
Dans la carrière déjà féconde de No-Man, Dry Cleaning Ray et ses 35 minutes de musique font plus figure d'EP que d'album. D'autant plus que deux des neuf titres présents sur la galette sont des remix (certes très bons) de chansons de Wild Opera, album sorti en 1996. Notons aussi la présence d'une reprise de Serge Gainsbourg : « Evelyn (The Song Of Slurs) ». Un menu modeste donc, mais assez varié pour vous satisfaire !
Trip hop et rock progressif : le style signature de No-Man
Comme sur les opus précédents, Dry Cleaning Ray est très axé trip hop. La musique se veut ambiante mais composée, avec des riffs qui auraient tout à fait leur place chez Porcupine Tree (« Sweetside Silver Night »). Le son si particulier de ce groupe se retrouve dans la partie guitare acoustique de « Jack The Sax ». La voix de Tim Bowness, au contraire de celle de Steven Wilson, est inquiétante et toujours murmurée. Le contraste avec l'aspect électro de la musique est la recette de la réussite de ce combo.
Des titres inégaux sur l'ensemble de l'EP
Néanmoins, si des titres comme « Dry Cleaning Ray » ou « Sweetside Silver Night » sont réussis car le mélange est bien opéré, les chansons qui choisissent un camp au détriment de l'autre sont tout bonnement banales. « Jack The Sax » n'est pas assez catchy pour être de la bonne pop. Le jeu de guitare est trop basique ; seules les paroles chères au chanteur semblent avoir motivé l'enregistrement de ce titre. « Diet Mothers » est vraiment dans l'esprit Massive Attack et s'en sort plutôt bien, même si elle n'est peut-être pas assez accessible pour les allergiques du genre. Tant pis pour eux ! Là, le chant se fait complètement aérien et les effets sur celui-ci se multiplient, brisant avec réussite le caractère répétitif du ton monocorde de Tim Bowness.
Quand l'expérimentation déraille
Quand l'expérimentation est poussée trop loin (à mon goût), on obtient des bizarreries comme « Urban Disco », qui porte bien son nom. La musique semble importée d'un titre de rap et même Tim Bowness passe à côté dans ses parties de chant. Seul le refrain est sympathique mais là aussi, vraiment, il est trop dansant ! « Punished For Being Born (Muslimgauze mix) » pousse l'idée encore plus loin et je trouve cela catastrophique. Les sons abrutissants se répètent à un volume élevé à tel point que les 2 min 18 du titre sont amplement suffisantes pour vouloir balancer le CD par la fenêtre.
Sicknote : le morceau phare de l'EP
On passera sur « Kightlinger » (une quasi impro à la Pink Floyd bien sympathique : composée, jouée et mixée en 42 minutes !) et sur la reprise « Evelyn (The Song of Slurs) » (joliment appropriée avec un rythme à la « Army Of Me » de Björk, le refrain est grandiose, Tim Bowness est sous hélium !) pour développer « Sicknote », seul morceau de bravoure de Dry Cleaning Ray. Avec ses 9 minutes, « Sicknote » fait figure d'acte progressif ! Le riff de départ joué à la guitare rappelle fortement les parties atmosphériques de Porcupine Tree, sauf qu'ici le tout est plus espacé et calme. Les couplets s'inscrivent dans la plus pure tradition No-Man : des montées dans les aiguës des lignes vocales pour mieux redescendre ensuite. L'ambiance est glauque, épurée, pour ensuite s'envoler vers des horizons un peu plus psychés par le biais d'une guitare saturée. Le son « Pink Floyd » fait son retour avec toujours le même riff en toile de fond.
Un EP transitionnel avant les grandes œuvres
Tout cela n'est toujours pas très positif, mais il faut savoir que Bowness n'était pas dans un contexte très favorable à l'époque : cela s'entend pleinement sur « Sicknote » (dont le titre est encore une fois bien trouvé !), symbiose parfaite des influences du groupe. Dommage que le reste de la galette ne soit pas aussi bon que ses deux meilleurs titres. No-Man se cherchait encore ; avec Dry Cleaning Ray, il s'ouvre la voie royale vers des disques bien plus aboutis, intelligents et moins bêtement électroniques.
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