
Sorti en 1995, Afraid of Sunlight est le meilleur album de Marillion à ce jour. C'est aussi le plus résolument progressif. Un progressif moderne, qui sait parfaitement jouer la carte émotionnelle (« King »), se montrer intelligemment pop (« Beautiful ») et nous surprendre (« Cannibal Surf Babe »). La qualité de composition de ce disque est très élevée et rien n'est à jeter, à part le titre « Beyond You » qui fait pâle figure par rapport au reste de l'album. Trop basique.
Out of This World et King : les titres phares
Ce disque regorge de moments forts. Commençons par le plus jouissif d'entre eux : le titre « Out of This World », injustement boudé par le groupe en concert. Ce morceau donne véritablement l'impression de parcourir les fonds marins, à tel point qu'il n'aurait pas dépareillé dans la bande originale du Grand Bleu ! Sa partie finale en montée en puissance est un modèle de structure progressive. Déroutant. Steve Hogarth (chant) se met en avant sur ce titre de façon phénoménale. Tout comme sur « King », un titre qui lui revient plus souvent dans les setlists live du groupe — et à juste titre, car « King » est tout bonnement magnifique. Dédié à Kurt Cobain, ce titre possède des paroles très soignées, comme l'ensemble de celles proposées sur ce disque. Là aussi, la montée en puissance finale nous fait chavirer. Le titre est relativement technique, mais cette technicité n'est pas apparente, ce qui explique que le groupe puisse plaire à tous les types d'auditeurs. Mark Kelly (claviers) se donne à fond sur ces deux titres, pour notre plus grand plaisir.
Afraid of Sunrise et Afraid of Sunlight : variations atmosphériques
« Afraid of Sunrise » et « Afraid of Sunlight » sont d'intéressantes variations d'un même thème, la seconde surpassant la première en qualité selon moi. Très intimistes, ces deux titres sont proches des passages calmes de Brave, le précédent opus des Anglais. Ils rappellent aussi les vieux Marillion grâce aux sublimes arpèges de Steve Rothery (guitares). Ce guitariste a un feeling ahurissant et il le démontre totalement ici.
Gazpacho et Beautiful : l'approche pop
Passons aux titres plus pop : « Gazpacho » et « Beautiful ». Je les adore car ils représentent vraiment de la pop de qualité. « Beautiful » est une ballade très réussie, tandis que « Gazpacho » est un titre un peu plus rock, limite swing (ligne de basse de folie), parfait pour ouvrir l'album. Si « Beautiful » n'est pas excessivement recherchée — elle se contente d'être belle de simplicité et de mettre en valeur l'organe de Hogarth —, ce n'est pas le cas de « Gazpacho » qui ne possède pas une structure linéaire. Là aussi, les paroles sont magnifiques, ce qui explique sans doute pourquoi la voix de H est si chargée en émotions. Il est tour à tour hargneux, colérique, mélancolique, mou ou encore agressif. Tout y passe et c'est toujours en plein dans le mille !
Cannibal Surf Babe : l'OVNI de l'album
« Cannibal Surf Babe » est l'OVNI du disque, en forme d'hommage aux Beach Boys. On aime ou on n'aime pas, mais force est de reconnaître que l'hommage est réussi. J'aime par-dessus tout la version acoustique de ce titre présente sur l'album Unplugged At The Walls. Claviers kitsch et paroles délirantes sont la base de ce titre qui, curieusement, passe mieux quand on est bourré ! Ce n'est pas le chef-d'œuvre de l'album (plutôt vers « Out of This World »), mais il détend et permet d'ajouter une qualité non négligeable à l'ensemble du disque : une diversité épatante !
Une transition parfaite entre progressif et pop
Avec ce disque, Marillion réussit l'osmose parfaite entre son côté progressif et son côté pop. Un disque de transition entre deux périodes, donc. Ironique tout de même que cette transition soit de meilleure facture que les deux parties qu'elle relie…