
Avec Nevermind, Nirvana est passé du statut de groupe indé dans le vent à celui de rock stars internationales, à leur plus grand dam. Depuis ce succès planétaire, le groupe tente de retrouver ses racines, dont le nouveau public a un aperçu avec la compilation de B-sides : Incesticide.
C'est donc en septembre 1993 que sort In Utero. Initialement, l'album aurait dû s'appeler « I Hate Myself and I Want to Die », titre finalement abandonné, jugé trop choquant. Pendant les mois où Kurt Cobain a certifié que le futur album porterait ce nom, les manageurs s'arrachaient les cheveux et doutaient de la qualité de l'opus. Finalement, le groupe trouve le nom de « In Utero ». Doublement plus efficace que l'autre titre envisagé : d'une part, il rappelle la vie utérine, les racines ; d'autre part, l'un des thèmes prédominants dans l'écriture de Cobain est la naissance.
Un retour aux sources avec Steve Albini
Pari réussi. Avec cet album, le groupe retrouve les racines de Bleach, leur premier album. Steve Albini (maître de l'underground) aux manettes, un enregistrement en à peine deux semaines, mixage compris. Cet album risque de surprendre les fans qui ont découvert le groupe avec Nevermind.
Les racines retrouvées, mais la maturité en plus. Tant de choses se sont passées depuis la sortie de Bleach en 1989. Nevermind vous foutait une claque en vous crachant à la gueule le malaise des jeunes. Après avoir écouté cet album, vous pensiez que la marque de cette claque resterait imprimée pour un moment. Mais In Utero fait bien pire (ou mieux) : en plus de vous coller une claque magistrale, cet album vous secoue et vous tord les tripes. Et ça fait mal. Nevermind vous a laissé K.O., In Utero vous achève littéralement.
L'album le plus sombre de Nirvana
L'album commence sur « Serve the Servants », une chanson avec un riff assez atypique. « L'angoisse des adolescents a bien rapporté, maintenant, je suis fatigué et vieux ». Dès cette phrase, le ton est lancé : il ne s'agit pas de faire un second Nevermind.
In Utero est un album rempli de bébés, de maladies, de fleurs, de parfum, de drogue et de sécrétions corporelles. Les bébés sont des bébés déformés (ou l'angoisse d'un père). C'est un album empreint de noirceur, de méchanceté, de pessimisme. L'album grunge par excellence.
Entre violence brute et accalmies déchirantes
Les chansons les plus énervées comme « Scentless Apprentice », « Milk It », « Tourette's » vous arrachent d'un coup sec la peau du ventre, quant aux chansons les plus calmes : « Dumb », « All Apologies » (morceaux où s'invite le violoncelle), « Pennyroyal Tea » ; elles se contenteront juste de verser de l'acide sulfurique sur les tripes à l'air. Quant aux autres chansons… en fait, toutes les chansons sont un mélange de chansons énervées et de chansons calmes. Donc imaginez que vos tripes sont mises à vif avant d'être trempées dans du vitriol, ou l'inverse.
Un album qui marque les esprits
Après l'écoute de cet album, vous en aurez supporté des choses. 13 coups de poing en pleine figure. 13 fois où votre ventre aura été fortement secoué, 13 fois où vous avez senti une acidité anormale dans l'estomac et 13 fois… Pourtant, dès que le morceau caché « Gallons of Rubbing Alcohol Flow Through the Strip » sera terminé, c'est plutôt la satisfaction qui se lira sur votre visage. Car là, vous aurez trouvé le nirvâna.
Nevermind aura propulsé le groupe au rang de super-stars, In Utero a fait d'eux un groupe mythique, un groupe avec sa place au panthéon du rock.
Après cet album, vous risquerez de chanter (difficilement : les cordes vocales n'auront pas été épargnées) pendant un bon moment « All in all is all we are » ou « Alone is all we are », tel que chanté sur l'Unplugged. Parce qu'au bout du compte, c'est bien vrai.