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Musique

Rap : quand la liberté d'expression dérape

Entre liberté d'expression et dérives contestées, le rap divise. Certains élus réclament son interdiction. Analyse d'une musique entre revendication et provocation.

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Dans un contexte de violences en banlieues, des élus de la majorité (152 députés et 49 sénateurs) demandent l'interdiction de certains textes de rap. Expression d'un malaise dans les cités, cette musique monte parfois aux extrêmes et vire au paroxysme. Mais elle joue, avec une virtuosité redoutable, sur une tactique subversive à laquelle notre démocratie n'a pas encore su s'adapter : l'intimidation.

Conscient de m'aventurer sur un terrain glissant, je ne peux que déplorer cette expression « musicale » qui mêle une idéologie à la fois nihiliste et ultra-libérale. Il ne fait aucun doute que les textes de certaines de ces chansons sont outranciers, sexistes, racistes, antisémites et homophobes, et appellent parfois à la violence de façon extrêmement prosaïque contre la police. Ces clichés sur les « keufs », la drogue et les armes ne font qu'accroître le désarroi chez beaucoup de jeunes.

Pourtant, dès l'origine, le rap se présente comme une parole libre, témoignant des revendications de populations mises à l'écart. Partagé entre deux grandes tendances (le gangsta rap, violent et désespéré, et le rap engagé, qui prône l'élévation par l'éducation), le rap reflète-t-il toujours aujourd'hui l'humeur de tous les jeunes des cités ? Comment parvient-il désormais à toucher les jeunes des campagnes, servant très souvent d'exutoire à ces derniers ?

Marketing et stratégie commerciale des rappeurs

Il s'avère que ces chanteurs ont un grand sens du marketing et de la promotion. Ils connaissent parfaitement les instincts de leur cible commerciale et, comme d'autres, ils lui font entendre ce que les auditeurs et consommateurs de disques veulent entendre et sont prêts à acheter.

Bien entendu, si l'on condamnait ces rappeurs, il faudrait logiquement inclure ceux qui ont diffusé ces « artistes », c'est-à-dire s'attaquer au lobby du disque. Cela serait-il bien raisonnable ?

Répression ou régulation : quelle réponse apporter ?

En résumé, je crois que la répression ne doit être ni généralisée, ni refusée en bloc. Des gardes-fous sont nécessaires, malheureusement. Évidemment, une chanson ne peut être à elle seule le détonateur d'une émeute, mais en revanche, elle pourra contribuer à banaliser certaines idées auprès d'une population fragile.

Autrement dit, les appels à la haine, à la révolte iconoclaste et au meurtre sont un poison instillé dans les consciences, à doses homéopathiques certes, mais qui parviennent souvent à imposer des stéréotypes à des esprits mal éclairés et même à modifier les comportements de gens, au demeurant paisibles.

Se replier sur soi-même, voir le mépris partout, juger tout par la haine et l'arrogance, exacerber les antagonismes : voilà les venins qui tuent à petit feu ceux dont ils ont investi les veines...

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seraf
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