Illustration graphique intitulée "A HISTORY OF Elevator MUSIC" présentant un skyline stylisé avec des clés de piano et un ascenseur contenant deux silhouettes, accompagnée du logo Arte.
Musique

Muzak et playlists d’ambiance : quelles ressemblances et quelles limites ?

En 2017, Les Jours rapportait que 41 des 100 plus grandes playlists de Spotify portaient un nom d'ambiance. Ce chiffre ancien ne renseigne ni sur leur écoute ni sur leurs effets.

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Dans les ascenseurs des gratte-ciel américains, des entreprises introduisent une musique de fond pour tenter d'atténuer l'anxiété des usagers, selon une histoire de la musique d'ambiance publiée par Myma Music. Certaines playlists de streaming portent aujourd'hui des noms d'ambiance. Cette manière de les présenter permet une comparaison avec la Muzak, sans établir une filiation historique. Le rapprochement avec la "musique de l'inattention" mérite toutefois d'être nuancé.

L'ascension de la Muzak : une musique au service du comportement

Dans les années 1920, George Owen Squier, officier de l'armée américaine, met au point un système de diffusion de musique par les lignes électriques. Commercialisé sous le nom de Wired Radio, il permet de transmettre de la musique dans les immeubles par le réseau électrique. En 1934, le service prend le nom de Muzak, contraction de "music" et de "Kodak". Le système sert d'abord à transmettre de la musique ; l'entreprise évolue ensuite vers la diffusion d'une musique d'ambiance pensée pour apaiser et, dans certains contextes, agir sur les comportements.

Illustration graphique intitulée "A HISTORY OF Elevator MUSIC" présentant un skyline stylisé avec des clés de piano et un ascenseur contenant deux silhouettes, accompagnée du logo Arte.
Illustration graphique intitulée "A HISTORY OF Elevator MUSIC" présentant un skyline stylisé avec des clés de piano et un ascenseur contenant deux silhouettes, accompagnée du logo Arte. - (source)

Selon Myma Music, l'entreprise enregistre près de 7 000 titres, diffusés dans les halls, les galeries commerciales, les salles d'attente et sur les lignes téléphoniques.

Selon Myma Music, Muzak diffuse sa musique dans les usines d'armement pendant la Seconde Guerre mondiale. La même source présente la méthode dite de "stimulation progressive", sans permettre d'établir ici où ni quand elle a été mise au point. La méthode consiste en des cycles musicaux de quinze minutes, dont l'intensité, le tempo et l'orchestration augmentent progressivement avant de céder la place au silence. Elle vise à soutenir l'ardeur au travail des ouvriers et à pallier la monotonie des chaînes de production : une forme de management par le son.

Le streaming : une Muzak démocratisée ?

En 2017, Les Jours rapportait que Spotify avait indiqué, deux ans plus tôt, que 41 des 100 plus grandes playlists de sa plateforme portaient le nom d'une ambiance plutôt que d'un genre musical. Les Jours cite ces noms, dans l'ordre où ils dominaient les écoutes : "chill", "fête", "entraînement", "gym" et "voyage". Le rapprochement avec la Muzak reste ici limité au nommage et à l'organisation des playlists par ambiance. Ce chiffre ne permet pas de savoir comment les auditeurs écoutent ces playlists ni quels effets elles produisent.

Graphisme promotionnel montrant trois écrans d'iPhone affichant l'interface Spotify, mettant en évidence la section "Your Library" et un menu de filtres par activités, humeurs et genres.
Graphisme promotionnel montrant trois écrans d'iPhone affichant l'interface Spotify, mettant en évidence la section "Your Library" et un menu de filtres par activités, humeurs et genres. - (source)

L'IA et la musique de l'inattention : une filiation à interroger

La chercheuse Domitille Mahieux invite à se demander si la musique générée par l'intelligence artificielle s'inscrit dans le débat sur la musique fonctionnelle. Elle interroge les enjeux de la "musique de l'inattention" qui accompagne le développement de la musique générée par IA et relève une logique qui lui semble se répéter dans l'industrialisation de la création musicale fonctionnelle. Mais la filiation avec la Muzak du XXe siècle n'est ni établie ni nécessairement complète. Elle pose notamment cette question : "Si l'application des musiques générées par IA est au coeur de cette dynamique, se réduit-elle uniquement à cela ? Quelle place reste-t-il à la création réellement "originale" ?"

Cette interrogation pointe un risque : si la musique devient avant tout un produit fonctionnel, plutôt qu'une oeuvre écoutée pour elle-même, le lien entre création humaine et écoute pourrait s'affaiblir.

Choisir une playlist

Sur les plateformes, les utilisateurs peuvent sélectionner des playlists. Cette possibilité de choix ne suffit pas à décrire l'ensemble des usages ni à mesurer l'influence des recommandations. Le terme "mood" désigne ici une ambiance musicale. Le choix d'une playlist peut coexister avec les recommandations des plateformes.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que la Muzak et d'où vient ce nom ?

Dans les années 1920, l’officier américain George Owen Squier développe un système pour diffuser de la musique via les lignes électriques, commercialisé sous le nom de Wired Radio. En 1934, le service prend le nom de Muzak, contraction de "music" et de "Kodak".

Comment la Muzak a-t-elle été utilisée comme outil de gestion comportementale ?

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la stimulation progressive était utilisée dans les usines d'armement. Le moment de sa mise au point n'est pas établi ici. La méthode repose sur des cycles musicaux de quinze minutes, dont l'intensité, le tempo et l'orchestration augmentent progressivement, avant une période de silence. Elle visait à soutenir l'ardeur au travail.

En quoi les playlists "mood" du streaming ressemblent à la Muzak ?

Le chiffre de 41 playlists sur 100 concerne une période autour de 2015. Il a été rapporté par Les Jours en 2017 et n'est pas actualisé dans cette source. Les noms cités comprennent chill, fête, entraînement, gym et voyage. La comparaison porte ici sur le nommage et l'organisation par ambiance. Ce chiffre ne renseigne ni sur l'usage ni sur les effets de ces playlists.

La musique générée par IA prolonge-t-elle l'héritage de la Muzak ?

Domitille Mahieux interroge les enjeux de la musique de l'inattention qui accompagne le développement de la musique générée par IA. Elle relève une logique qui lui semble se répéter avec l'industrialisation de la création musicale fonctionnelle. Elle pose la question d'une filiation avec la Muzak, sans la démontrer ni réduire toute création par IA à cet usage.

Quelle est la principale différence entre la Muzak d'antan et les playlists d'aujourd'hui ?

La possibilité de sélectionner une playlist sur une plateforme est une différence de fonctionnement à examiner. Elle ne suffit pas à décrire tous les usages de la Muzak ni à mesurer l'influence des recommandations sur les choix.

Sources

  1. How Music Got Free : La révolution de la musique gratuite - AlloCiné · allocine.fr
  2. Mood machine : the rise of Spotify and the costs of the perfect playlist · bibliotheques.paris.fr
  3. Mood machine : the rise of Spotify and the costs of the perfect playlist · bibliotheques.paris.fr
  4. Mood Machine: The Rise of Spotify and the Costs of the Perfect Playlist · books.google.com
  5. Ctrl+Reach Blog - Rapport - Comment les algorithmes Spotify révolutionnent-ils la consommation de la musique ? · ctrlreach.co
myth-buster
Enzo Flambot @myth-buster

Je suis fasciné par le paranormal, mais je refuse d'y croire sans preuves. Étudiant en sciences cognitives à Bordeaux, j'adore les légendes urbaines, les cryptides et les phénomènes inexpliqués – et j'adore encore plus les décortiquer. Mon approche : d'abord la fascination, ensuite l'analyse. Je vulgarise les biais cognitifs qui nous font voir des fantômes et entendre des voix dans le bruit blanc. Spoiler : le cerveau humain est plus flippant que n'importe quelle histoire de fantômes.

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