
Un groupe, des musiciens, et un chanteur-auteur très talentueux... Sur le premier album, Panique Celtique, tous les textes ont été écrits par Martial Tricoche, et sur le second, Fest Noz de Paname, également — ce qui mérite d'être souligné.
Manau : un groupe de rap breton sous-estimé
Manau, un groupe oublié comme beaucoup d'autres. Pourtant, ce n'est pas qu'un groupe de rap approximatif ou de musique bretonne ratée ! Certes, il y a des chansons plutôt médiocres sur les deux albums, mais les critiques ont-elles vraiment écouté les disques en entier ? Quand j'entendais certaines critiques, ça me dérangeait. Ce n'est pas mon groupe favori, loin de là, mais il suffit d'écouter quelques chansons pour comprendre que Martial Tricoche est un surdoué. Non seulement il sait écrire des tubes, mais aussi des textes extraordinairement touchants, voire engagés.
Les pépites cachées de l'album Panique Celtique
« L'avenir est un long passé » : une réflexion sur la guerre
Au-delà du tube « La Tribu de Dana », il faut noter les textes de « L'avenir est un long passé » où l'auteur remet en question la guerre et les actions des Hommes. Sur cette chanson, il finit par : « Verrai-je un jour le mal à l'Élysée ? La France est-elle en train de s'enliser ? L'avenir est-il un long passé ? »
« La Confession » : un texte émouvant sur le départ
Martial a écrit « La Confession », un texte plutôt émouvant où il parle d'un jeune qui est en train de partir, laissant sa famille, ses amis, avec beaucoup de regrets. Sa manière de chanter est vraiment bouleversante, il faut que vous l'écoutiez.
Les chansons engagées de l'album Fest Noz de Paname
« La Poupée » : critique sociale et de la société
Dans le second album, toujours aussi varié dans les styles mais se détachant un peu de la musique celtique, on trouve des textes très touchants comme « La Poupée », qui critique notre société et les adultes.
« Un type bien » : la chanson antimilitariste de Manau
Voilà LA chanson engagée de l'album ! Tout au long, il décrit la vie du « type bien », qui fait le bien autour de lui par son métier (soldat...), qui a la meilleure vie du monde : marié, des enfants, bref, rien ne peut lui arriver. Sauf peut-être la réflexion sur ce qu'il est, ce qu'il fait.
Voici le refrain : « Je suis sûr d'être un type bien, un véritable puritain, un patriote américain, l'État a fait de moi un homme, pas un pantin, on m'a seulement appris à faire le bien. »
Puis on découvre que son métier est pilote de l'air, tueur de population en lançant des bombes... mais c'est un type bien, rappelez-vous. Les dernières lignes sont : « Je viens de lancer une bombe sur Hiroshima. (Refrain) On est sûr d'être des types bien, des véritables puritains, des patriotes européens, l'État a fait de nous des hommes, pas des pantins, pourtant en Tchétchénie, on ne fait rien. »
Je trouve ce texte magnifique car c'est vraiment ce qui se passe pour la plupart des soldats. Hier, aujourd'hui, demain, la guerre était, est et sera présente. Mais ce qu'il dit en plus dans ses chansons, c'est que l'État manipule l'Homme, car sinon l'Homme ne ferait rien.
Pourquoi le talent de Manau a été éclipsé par le commercial
Voilà pourquoi vous pourriez acheter les albums de Manau. Il y a aussi la culture bretonne : fest-noz, c'est la fête, on est joyeux de vivre. Mais une fois de plus, l'aspect commercial qu'était alors la mode bretonne a pris le pas sur la belle histoire et la belle écriture. Le groupe se serait certes moins vendu, mais au moins nous aurions davantage apprécié ces beaux textes.
Manau, oui, c'est du rap approximatif de temps en temps, oui, c'est de la fausse musique bretonne (ce que je déteste). Pourtant, Martial Tricoche est un superbe auteur et chanteur.
Je n'aime pas plus que ça Manau, mais je voulais souligner que beaucoup de groupes privilégient le commerce au détriment du talent et de l'originalité. Sinon, ces groupes devraient disparaître car ils ne rapportent pas assez d'argent ! Tels Merzhin, Matmatah, et beaucoup d'autres : des groupes de talent qui ne peuvent pas s'exprimer ouvertement à cause d'un système de consommation pitoyable qui ne fera que s'aggraver.
C'est dommage, mais cela ne changera que par une évolution, d'abord du gouvernement sur le monde des intermittents... mais surtout par un retour de notre société à quelques bonnes bases morales.
P.S. : les critiques sur les chansons ratées de Manau, je ne les défends pas. Mais je défends les beaux textes et le talent qu'a Martial Tricoche... merci.