
Après nous avoir proposé des disques qui sentaient bon la facilité (Load, Reload, S&M et Garage Inc.), Metallica revient à ce qu'il sait faire de mieux : des tueries ultra heavy. Tous les géants de la musique se sont laissés aller à des considérations FM pour, souvent, revenir vers leur style de prédilection. Metallica fait mieux que cela : plutôt que de jouer une musique identique aux morceaux de Ride The Lightning ou de Master Of Puppets (qui ont vieilli, c'est une évidence), le groupe s'imprègne de l'essence de ces albums incontournables pour créer des chansons ultra modernes qui prouvent que le quatuor est loin d'avoir dit son dernier mot.
Frantic : une ouverture fracassante
Frantic ouvre les débats de façon imposante ! Ce morceau est ultra heavy. Dès les premières secondes, ce qui frappe l'auditeur est un son de caisse claire assez bizarre, semblable à celui d'un tambour vide. Cela surprend, mais une écoute approfondie de l'album prouvera que ce son est un facteur important de la réussite de St. Anger. Le morceau Frantic nous assène de multiples coups d'une grande violence, que ce soit dans son riff énorme ou dans son refrain qui fait l'effet d'une bombe à retardement — les « tick tock » étant même présents ! Pour autant, ce titre nous fait entendre un pont d'une douceur mélodique exemplaire. Ce contraste est à l'image de l'album entier : l'auditeur est constamment ballotté entre heavy thrashé et rock posé.
St. Anger : modernité et absence de solos de guitare
Cela est encore plus clair sur le titre éponyme St. Anger, qui nous propose des transitions jouissives entre ces différentes parties. Ce titre nous réserve son lot de surprises : Lars en blast beat et Kirk/Robert assurant des chœurs en rappant ! Toutefois, toujours pas de solo de guitare sur St. Anger, tout comme sur Frantic. Autant le dire tout de suite : vous aurez beau attendre les 75 minutes de cet opus, vous n'en entendrez aucun. Ce qui est encore plus incroyable, c'est que leur absence n'est pas insupportable du tout. La qualité de composition et d'exécution des titres étant d'un niveau tellement impressionnant que leur ajouter des solos n'aurait fait que diminuer leur impact. Surtout, cela aurait « daté » les morceaux dans le passé ; ces derniers sont résolument modernes dans leurs sonorités et les solos de guitare ne correspondent pas à cette image.
Des breaks instrumentaux hypnotiques
Il ne faut pas croire qu'il n'y a pas de passages instrumentaux sur St. Anger. La plupart sont en fait des breaks. Le must demeure pour ma part celui de All Within My Hands, d'une douceur hypnotique assez frappante. À l'écoute de St. Anger, on pense fréquemment à And Justice For All pour la construction alambiquée des morceaux où les cassures de rythmes et mouvements sont nombreux. Le jeu des guitares est semblable également, bien que sur St. Anger la diversité soit plus de mise : les tempi ne sont pas toujours ultra rapides. Some Kind Of Monster est un bon exemple. Ce titre se rapproche assez fortement de chansons de Load/Reload, en moins commercial. The Unnamed Feeling est assez progressif, on pense alors à Outlaw Torn, sûrement un des meilleurs titres de la période commerciale du groupe. Shoot Me Again me fait penser, quant à lui, à une version plus metal de Nick Cave, surtout dans la façon dont James s'énerve lors du refrain.
Les quelques ratés de l'album
Car de commercial il n'en est presque jamais question sur cette galette. La seule exception venant d'Invisible Kid. Le riff d'ouverture et le chant sont excellents sur ce titre, mais le refrain est complètement raté, comme celui de My World d'ailleurs. Ce sont les seuls ratés de tout l'album, on pardonnera donc facilement au groupe. My World est la seule chanson à jeter : pourtant elle commence bien, presque comme For Whom The Bell Tolls, la suite étant complètement dans la lignée And Justice For All. Mais dès que James se met à chanter « it's my world » inlassablement, l'ennui s'installe rapidement chez l'auditeur. C'est étrange que ce soit James qui fasse couler ce morceau car sur l'ensemble de l'album il est la grande star en misant sur de « vraies » mélodies vocales. Il aura fallu attendre 20 ans pour qu'il mette entièrement en valeur sa magnifique voix.
Dirty Window et Purify : les morceaux incontournables
Le point fort majeur de St. Anger, ce sont ses morceaux « in your face », sans concession. On a déjà évoqué Frantic, restent les incroyables Dirty Window et Purify. Dirty Window nous montre un James en pleine forme, très expressif dans sa manière de chanter, que ce soit dans sa voix grave et menaçante ou dans sa voix plus sauvage à la Kill Em All. Ajoutons que sur Dirty Window, le travail rythmique qui soutient la rage incontrôlée de James est proprement hallucinant et nous voilà avec un nouveau classique du groupe. De son côté, Purify est tout aussi violent. La puissance sonore qui se dégage de tous ces titres est dingue ! La production de Bob Rock est toujours aussi excellente. Le refrain de Purify joue la carte de la mélodie avec dédoublement des voix. Le reste du titre est peut-être plus standard, néanmoins la recette fonctionne toujours aussi bien.
All Within My Hands et Sweet Amber : les pépites cachées
Enfin, mention très spéciale à All Within My Hands qui, avec sa douceur presque innocente, est un des meilleurs moments de St. Anger. Pourtant, le début du titre laisse présager un nouveau morceau heavy à sonorité stoner/indus. Mais comme St. Anger n'a pas arrêté de nous prendre à contrepied depuis le début, le morceau se calme progressivement pour laisser place à la voix de crooner de James qui se montre bien plus agressif sur le refrain et sur la suite de la chanson. Sweet Amber est assez semblable dans le sens où le titre n'est pas systématiquement survolté. Ce morceau est très stoner aussi bien dans sa construction que dans son exécution, même si quelques passages très speed trahissent son origine. Ses nombreuses relances maintiennent l'intérêt intact chez l'auditeur. C'est ce qui fait que ce titre, comme tout l'album, fonctionne aussi bien.
Le DVD bonus : une valeur ajoutée exceptionnelle
Comme si l'excellent album ne suffisait pas, Metallica ajoute même un DVD dans TOUTES les éditions de St. Anger. Celui-ci dure 80 minutes et le groupe joue l'ensemble des chansons de l'album au HQ (sa salle de répétition). On y découvre Robert Trujillo ainsi que de petites variations par rapport à l'album studio, variations souvent apportées par le bassiste d'ailleurs. James prend plus de liberté par rapport à ses lignes de chant très complexes et l'ensemble de ce live sonne encore plus brut (comme si c'était possible). Le son de batterie que beaucoup de fans n'ont pas apprécié est ici beaucoup plus traditionnel. Toujours est-il que St. Anger fera date, reste à savoir si tout le monde le comprendra immédiatement car ce n'est pas là sa qualité essentielle...
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