
Damnation, septième album d'Opeth, est constitué entièrement de chant clair, d'ambiances légères et d'une absence de distorsion sur les guitares. On retrouve Steven Wilson qui co-produit, joue et écrit les paroles d'un titre sur Damnation. Inutile de préciser que la production est excellente — meilleure que celle de Deliverance mais pas encore tout à fait aussi hallucinante que celle de Blackwater Park. Dans les trois cas, c'est du très haut niveau.
Tous les instruments sont très aérés : la basse est clairement présente et les subtilités du jeu de batterie de Martin Lopez sont exprimées avec une remarquable qualité. La guitare propose encore des riffs d'une efficacité redoutable. On trouve les meilleurs moments guitaristiques au sein de Windowpane et de Closure. Mais aussi bons soient ces riffs, on reste quelque peu sur sa faim.
Une ambiance progressive années 70
En effet, si Damnation restitue excellemment l'ambiance d'albums progressifs des années 70 (Camel surtout), il s'éloigne quelque peu de ce qu'Opeth faisait de mieux : trouver des mélodies hyper originales. Le jeu de guitare est ici plus conventionnel et ne s'aventure jamais aussi loin que dans les parties calmes des six précédents albums. Le travail est surtout effectué sur les vocaux qui sonnent différents là aussi (In My Time Of Need). L'influence de Porcupine Tree sur la façon de chanter n'a jamais été aussi évidente.
Mais n'allez pas croire que toutes ces réserves m'empêchent d'apprécier Damnation. Ce disque comporte vraiment des perles qui se hissent au niveau des meilleures ballades qu'Opeth a sorti par le passé (Benighted, Harvest).
Quels sont les meilleurs titres de l'album ?
Ainsi, Windowpane, Closure, In My Time of Need, Hope Leaves et To Rid The Disease sont tout bonnement bluffantes. In My Time Of Need possède une structure progressive à la Porcupine Tree qui met en valeur le jeu de Lopez de façon inouïe. Ce batteur m'étonne de plus en plus. Il est à l'aise dans tous les domaines. Windowpane s'appuie sur le mellotron à fond, ce qui est nouveau pour Opeth ; le résultat est à la hauteur de l'expérimentation puisque ce titre est incontournable. Le jeu de guitare, tout en feeling et retenue, est d'une finesse sublime.
To Rid The Disease est très fin aussi. Le riff est léger comme l'air et le chant fait mouche. Le break au piano est le bienvenu et prouve que cet instrument a véritablement sa place dans la musique d'Opeth. Ses rares apparitions ne font que décupler son impact, un peu à l'instar des soli de guitare éparpillés sur toute la galette.
Closure et Hope Leaves : le sommet de l'album
L'enchaînement Closure / Hope Leaves est le summum de cet album. Closure commence comme du Porcupine Tree de la période Stupid Dream / Lightbulb Sun, mais rapidement Opeth balance un de ses riffs « trademarkés » comme je les adore. Ensuite, toujours en utilisant ce riff, Opeth installe une véritable ambiance où les notes de guitares acoustiques sont distillées comme une fine bruine. Je dis bien bruine, car Damnation, bien qu'il soit un album original, ne déroge pas à la règle établie et propose une musique plutôt sombre et dépressive.
Preuve en est avec Hope Leaves. Incroyable riff arpégé où l'on se sent planer. La basse de Martin Mendez est discrète mais précise, comme sur le reste de l'album. On sent, sur ce type de titre, le groupe évoluer en totale osmose.
Quels sont les points faibles de Damnation ?
Death Whispered A Lullaby n'est pas franchement superbe en revanche. Le riff est intéressant (un des meilleurs et qui rappelle énormément les riffs de Blackwater Park), mais le refrain est énervant et le jeu est plus brouillon. Aisément un des moins bons titres de la carrière d'Opeth.
Mais là où l'on reste scotché d'étonnement, c'est en entendant Weakness, chanson qui aurait mieux fait de figurer sur un album de no-man. Le chant de Tim Bowness aurait pu s'adapter à ce registre, car là, franchement, le style de Mikael Åkerfeldt ne va pas du tout. C'est dommage, car les sons expérimentaux sont intéressants, mais le chant saccage littéralement ce titre et le rend presque insupportable à écouter.
Bilan de l'album Damnation
On appréciera donc Damnation grâce à ses nombreux éléments atypiques : le piano de To Rid The Disease, le mellotron de Windowpane, le solo de guitare de Ending Credits (Santana n'est pas loin) ou encore la percussion de Closure. Malheureusement, deux titres ne sont pas à la hauteur de ce qu'on était en droit d'attendre. Depuis le début de sa carrière, Opeth n'a fait que monter le niveau avec chacune de ses réalisations, donc ce premier pas en arrière est dur à encaisser.
J'aurais vraiment préféré que ce disque sorte sous un autre nom que celui d'Opeth ; heureusement que Damnation est aussi bien composé (la musique est bien plus riche qu'elle n'y paraît à prime abord) et interprété que Still Life, Blackwater Park ou Deliverance, car on réalise maintenant pleinement l'importance capitale de l'alternance death/atmosphérique sur l'impact que peut avoir le groupe.
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