
Fondé en 1983 à Oslo, en Norvège, Mayhem est un groupe qui a défini l'image d'un style de métal : le black metal.
Les deux premières parutions de ce groupe sont "Voice of a Tortured Skull" et "Pure Fucking Armageddon", ce qui laisse déjà présager le sujet de leurs paroles...
Le groupe était à l'origine composé de Messiah au chant, Destructor à la guitare (qui se renommera plus tard Euronymous), de Necrobutcher à la basse et de Manheim à la batterie.
Les deux premiers EP ont un son vraiment abominable, et il ne se dégage rien d'humain de ces disques qui ressemblent plus à du bruit qu'autre chose...
Mais tout change en 1987 ! Messiah est remplacé par Maniac, et le groupe sort son premier vrai disque : "Deathcrush".
Le son est toujours lo-fi mais largement écoutable cette fois-ci. Maniac a un chant de véritable psychotique, les riffs de Destructor sont d'une efficacité redoutable (ah, le riff du titre éponyme !), la batterie, assez mise en avant, martèle le tout dans un fracas digne du chaos. La basse quant à elle se fait assez discrète, sauf quand la guitare daigne se taire, comme au début du titre "Chainsaw Gutsfuck". Le son est terriblement froid, la production fait froid elle-même !
Ce disque est un véritable succès pour le quatuor, qui malheureusement n'emportera pas son œuvre au paradis !
Les débuts chaotiques et la naissance du mythe
Les choses changent en 1988 : Manheim et Maniac quittent le groupe, l'un car il s'est trouvé un job, l'autre car il a été interné en hôpital psychiatrique à la suite d'une tentative de suicide. Ils sont respectivement remplacés par Hellhammer et Dead.
Aussi, Destructor changera son surnom pour celui d'Euronymous, qui signifierait « Prince des Morts ».
Dead... voici un pseudonyme qui en dit long sur son porteur (ou pas ?).
En cette période, plusieurs événements viendront créer le mythe qui vit toujours autour de ce groupe.
Dead en effet était littéralement fasciné par la mort et l'occulte. Ses textes sont malsains au possible et les concerts de Mayhem se transformeront en véritable orgie de violence, le frontman s'ouvrant les veines avec des tessons de bouteille et se faisant saigner jusqu'à la limite de l'évanouissement. Aussi, les titres de leur futur album De Mysteriis Dom Sathanas seront écrits par cet homme.
Euronymous en profite pour fonder son label de musique underground, Deathlike Silence Productions, qui ne devait rassembler que les groupes de musique sombre et sataniste, aux côtés de groupes tels que Burzum, Emperor...
Mais le destin les frappe. En avril 1991, Dead est retrouvé mort dans un chalet, les poignets lacérés et la tête éclatée par un coup de fusil (bon appétit). Euronymous, qui retrouva le corps en premier, prit quelques clichés (dont un servira pour la pochette d'un bootleg...) avant d'appeler la police. Je passerai les détails qui tiennent, à mon avis, plus de la légende qu'autre chose sur ce suicide... Le seul enregistrement avec Dead est un live d'une qualité assez moyenne nommé sobrement "Live in Leipzig".
L'ère de l'Inner Circle et les drames
En 1992, après avoir fondé son label, Euronymous ouvre son magasin de musique black metal à Oslo : Helvete.
Ce magasin sera le « repaire » et le point de départ des incendies d'églises en Norvège, organisés par des membres de groupes de black metal. L'« Inner Circle » était le nom de ce groupe.
Il y eut aussi une guerre avec les groupes finlandais et suédois ainsi qu'une guerre contre les groupes de « poseurs » en général de death metal tels que Deicide, qui ne croyaient pas en leur musique ni en Satan, selon les dires de l'Inner Circle.
Necrobutcher se voit forcé de quitter le groupe, la pression de la police se faisant de plus en plus forte sur le milieu du black metal suite aux multiples incendies qui les ont conduits jusqu'à eux.
Ainsi, Euronymous ramena Varg Vikernes (alias Count Grishnackh), leader de Burzum, dans Mayhem pour y jouer de la basse et engagea le chanteur Attila Csihar, chanteur de Tormentor, pour enregistrer leur album De Mysteriis Dom Sathanas.
Mais une fois encore, le 10 août 1993, le destin rattrape Mayhem.
Varg Vikernes assassine Euronymous chez lui en lui infligeant 23 coups de couteau, pour des motifs plus ou moins flous.
De Mysteriis Dom Sathanas : l'album culte
De Mysteriis Dom Sathanas paraît en 1994, à titre posthume. Hellhammer est le seul membre du groupe restant en place, Varg étant en prison et Attila n'étant qu'un musicien « de session ». À ce moment, de multiples arrestations pour incendies d'églises auront lieu dans les groupes de black metal.
Cet album est considéré comme celui qui définit le black metal, son chef-d'œuvre.
Jetons-y une oreille. La production est cette fois-ci assez bonne, tous les instruments sont audibles. Le son est glacial, les guitares tranchantes, la basse oppressante, et la batterie imposante. Le chant est quant à lui unique : un mélange de grognements, hurlements et gémissements rendent cet album extrêmement malsain. Les riffs lancinants et le rythme entêtant auront tôt fait de faire fuir l'auditeur non averti...
La renaissance : Wolf's Lair Abyss et A Grand Declaration of War
Mayhem épisode 3 !
Après la dissolution du groupe (enfin, le groupe était réduit à un membre, donc c'est tout comme...) et la fin du Mayhem tel que le monde le connaissait jusqu'alors, Hellhammer reforma le groupe fin 1995, accompagné de Blasphemer, guitariste issu d'une formation nommée Aura Noir entre autres, de Necrobutcher revenu et de Maniac, lui aussi de retour ! Le groupe se renommera pour l'occasion « The True Mayhem » pour bien marquer la différence entre les deux époques.
La première sortie avec ce nouveau line-up est un EP nommé Wolf's Lair Abyss et il devait être à l'époque... déboussolant, tant le fossé qui sépare les deux époques est énorme.
Un sample accompagné d'une musique militaire pour commencer, et le matraquage commence ! La production est excellente, le son très propre (une première pour Mayhem). On sent que le groupe a mis plus de moyens en œuvre pour offrir à ses auditeurs un son digne de ce nom, et que la guerre contre les « poseurs » est bel et bien finie. Au final, la musique est bien plus technique et brutale qu'à l'origine. Ce que le groupe a perdu en malsanité a été rattrapé en violence et en rapidité (il suffit d'écouter "Fall of Seraphs" pour en être convaincu...). Le CD s'achève sur un riff qui laisse un goût d'inachevé, un aperçu du prochain album ?
L'EP est un succès et Mayhem s'attèle à la composition d'une nouvelle œuvre et... Oui ! Le riff lancinant qui terminait la précédente sortie était bien un avant-goût.
Leur nouvel album se nomme A Grand Declaration of War et l'EP Wolf's Lair Abyss n'était en fait que le premier chapitre de cet album. C'est un concept album qui a pour thème la guerre, et c'est aussi l'album le plus expérimental que Mayhem ait réalisé jusqu'à présent. Jugez un peu : un morceau électronique, des interludes de silence, des titres plus ou moins lents, et un titre « catchy » ! Un comble. Les fans sont divisés en deux camps, ceux qui aiment et ceux qui n'aiment pas, mais aucun ne peut dire que Mayhem cède à la facilité. Le son est d'une propreté clinique, ce n'est pas du son brut du studio et ça se sent, ça s'apprécie même.
À l'écoute de la première partie de ce disque, nous pouvons nous sentir véritablement en présence de la préparation d'une guerre, le ton monte petit à petit... Jusqu'à l'explosion ! Et là, silence ! Une voix électronique nous chuchote quelques mots tels que "When the earth exploded and bodies burn to ashes...", un morceau sorti de nulle part, totalement électronique, arrive directement dans nos oreilles. Et là, on reste bouche bée, et on empoigne la pochette de son disque pour vérifier que c'est bien Mayhem que l'on écoute ! Et oui, pas de doute, ils ont véritablement été au bout de leurs envies dans ce disque.
La fin de l'album vaut largement le coup d'être écoutée, les morceaux sont plus déconstruits que ceux de la première partie, mais dégagent une atmosphère inqualifiable. Jusqu'à l'arrivée d'un titre "A Time to Die", qui pourrait être qualifié de black rock metal. Un rythme 4/4, pas de coupures et un refrain qui donne envie de headbanger, c'est quand même inédit pour du black metal, si l'on peut encore appeler ça comme ça !
S'ensuivent deux plages vides, puis la « suite » d'un morceau précédent dans l'album. Et là aussi, ce morceau de fin laisse un goût d'inachevé... Est-ce volontaire ?
Chimera : le retour aux sources
À croire que Mayhem n'apprécie pas vraiment de faire des suites à ses albums à chaque fois, car le prochain cru risque d'être surprenant pour ceux qui s'attendaient à ce que Mayhem continue ses expérimentations. Nous sommes en 2004, et voici venir Chimera, le disque le plus « in your face » que le groupe ait produit depuis De Mysteriis. Un déluge de violence, voilà ce à quoi cet album pourrait être comparé, mais c'est sans compter les multiples pistes plus ou moins lentes qui jonchent le disque. On a à peu près droit à un schéma du type « bourrin – lent – bourrin – lent » en ce qui concerne les pistes !
Le son est quant à lui d'une excellente qualité, laissant entendre chaque instrument à sa juste valeur, et quelle valeur !! Le chant de Maniac s'est grandement amélioré depuis le précédent album et offre désormais des variations de hauteur et de tonalité, tout en ayant un chant en général légèrement plus grave. La guitare et la basse sont d'une rapidité et d'une précision à toute épreuve, les gaillards connaissent bien leur sujet ! Les mélodies restent en tête et les riffs sont bien trouvés, c'est véritablement une force de cet album. La batterie n'est pas en reste avec une rapidité énorme et un jeu très complet pour du black metal, qui utilise l'ensemble du kit colossal de Hellhammer.
Toutefois, comme tout ne marche jamais comme sur des roulettes chez Mayhem, fin 2004, lors de leur tournée, Maniac se fait sortir du groupe à cause de ses problèmes d'alcool qui ne lui permettent plus d'assurer le chant lors des concerts.
Sur ce, le groupe part à la recherche d'un remplaçant.
Ordo ad Chao : le renouveau avec Attila Csihar
Un remplaçant qu'ils trouveront en la personne d'... Attila Csihar, encore lui, tout droit sorti de ses groupes Aborym, Keep of Kalessin et Tormentor (et j'en passe). Nous pouvons donc nous demander ce que Mayhem nous réserve pour l'avenir avec ce line-up qui est quasiment identique à celui qui a composé De Mysteriis Dom Sathanas...
Leur prochaine œuvre est sortie début 2007, et se nomme Ordo ad Chao, un concept album sur le thème du chaos.
La première impression lorsque l'on insère le CD dans son lecteur est... En fait, c'est indescriptible ! Cet album est tellement différent de ce qu'a fait Mayhem jusqu'alors qu'il est tout bonnement impossible de vraiment le qualifier.
La production est cette fois-ci lo-fi, mais c'est volontaire et maîtrisé, pas question de ressortir une bouse sonore comme Pure Fucking Armageddon. C'est un son étouffé qui nous fait face, comme un mur, mais ce son donne une impression de « crasse » énorme à l'écoute de cet album, comme si cet album n'était en fait qu'un voyage au pays des âmes damnées, où tout n'est que souffrance, violence et saleté. Les morceaux sont assez déstructurés, un passage très lent pouvant surgir d'un titre assez rapide et violent en apparence.
La prestation offerte par les musiciens est comme d'habitude excellente, mais s'il y en a bien une qu'il faut retenir, c'est celle du chanteur Attila Csihar. Le sieur nous gratifie de sa meilleure performance vocale (à mon avis) jusqu'ici. Il grogne, hurle, gémit, murmure et possède un chant clair divin... heu, démoniaque pardon (on parle bien de Mayhem ;)).
Dans le genre album-ovni, après A Grand Declaration of War, Mayhem nous gâte une fois de plus. Il repousse les limites du black metal, là où ses confrères ne recherchent que violence et brutalité. Ordo ad Chao mérite plusieurs écoutes avant d'être apprécié à sa juste valeur car la première écoute se solde souvent par un sentiment d'incompréhension.
Mayhem est un groupe qui a marqué l'histoire du métal sans aucun doute, et cela pour longtemps !