances sur autrui pour être certain de sortir une thèse pareille. Je ne cache pas avoir attendu des réactions à partir d'exemples personnels en réponse à cet article.
Pour ceux qui trouvent que cette thèse n'a « pas d'intérêt », je réponds qu'elle prête drôlement à controverse pour une idée sans intérêt.
Enfin, donner des contre-exemples aurait réduit l'article à une dissertation philosophique, ce que je ne voulais pas puisque je souhaitais vous convaincre par la thèse des influences.
Le piège comportementaliste dissimulé derrière le débat
Cet article dissimulait un procédé destiné à vous mettre sous le joug de certaines influences, auquel tous ceux qui ont posté un commentaire se sont décrédibilisés. Vous comprendrez pourquoi en finissant de lire cet article-ci. En effet, l'article précédent, à travers son titre anodin et prétentieux, vous a conduit dans un guet-apens. Il suffit de vous provoquer en vous demandant de venir prouver que vous avez du goût, et comme des moutons (désolé mais c'est le mot) vous rappliquez. Première influence test : concluante.
Mais admettons. À ce stade-là, vous ne saviez pas encore ce qu'il était dit dans l'article à propos des influences. Il est certain qu'à votre place je serais tombé également dans le piège, mais bon.
L'exemple de KOM et la compréhension du comportementalisme
L'exemple de KOM est certainement le meilleur qui étaye cet article. Non pas parce qu'au final elle se met presque d'accord avec celui-ci, mais parce qu'elle a compris qu'il s'agissait d'extrapoler l'idée au-delà de la musique jusqu'à en comprendre que nous n'avons pas de libre arbitre, ni même de conscience réfléchie. Ce que nous croyons être réfléchi résulte d'influences très profondes. Je m'explique :
Les contestations les plus courantes ont été (de façon schématique) :
« J'ai toujours été seul à écouter ce que j'écoute, ce qui prouve bien que je n'ai subi aucune influence de la part d'autrui. »
Pourquoi se marginaliser est aussi une influence extérieure
Je réponds à cela que se distinguer des autres par ses « choix » résulte nécessairement d'une influence extérieure, puisqu'à la naissance nous sommes contraints de désirer ce que désire l'autre pour apprendre. Quand on est petit, il est nécessaire de faire comme tout le monde, car c'est seulement ainsi que l'on évolue. Puis un jour vient où l'on apprend qu'un homme s'est rebellé, qu'il a su aller à l'encontre des idées courantes ou reçues (comme certains personnages vus à l'école, ou à la télé, ou par internet par exemple).
Comment refuser alors l'évidence : se marginaliser, c'est faire ce que d'autres ont fait. C'est donc s'être laissé influencer par une attitude. Voilà une influence plus profonde que celle de l'influence musicale directe. Pour être très explicite, voilà ce que j'entendais par « influences profondes ».
Par ailleurs, la raison pour laquelle vous avez simplement voulu vous marginaliser est probablement due à une autre influence, telle que « je n'aime pas parce que je désire autre chose », ou « parce que je ne désire pas désirer une telle chose », ou encore « moi, mon truc c'est de ne rien désirer du tout pour me sentir original ». Chose qui encore une fois ne s'est jamais vue dans les attitudes extérieures et dont personne n'a jamais eu connaissance.
En bref, la seule personne qui pourrait véritablement ne pas être influencée est celle qui n'aurait jamais eu de contact avec les autres, et qui aurait un esprit critique pourtant aussi évolué que la moyenne. Un tel individu n'existe pas et n'existera probablement jamais.
Les influences au quotidien : marques, religion et cuisine
Ouvrez n'importe lequel de vos placards : vous verrez des marques de produits vus à la télé. Sauf s'il est vide bien sûr (et encore : il y a peut-être une marque Lapeyre sur l'étagère). Comme quoi la formule « vu à la télé » fonctionne bien sur nous.
Autre exemple : avez-vous déjà vu un adolescent ayant reçu une éducation religieuse qu'il a ensuite reniée ? Oui, ça s'est déjà vu mais toujours parce que des influences contraires se sont opposées à cette éducation. Autrement il continuera de croire. Si vous n'en êtes pas convaincus, lisez une biographie de Primo Levi. Eh bien pour la musique, le cinéma ou la cuisine, c'est exactement pareil.
Avec la cuisine : certes un enfant de quatre ans peut rejeter ses épinards, mais n'est-ce pas parce qu'il avait goûté antérieurement un autre légume de la même couleur (ou consistance) qu'il n'avait pas aimé et que son plat d'épinards lui rappelle ? Le seul choix que cet enfant a pu faire, c'est son palais qui le lui a dicté : il s'agit du plat qu'il a antérieurement choisi de rejeter. En effet nous avons (heureusement) une conscience sensitive indépendante de toute influence, ce qui nous permet de nous élever au rang des animaux (c'est déjà ça). Pour le reste : influences ! Partout !
Conclusion sur le test comportementaliste
Je n'ai rien inventé et j'en suis « conscient ». Je n'ai fait que rééditer une théorie comportementaliste que j'ai testée sur vous, lecteurs, à travers les lignes du précédent article.
Tout ce que nous savons est un amalgame de connaissances issues de notre évolution durant des milliers d'années. Notre conscience ne peut qu'être influencée par tout ce qui nous entoure. De ce fait, être nihiliste est légitime. Mais à partir de quand peut-on être sûr d'avoir tout rejeté de cette société ?
Nous ne cesserons jamais d'être influencés. Le fait que vous ayez posté tous vos commentaires en réponse à mon article le prouve (et c'était là le procédé dissimulé) : n'avez-vous pas profité de l'opportunité de sabrer une théorie en utilisant la merveilleuse commande « Envoyer un commentaire » qui nous tente tous à chaque fois que nous lisons un article ? En clair, en ayant répondu, n'avez-vous pas fait comme tout le monde ? Certes, et c'est le résultat d'une autre influence (once again !). C'est là où je voulais vous mener lorsque j'ai écrit : « j'en attends de nombreuses réactions ». Et vous aviez tous les indices pour ne pas tomber dans ce piège à partir du moment où je vous ai conseillé : « faites-en d'abord appel à votre esprit critique ».
Mais non, comme d'habitude il fallait d'abord se ruer sur la commande de commentaire, pour pondre trois lignes incohérentes ou contradictoires et au final affirmer « j'ai niqué ta théorie » (Mylou). Heureusement que certains autres commentaires ont rehaussé le débat, parce que trois lignes pour détruire une théorie d'un mouvement philosophique qui a duré plus de trente ans, ça me paraît un peu faiblard.
Vous êtes tous tombés dans un piège que je vous ai volontairement tendu et qui m'a démontré que le comportementalisme est une théorie qui avait vu juste : vous n'avez pas de conscience véritable puisque vous n'avez pas su utiliser votre libre arbitre et votre esprit critique pour scier le raisonnement de cet article. Encore une fois j'aurais probablement fait comme vous, j'en suis persuadé. Allez-vous maintenant poster un commentaire ?