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Musique

Rhapsody et Angra

Le Hollywood metal de Rhapsody fait-il le poids face aux classiques d'Angra ? Entre scénarios épiques et double pédale à toute vitesse, voici notre critique acerbe de ces monuments du metal symphonique.

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Voilà déjà quelques temps que le dernier album de Rhapsody est sorti — le premier d'une nouvelle saga — en version normale, collector, ou même livré en cadeau avec votre dernière Fiat 500 édition spéciale « Mighty Warrior ». Et maintenant, le nouvel Angra arrive dans nos bacs. Pourtant, parviendra-t-il à nous faire oublier leurs premiers opus, sortis il y a 10 et 8 ans ?

En effet, le monde de la musique est bien souvent similaire à celui du textile : chaque année une nouvelle collection, et on se demande ce qu'elle nous apporte réellement de plus. Car voyez-vous, le dernier album de Rhapsody n'est rien de moins que l'ultime évolution du hard rock : le « Hollywood metal ».

Et ce n'est pas rien, jugez plutôt : un scénario mêlant donjons et dragons, une histoire (une vraie !), un chanteur lyrique maîtrisant aussi bien la langue de Shakespeare que celle de Verdi, en narrateur le cher Christopher Lee, 300 choristes, 4000 violons, 3 tonnes de maquillage, 500 épées et armures, le T-Rex de Jurassic Park qui reprend du service, un méchant avec une haleine fétide et... Bref, vous l'avez compris : c'est un mélange de heavy metal, avec une batterie à double pédale quasi permanente, des breaks étranges, un soliste très bon et, pour couronner le tout, une pléthore d'instruments classiques. Tout cela est censé vous transporter au pays des Hobbits aux pieds poilus.

C'est joli tout plein, souvent très proche d'une chanson de Noël d'ailleurs. Ce sera parfait pour accompagner Bilbo le Hobbit.

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Rhapsody : quand le Hollywood metal divise les avis

Commençons par parler de mon cas : oui, je l'avoue, j'ai péché. J'ai été fan de Rhapsody. J'étais petit (il n'y a pas si longtemps... 2 ans au plus), je sortais à peine sevré de Metallica, bercé dans la culture Offspring et Nirvana, et voilà que débarque Rhapsody, un groupe italien recueillant nombre d'excellentes critiques, dont la musique se présentait comme un mélange de classique et de métal, sur un thème héroïco-fantasy.

Deux années ont passé, je ne connais toujours pas leurs titres à rallonge par cœur, mais on peut dire que j'ai pu écouter l'ensemble (oui, y compris les singles et l'album Eternal Glory) de leur discographie.

Très vite néanmoins, ce groupe — malgré des qualités indéniables (un couple claviste-guitariste de grande classe) et une personnalité affirmée — révèle de graves défauts, agaçants, transformant leur belle production épique en soupe satirique.

Attention, cela reste supérieur à 80% des groupes de métal en général, restons humbles. Il n'en reste pas moins que :

  • L'histoire écrite par Turilli (le fameux guitariste et compositeur du groupe) est aussi risible que Tolkien raconté par les Teletubbies.
  • Le chanteur est une plaie qui s'imagine que 300 trémolos à la minute vont lui donner de la classe. Il s'évertue à gueuler sans convaincre d'autre chose que de son manque de feeling. Sans parler de sa « performance » dans les narrations.
  • Les passages narratifs, justement, sont épouvantables (c'est-à-dire ridicules, rassurez-vous : on passe un grand moment digne de video gag), et « collés » au beau milieu des chansons.
  • Le batteur (invoqué à partir du 3ème album) est un boucher qui s'imagine accentuer l'émotion à l'aide d'une double pédale à quintuple vitesse.
  • Le mélange classique/métal n'est pas toujours convaincant, et les breaks souvent risibles.
  • Les chœurs sont pompeux.

En un mot : c'est sans finesse.

Symphony of Enchanted Lands II : verdict sur l'album

Maintenant que j'ai longuement craché sur ce groupe, restent les qualités positives. Au premier rang desquelles je mettrai deux choses :

  • L'indéniable volonté « d'aller de l'avant »
  • Au final, soyons honnêtes : pas mal de leurs titres sont des bombes que tout amateur de hard rock chante à tue-tête avec un entrain non feint.

Sur ce, qu'est-ce que ce nouvel album, fraîchement sorti, vaut de plus que ses prédécesseurs ? Faut-il l'acheter tant que la Fnac le laisse à 17 euros ? Ou bien faut-il se rabattre sur d'autres albums plus anciens ? Y a-t-il des inscriptions elfes gravées sur le CD de la version collector ? Et surtout, que vaut-il réellement, dans l'absolu ?

Je l'ai téléchargé. Je l'ai écouté. J'ai finalement acheté « Painkiller » de Judas Priest (13 euros). Pourquoi ?

Cet album fut pour moi une immense déception : Rhapsody est toujours Rhapsody. Entendons qu'au lieu de sortir quelque chose d'inédit, d'innovateur, Turilli nous prend pour des cons et s'apprête à repartir pour une « saga » de 6 albums dans un style cloné sur les précédents. Et sur le même thème, foutredieu !

Les défauts sont toujours les mêmes : le chant, la batterie, la pseudo-histoire incapable de nous faire croire à la poupée qui pète, les passages narratifs... Ah, c'est vrai, cet album comporte des points remarquables :

  • Christopher Lee rend les passages narratifs supportables à défaut d'être intéressants.
  • La production de l'album est monstrueuse (merci Joey DeMaio et Sascha Paeth), entendez qu'il sonne très « opéra ».
  • Il y a encore plus de chœurs et d'instruments : entendez que c'est aussi spectaculaire qu'une bande originale de film.
  • Turilli nous prouve définitivement qu'il est capable de sortir des solos de grande qualité.
  • Quand il chante en italien, Fabio Leone n'est ma foi pas mauvais : une idée à exploiter.

Par contre, je n'ai noté aucun passage si mémorable. Quelques flûtes sympas, des solos impeccables, mais rien au final qui me permette de dire « cette chanson-là, elle vaut son pesant de cacahuètes bulgares ». C'est lisse, mais ça manque d'envolées, surtout comparé à certains de leurs anciens opus.

En même temps, pas mal de défauts sont corrigés (merci le narrateur), et je ne pense pas trop me méprendre en affirmant que voilà l'album de Rhapsody le plus complet et sans doute le plus abouti. C'est-à-dire le moins ridicule. C'est-à-dire peut-être l'un des 3 meilleurs albums de métal de 2004 (je sais, on est tombé bien bas).

Mais voilà, nous sommes en 2004.

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