
Piers Faccini dit de lui-même qu'il était "un peintre qui chantait", et qu'il est maintenant un "chanteur qui peint".
J'écoutais le CD contenant les 12 albums à critiquer, les chansons en mode aléatoire. La première de Piers Faccini que j'ai entendue, c'était "Catch a Flame". Et bon, si je n'avais pas peur de paraître usée, je dirais que ce fut le coup de foudre — mais un coup de foudre un peu étrange, peut-être même un peu malsain. Comme à peu près tout dans cet album, "Catch a Flame" paraît simple au premier abord : guitare-voix. Si on écoute les paroles, "dream a dream, fight no fight", ce n'est pas très poussé non plus. Et pourtant, pour peu qu'on se laisse un brin aller, même sans fermer les yeux, la mélodie nous rattrape, nous retient, plus dense qu'il n'y paraît. Quand c'est fini, on est surpris, on ne sait pas trop ce qui s'est passé, on a envie de recommencer : instant fatal ! J'ai réécouté. J'ai écouté les autres. J'écoute encore. "Leave No Trace" ? Mon œil ! J'ai encore un peu mal au ventre...
Peut-être fait-il la distinction entre ses deux arts, pourtant ses chansons avancent par petites touches. Elles ne sont pas hésitantes, mais appliquées ; sa voix porte leur couleur, comme un pinceau sur la toile. Il est probable que s'il avait été autre chose plutôt que peintre, j'aurais trouvé de même matière à comparaison. C'est trop tentant. Pourtant, cela ne m'a pas étonnée lorsque j'ai appris cette autre activité : c'était un peu comme si je m'y attendais. Peut-être est-ce juste à cause de ces photos qui ornent sa pochette et qui jouent sur la perspective et la lumière, ou peut-être est-ce parce que ses chansons avancent vraiment à la manière du pinceau sur une toile...
Enfin, tout cela pour dire que cet album porte mal son nom : il chamboule et ne laisse pas indemne. Il est beau, et un peu dangereux. On s'y perd, un peu comme un regard sur une étendue trop vaste, ou au contraire sur un point trop minuscule ; ça donne le flou, comme sur la jaquette. Voyez, mais ne regardez pas ; entendez, mais n'écoutez pas : voici Piers Faccini.