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Musique

Siouxsie & The Banshees

Du punk londonien aux tubes pop sophistiqués : plongée dans deux décennies de musique avec Siouxsie & The Banshees, groupe culte britannique injustement méconnu en France.

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Bizarrement, en France, on parle peu de ce groupe... Ou plutôt si, mais cela reste réservé aux amateurs de rock gothique comme The Cure & co. Pourtant, leur musique va bien au-delà de l'étiquette « gothique ». Pas besoin d'être dans le trip « goth » et glauque pour apprécier Siouxsie & The Banshees. La plupart de leurs singles sont pop, et leur musique pourrait plaire à n'importe quel amateur de pop-rock.

En 1995, les Banshees jouaient au Bataclan de Paris, pas au Zénith... ça en dit long sur leur notoriété française ! Mais en Angleterre, ils ont toujours eu un succès énorme, quelle que soit la période. La preuve : le nombre hallucinant de vidéos qu'on retrouve d'eux sur YouTube.

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Les débuts punk de Siouxsie & The Banshees (1976-1979)

Siouxsie Sioux s'est d'abord faite remarquer comme « groupie » des Sex Pistols. Les débuts des Banshees étaient fortement teintés de punk, surtout sur le premier album, The Scream (1978). Ajouté à cela un minimalisme exacerbé et des structures répétitives sur chaque chanson — l'influence de Velvet Underground, probablement, qui se ressent surtout sur Join Hands (1979), plus étrange. On est loin de la grandiloquence des Banshees dans les années 80.

Une période intéressante, mais pas la meilleure. The Scream est bien, mais un brin ennuyeux quand même ; ils feront bien mieux plus tard. Plusieurs titres à écouter :

  • Carcass : bien cool, simple, efficace – Lien YouTube
  • Switch : un des meilleurs titres de The ScreamLien YouTube
  • Jigsaw Feeling : encore du punk un peu allumé – Lien YouTube
  • Nicotine Stain : punk's not dead – Lien YouTube
  • Helter Skelter (live 1983) : une reprise qui déchire – Lien YouTube
  • Hong Kong Garden : leur premier single, ne figure sur aucun album studio – Lien YouTube
  • Mirage : leur second single, préfigure le style plus mélodique à venir – Lien YouTube
  • Playground Twist : le single pour l'album Join Hands, l'anti-hit par excellence – Lien YouTube
  • Placebo Effect : du Sonic Youth avant l'heure... – Lien YouTube
  • Icon : Join Hands est bien l'album le plus « chelou » du groupe avec JujuLien YouTube
  • Love In A Void : single qui ne figure pas sur Join Hands, punk direct et « in your face », brillamment repris par Dark Throne récemment – Lien YouTube

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La trilogie gothique (1980-1983)

Les Banshees n'auront de cesse de changer de guitariste tout au long de leur carrière. Avec l'arrivée de Budgie à la batterie, les Banshees deviennent plus techniques et mélodiques sur l'excellent Kaleidoscope (1980). Oublié le punk et les guitares saturées.

  • Christine : très pop « 60's », le hit de l'album, magnifique... Admirez la position du batteur, ou comment pondre un putain de rythme avec 2 notes – Lien YouTube
  • Happy House : autre single, clip avec Siouxsie Sioux et son look à la Anne Roumanoff – Lien YouTube
  • Red Light : les années new-wave... – Lien YouTube
  • Paradise PlaceLien YouTube

Juju (1981) est leur disque « gothique » par excellence : malsain, minimaliste, linéaire, très peu mélodique. C'est une énigme, car à partir de là, les Banshees seront comparés à The Cure... Comparaison pas injustifiée à mon sens. Juju est l'album le plus proche de ce que faisait The Cure à la même époque, d'où la rivalité qui s'instaurera entre les deux groupes. Rivalité plus due à la presse et aux fans (comme entre pro-Stones et pro-Beatles) qu'aux groupes eux-mêmes, puisque Robert Smith sera guitariste des Banshees en 83 et 84. Juju sera considéré comme culte. Même si je l'aime bien, je trouve ce disque un peu surcoté. The Cure ira beaucoup plus loin dans le trip glauque avec l'inécoutable Pornography l'année suivante.

  • Spellbound : excellent single... Rien que la superbe intro des guitares rappelle le son de The Cure – Lien YouTube
  • Into The Light : un morceau qui aurait pu être enregistré par The Cure – Lien YouTube
  • Arabian Knights : ça commence à sentir bon les guitares 80's pleines de delay, miam – Lien YouTube
  • Monitor : Robert Smith est toujours parmi nous, mettez sa voix dessus, ça ne choquerait pas – Lien YouTube
  • Head Cut (live 1981) – Lien YouTube

Enfin, A Kiss In The Dreamhouse (1982) clôt cette trilogie avec plus d'emphase, de mélodies et de grandeur... Inutile de dire que je préfère ce disque à Juju. Les arrangements deviennent plus riches, les violons apparaissent, la voix de Siouxsie Sioux se fait plus sensuelle même si elle garde toujours ce côté un peu dissonnant — cette impression qu'elle chante parfois un peu à côté des bonnes notes. C'est son style, y'en a qui n'aiment pas. C'est avec ce disque qu'ils vont commencer à être plus ambitieux, à s'éloigner du rock gothique minimaliste...

  • Fireworks : les violons débarquent... Bon, pour le look et la coupe de cheveux, on comprend l'affiliation « goth » quand même – Lien YouTube
  • CascadeLien YouTube
  • Circle : glauque toujours, miam – Lien YouTube
  • Slowdive : encore un de leurs hits phares, fonctionne très bien en live – Lien YouTube

Les Banshees marchent alors très bien, surtout en Angleterre. Robert Smith rejoindra le groupe en tant qu'intérimaire, le temps qu'ils se trouvent un autre guitariste à plein temps. La valse des guitaristes ne cessera pas. Un live sortira en 1983, Nocturne, avec Robert Smith donc. Même si essentielle dans leur discographie, je ne place pas cette trilogie « gothique » au-dessus de tout. Il y a encore de belles choses à venir...

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Exploration de nouveaux sons (1984-1986)

Avec Hyaena (1984) apparaît Robert Smith à la guitare. Malgré sa présence, on ne ressent pas vraiment la patte « Cure » dans les compos. Avec Hyaena, les Banshees commencent sérieusement à toucher à tout, à flirter avec la pop tout en demeurant sombre sur d'autres morceaux. Un excellent disque, bourré de trouvailles et de bizarreries en tout genre, poursuivant cette démarche entamée depuis A Kiss In The Dreamhouse.

Tinderbox (1986) marque un retour au rock gothique pur, moins de grandiloquence que sur les deux albums précédents, mais cela reste plus ample et complexe qu'un Juju. Trèsbon skeud là aussi, mais plus linéaire.

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Le virage pop des années 80-90 (1987-1996)

Les Banshees ont toujours été pop, surtout sur leurs singles qui cartonnent généralement. Ils peuvent écrire des hits au kilomètre, avec des mélodies faciles à mémoriser, des arrangements à la fois subtiles et soignés, des orchestrations bien amenées sans être kitsch ou pompeuses. Les Banshees ont touché à plein de styles différents, sans avoir le côté grand-guignolesque de Queen.

Through The Looking Glass (1987) : l'album de reprises

C'est avec leur album de reprises Through The Looking Glass (1987) que leur virage pop prend forme. Ils reprennent à leur sauce des titres de groupes qui les ont influencés : Sparks, The Doors, Kraftwerk, Television, Bob Dylan, Roxy Music, Iggy Pop... C'est un bon disque, mais je préfère les Banshees à la plupart des groupes qu'ils reprennent (et y'a que des putains de groupes en plus, ils ont de sacrées références) !

  • This Town Ain't Big Enough For The Both Of Us : reprise des Sparks, meilleure que l'originale – Lien YouTube
  • Hall Of Mirrors : du Kraftwerk à visage humain – Lien YouTube
  • Trust In Me : reprise du morceau chanté par le serpent Kâ dans le film Disney « Le Livre de la jungle » – Lien YouTube
  • This Wheel's On Fire : ou comment rendre du Bob Dylan intéressant – Lien YouTube
  • The Passenger : version meilleure que celle d'Iggy Pop – Lien YouTube

Peepshow (1988) : pop-rock sophistiqué

Peepshow (1988) : sympathique album pop-rock, nettement plus léger et moins torturé que tout ce qu'ils ont fait jusqu'à présent. Quand les Banshees font de la pop, c'est la grande classe, c'est naturel, rien à voir avec le bricolage d'un Marillion (période Hogarth). Quelques « fillers » malgré tout sur ce disque. Les Banshees rappellent au passage qu'ils ont énormément de singles « pop » dans leur répertoire et qu'ils ne tiennent pas à être étiquetés « goth » jusqu'à la fin des temps.

  • Peek-A-Boo : single très dansant et joyeux – Lien YouTube
  • The Killing Jar : un autre hit pop-rock, le genre de single que Marillion, Steven Wilson & co n'arriveront jamais à faire – Lien YouTube
  • Scarecrow : excellent comme d'hab' – Lien YouTube
  • Burn-Up : ou quand les Banshees se la jouent country, énorme, final explosif – Lien YouTube
  • Carousel : farandole désenchantée – Lien YouTube
  • Rhapsody : épique, grandiose – Lien YouTube
  • The Last Beat of My HeartLien YouTube
  • Ornaments Of GoldLien YouTube
  • Turn To StoneLien YouTube

Superstition (1991) : l'album de la maturité

Superstition (1991) : excellent album, plus dense que Peepshow. L'utilisation des synthés est superbe, des nappes amples contribuant aux atmosphères. Budgie n'a jamais aussi bien joué, Jon Klein n'a rien à envier à David Gilmour (si si, le guitariste de Pink Floyd, qui essaye de chanter accessoirement), Siouxsie Sioux n'a jamais aussi bien chanté (et putain, qu'est-ce qu'elle était belle à cette époque), etc. Rien à jeter, l'album de la maturité comme on dit.

  • Fear (of the unknown) (version originale) : rythmée, avec toujours ce côté un peu psychopathe – Lien YouTube
  • Fear (of the unknown) (version remix « dance music ») : largement inférieure à l'originale, reste le clip conçu pour le marché américain avec Siouxsie Sioux en catwoman – Lien YouTube
  • Cry : magnifique, comme d'hab' – Lien YouTube
  • Got To Get Up : plus rock, génial. Budgie est un des meilleurs batteurs pop-rock qui soit et le prouve sur ce titre – Lien YouTube
  • Shadowtime : mélancolique, très beau clip – Lien YouTube
  • DrifterLien YouTube
  • Little Sister : une belle ballade – Lien YouTube
  • Face To Face : la BO de Batman Returns, ne figure pas sur l'album – Lien YouTube
  • Kiss Them For MeLien YouTube

The Rapture (1995) : le dernier album

The Rapture (1995) : là, les claviers sont bien plus en retrait et c'est dommage. Plusieurs titres pop passe-partout, typiques de ce qui se faisait dans les années 90, mais l'intérêt du disque est rehaussé par d'autres titres plus ambitieux, heureusement. Seule la basse de Steven Severin, avec ce son si spécial, rappelle les années « goth » du groupe.

  • O Baby : bof bof bof – Lien YouTube
  • Sick Child : bon, l'animation est nase mais ils ont essayé d'être à la hauteur de la chanson, chose impossible à réaliser – Lien YouTube
  • Not Forgotten : des restes de la période « goth » – Lien YouTube
  • ForeverLien YouTube
  • StargazerLien YouTube

L'héritage de Siouxsie & The Banshees

Les Banshees terminent leur carrière la tête haute et se séparent en 1996. Budgie et Siouxsie Sioux continueront leur duo dans le projet The Creatures qui existe depuis 1981. Le bassiste Steven Severin sortira des albums solos. Martin McCarrick (claviers, violon, accordéon depuis Through The Looking Glass) rejoindra plus tard Therapy?.

Ils se sont reformés en 2002, juste pour une tournée « best of ». Que les Banshees ne soient pas plus connus en France reste un mystère pour moi, surtout quand on voit à côté le succès délirant de The Cure. Ils ne passent jamais à la radio, et pourtant ce ne sont pas les hits qui manquent ! Les compilations en deux volumes, Once Upon A Time et Twice Upon A Time, regroupant tous leurs singles, sont une vraie mine d'or et une excellente façon de découvrir toute la richesse de leur répertoire.

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fishbowlman
David Doigneau @fishbowlman
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