
Lene Marlin : le boycott injuste d'une artiste talentueuse
Tout le monde connaît Lene Marlin, l'une des artistes les plus talentueuses de ce début de millénaire. Il existe, pour ceux qui ont du mal à mettre un visage sur ce nom, de nombreux articles qui lui sont consacrés sur le site (tapez "Lene Marlin" dans la barre de recherche).
Lene Marlin est une jeune Norvégienne qui a débarqué sur nos ondes en 2000 avec successivement "Sitting Down Here", "Where I'm Headed" et "Unforgivable Sinner", trois extraits de son premier album "Playing My Game", qui ont, il faut le dire, été matraqués en radio pendant plusieurs mois. Cet engouement était toutefois compréhensible : fraîcheur dans la voix, titres pop accrocheurs et intimistes à la fois... Le public ne s'y était pas trompé et avait fait de "Playing My Game" un immense succès commercial, que ce soit en France ou dans le reste de l'Europe et de l'Asie.
L'erreur de Lene Marlin aura été de disparaître brutalement de la scène, après une tournée mondiale promotionnelle éreintante et trop forte en pression.
Car les radios françaises, qui l'avaient tant soutenue à ses débuts, lui en tiendront rigueur et décideront purement et simplement de boycotter tous ses titres lorsque Lene fera son grand retour en 2003 avec l'album "Another Day". Mis à part chez RTL2 (qui organisera une session unplugged à son honneur) et Radio Traffic (!), le premier extrait "You Weren't There" ne bénéficie d'AUCUNE promotion (pas même de clip publicitaire) et demeure à ce jour un énorme échec : pas une seule fois dans le top 100 en France, alors que le single est resté numéro 1 plusieurs semaines en Norvège ! Voyez-vous où je veux en venir ?
Il aurait suffi que le grand manitou de NRJ ou de M6 diffuse juste quelques fois le titre pour qu'il devienne un tube. Mais les deux grands manitous ne sourcillant pas, c'est toute la carrière française de Lene qui va s'en retrouver chamboulée, et ce même si "Another Day" réalise l'exploit de se classer dans le top 30 au milieu de toutes ces contraintes. Nouvellement signée chez EMI, légèrement refroidie par cet échec, plus aucun disque de Lene ne sortira en France. Et vlan !
Cet embargo se fera ressentir sur le style musical de Lene, qui reviendra à un genre beaucoup plus accessible en 2005 avec "Lost in a Moment", peut-être son meilleur album à ce jour. Fin mai, le single "How Would It Be" est un énorme tube en Italie et en Norvège, une sortie française est annoncée (critique dans de nombreux magazines : Phosphore...). Suivront "What If" (carton en Allemagne) et "Still Here" (pour les pays asiatiques)... Et toujours aucune trace ni de l'album ni du single chez nous.
Et puis vient la pub pour Kinder qui utilise un titre de Lene, "My Lucky Day". La maison de disques promet aux fans la sortie du single si le titre passe en radio : la mobilisation des petites radios locales se fait sentir, mais les deux grands manitous font la sourde oreille. Ni "Lost in a Moment" (procurable en import pour 28 euros), ni aucun disque de Lene Marlin ne sortira plus jamais en France, il faut se rendre à l'évidence.
Et si par hasard l'album sort, ce sera sans promo aucune de façon à en faire un échec commercial annoncé — c'est ce qui s'est produit en Angleterre — et à en tirer un nouvel argument contre l'artiste.
D'autres artistes victimes d'embargos injustifiés
Catégorie « Musique originale de film » aux dernières Victoires de la musique, le nom du vainqueur est annoncé : il s'agit d'Émilie Simon pour "La Marche de l'empereur". Une magnifique revanche pour la jeune Montpelliéraine qui avait vu sa musique boycottée par l'équipe de production américaine du film pour sa sortie aux USA. Ces derniers avaient tout bonnement décidé d'enlever sa musique électro-pop et de la remplacer par une BO plus conventionnelle !
Outre le fait qu'Émilie avait fait l'effort d'écrire en anglais en vue de cette sortie et que, d'après moi, c'est l'originalité de sa musique qui avait fait une grande partie du succès du film en France, c'est tout de même la preuve d'une grande impolitesse envers l'intégrité de l'artiste. Enfin, il n'y a pas encore d'embargo sur Émilie Simon en France et j'espère que vous serez nombreux à vous procurer son nouvel album "Végétal", dans les bacs depuis le 6 mars.
Il y en a d'autres qui ont subi le revers de la médaille, tenez, Frédérica Sorel par exemple, qui après avoir connu le succès des "Demoiselles de Rochefort" (je n'aime pas trop mais ça a quand même été matraqué en radio) se voit jeter comme une malpropre à la première étape du casting de la "Nouvelle Star" !
Ou pour rester dans le registre comédie musicale, les petites excentricités d'Universal : la jolie Sonia Lacen (Ali Baba) s'était vu interdire de sortie d'album en 2001 alors que la promo avait commencé et marchait plutôt bien... "Initial" vient de sortir dans les bacs, 5 ans plus tard, le 14 février dernier avec des titres tout aussi vieux ! N'importe quoi, pas vrai ?
On pourrait citer tous les chanteurs de la télé-réalité, comme Sofia Essaïdi ou Pierrick Lilliu qui ont vu leur premier titre correctement médiatisé et les suivants, comme un effet de yo-yo, totalement abandonnés.
Enfin je terminerai avec Mélissa Mars, la lolita goth qui chantait "Lalalala papa m'aime pas" sur M6 toutes les 5 minutes et qui doit à présent se battre pour obtenir un passage radio pour son dernier album "La Reine des abeilles". Du coup la miss se reconvertit sur scène, vous pourrez notamment la découvrir en ouverture du "Printemps de Bourges" cette année.
Téléchargement : une alternative pour les artistes boycottés ?
Aujourd'hui, le destin des artistes, aussi talentueux qu'ils soient, se trouve entre les mains d'une dizaine d'individus, patrons des grandes radios, des chaînes musicales, ce qui semble incroyable. C'est pourquoi je dis OUI au téléchargement et au projet de loi qui va être voté (des forfaits internet avec un supplément permettant de légaliser le téléchargement anciennement illégal), pour la raison suivante : il s'agit d'un énorme moyen de promotion pour les petits artistes. Soyons honnêtes, ceux qui y perdent ce sont les gros vendeurs, pas les petits artistes pour qui le Net est avant tout un moyen de se faire connaître.
Mieux vaut télécharger deux titres d'un artiste dont on a lu une critique dans la presse et acheter son album ensuite, ou aller à son concert, que de ne rien écouter de lui du tout...