
La première est reine des abeilles. La seconde joue à l'impératrice des neiges. La troisième célèbre l'océan, la terre et la voix.
Trois femmes ont bouleversé le paysage pop français et international à leur image. Plus ou moins discrètes dans les médias, celles et ceux qui les ont écoutées une fois ne sont jamais revenus de ce voyage en profondeur dans l'illusion, le rêve et le féérique, dans des contrées jamais visitées jusqu'alors. Jusqu'à l'or. Jusqu'à elles.

Mélissa Mars : portrait de la reine des abeilles
Ses titres les plus connus : « Papa m'aime pas », « And... I hate you ! »
Ses perles : « Et alors ! », « Je me confesse », « Un homme dans ma peau »
Son album culte : « La reine des abeilles » (Février 2005)
Une voix au timbre troublant, celle d'une gamine coquine, d'une rockeuse épurée ; un physique de lolita plus qu'agréable à admirer et une image soignée à la perfection caractérisent à première vue Mélissa Mars.
Connue des ondes FM grâce à sa comptine-règlement de comptes « Papa m'aime pas », certains l'avaient trop vite cataloguée comme la nouvelle Alizée, comme une nouvelle petite libertine commerciale. C'était peut-être vrai : le premier album « Et alors ! » respirait à pleins poumons la délicieuse pop-malabar acidulée. Mais le tout était un album-concept, pas un blockbuster ; et la petite Mélissa, une comédienne de grand talent, pas une barbie brune.

« My name is Mars, this is my story. »
Et l'histoire que Mélissa Mars nous raconte dans son nouvel opus « La reine des abeilles », c'est celle d'une jeune martienne (tiens donc !), serveuse dans un bar de routiers, qui tombe folle amoureuse d'un être aux yeux métalliques. Métamorphosée en femme-vampire après ce coup de foudre, la voici exilée sur Terre se nourrissant du sang et du « sirop d'orgeat » des humains.
Le jeu vilain tourne mal pour Mél, et elle se retrouve à dériver dans une bulle gardée par un chat de gouttière, au milieu de l'univers. Jusqu'à ce qu'un être inconnu la ressuscite et la proclame Reine des abeilles. Voici, en résumé, la trame du conte fantastique égrené par les titres de l'album.
Plus question de jouer la petite fille ici : la coquine prend le dessus à travers des titres très démonstratifs (« Jeux sucrés » et « La reine des abeilles » notamment) qui parlent ouvertement, et même assez crûment, de sexualité. Je dois avouer que la première écoute m'a un peu scotchée de ce côté-là, tant je ne m'attendais pas à de telles audaces. Le livret est très réussi, et à l'image des paroles, Mélissa assume son nouveau rôle de fille sexy (photographies en mini-jupe et sans le haut), mais sans jamais tomber dans le vulgaire : ces images sont avant tout artistiques.
Mélodiquement, le tout sonne assez rock-country, dans une ambiance tour à tour tarantinesque, apocalyptique, flottante et sensuelle. Cet album est, à mon humble avis, une perle trash-naïve, sucrée-(très)salée.
Emilie Simon : l'impératrice de la musique électro et de la glace
Ses titres les plus connus : « Flowers », « Désert », « The storm song »
Ses perles : « The storm song », « The frozen world »
Son album culte : « La marche de l'empereur » (Janvier 2005)
La révélation électro de l'année dernière aux Victoires de la Musique a tout explosé sur son passage avec sa très réussie bande originale du film « La marche de l'empereur ».
Emilie la Montpelliéraine n'en est pourtant pas à son coup d'essai : son premier album éponyme avait déjà reçu un énorme succès critique (distribué en Allemagne, au Japon...) et permis à son interprète de faire la première partie de géants internationaux comme Nelly Furtado.

Rarement une artiste a signé une telle merveille musicale. « La marche de l'empereur » est un coup de maître ! Des mélodies pop entraînées par une voix à la Vanessa Paradis tendance Stina Nordenstam, des orchestrations glacialement envoûtantes : cet album accroche dès la première écoute.
On s'envole dans les reliefs ardus et les blizzards d'Antarctique, on a une boule au cœur à chaque écoute du magnifique « Frozen world », les cœurs se mettent à battre dès les premières notes d'« All is white », sans oublier les basses et les rythmes mystiques d'« Ice girl ». En mélangeant électro, pop et sons polaires, Emilie signe une des œuvres majeures de ce début d'année.
Une fille de la glace. Talentueusement géniale.

Björk : la sirène islandaise et son univers expérimental
Ses titres les plus connus : « It's oh so quiet », « Human behaviour », « Oceania »
Ses perles : « Joga », « Enjoy », « Unison », « Who is it ? »...
Son album culte : Homogenic (1997)
where is the line with you ?
i want to be flexible
i want to go out of my way for you
but enough is enough
where is the line with you ?
I am elastic
I want to go out of my way for you
I want to help you
where is the line with you ?
I want to have capacity for you
and be elastic, elastic, to be elastic for you
where is the line with you ?
I'm elastic for you
but enough is enough
where is the line with you ?
Ces quelques paroles résument bien l'état d'esprit de Medúlla, le dernier album de l'Islandaise. A cappella et parfois, il est vrai, un peu aride, mais des réussites telles que « Where is the line ? », « Desired constellation » ou « Who is it ? » valent à elles seules le détour.
Véritable exercice de style, Medúlla est un album vocal périlleux et innovant, ce qui en fait l'album le moins accessible de ce génie de l'expérimental. Human beatbox, chœur islandais (comme sur l'album Vespertine, sublime) donnent l'illusion rythmique que l'artiste règne sur les hommes et la terre, tandis que les harmonies vocales de « Pleasure is all mine » la laisseraient plutôt envisager une carrière de sirène au fond des océans.
J'ai personnellement (ce n'est que mon avis) trouvé cet album moins fort que les deux précédents, Vespertine et Homogenic, qui étaient des réussites totales. À savoir maintenant si l'originalité doit primer sur l'efficacité... Tous les goûts sont dans la nature !
Bonne écoute !