
Artistes reggae à découvrir en ce moment
- Tiken Jah Fakoly (vainqueur aux Victoires de la Musique)
- Sizzla
- Horace Andy
- Gladiators
Origines et histoire du reggae en Jamaïque
Le reggae est né à la fin des années 60 en Jamaïque. Il trouve ses racines dans la musique noire américaine (le rhythm'n'blues plus particulièrement), le ska et le rocksteady, mais aussi à travers les musiques traditionnelles du continent africain, apportées par les esclaves jusqu'en Jamaïque.
Sa naissance coïncide avec une période durant laquelle la population noire américaine, déracinée, était à la recherche de son identité. Après les années d'humiliation contrainte par l'esclavage, son abolition en 1834 (pour la Jamaïque), bien qu'elle offrit la liberté, était loin de régler les problèmes liés au racisme de la population blanche envers les Noirs. Pour des années encore, l'homme noir allait voir son image dévalorisée et sa population concentrée dans les ghettos.
C'est donc dans un contexte de rébellion des consciences face à l'« oppression blanche » symbolisée par le KKK qu'apparurent des mouvements tels que les Black Panthers, des hommes comme Marcus Garvey, Malcolm X... Et le reggae.
Le mouvement rastafari et le reggae
Le reggae à ses débuts est donc une musique contestataire, faisant appel à la fierté du peuple noir, l'exhortant à se libérer de ses complexes et prêchant un retour aux « racines ». Il va tout naturellement se tourner vers le mouvement religieux identitaire du moment : le rastafarisme.
Cette religion, dérivée du christianisme, a pour principale caractéristique la reconnaissance d'un Dieu noir et vivant : le « Roi des Rois, Dieu des Dieux, Lion de la Tribu de Judah » Haile Selassie Ier, empereur d'Éthiopie de 1930 à 1975.
Les raisons de la reconnaissance d'Haile Selassie Ier comme un Dieu vivant viennent de la prophétie de Marcus Garvey de 1916 (se référant à la Bible) prédisant l'accession au trône en Afrique d'un roi noir pouvant être le rédempteur. Le rastafarisme et le reggae se sont, en s'associant, mutuellement popularisés auprès des Africains vivant au sein de « Babylone ». L'un apportant ses messages et ses croyances, l'autre son rythme particulier et ses prophètes prêchant la bonne parole par le biais de leur musique.
L'âge d'or du reggae dans les années 70
L'âge d'or du reggae se situe dans les années soixante-dix. Tout d'abord parce qu'il avait un porte-drapeau internationalement reconnu (Bob Marley) mais aussi parce que le mouvement rasta était encore à son apogée.
La mort d'Haile Selassie, au cours d'une période où la situation des Afro-Américains ne s'était guère améliorée, fera germer beaucoup de questions. En effet, pourquoi leur Dieu quittait-il la terre ? Certains verront leur foi émoussée par cette épreuve. D'autant plus que le rapatriement jusqu'à la terre sainte (Éthiopie), malgré l'ébauche d'un projet assez ancien (Black Star Liner), n'a jamais été possible. Haile Selassie ayant proclamé qu'il fallait d'abord résoudre les problèmes au sein de « Babylone » avant de s'attendre à quelque rapatriement que ce soit.
Jimmy Cliff se convertira à l'islam, Burning Spear n'a consacré qu'un seul album à Haile Selassie, le reste de son œuvre étant plutôt axé sur Marcus Garvey. Il faut noter aussi que tous les rastafariens n'ont pas considéré Haile Selassie comme Dieu vivant, comme ce fut le cas de Yabby You.
De son côté, Bob Marley et Lee Perry créent la chanson « Jah Live ». Celle-ci prévoit les critiques de « Babylone » sur la mort du Dieu des Rastas mais prévient qu'elles n'entameront en rien les convictions religieuses des vrais croyants.
La mort de Bob Marley, à la suite d'un cancer généralisé en 1981 (à cause d'une blessure mal soignée à l'orteil), atténuera la dimension mondiale qu'il avait su donner au reggae.
Le reggae contemporain et son évolution
Bien que de nos jours il subsiste encore des groupes provenant de la « première vague » (Burning Spear, Abyssinians, Gladiators, Israel Vibration...), il semble que cette musique soit amenée à évoluer vers un esprit moins revendicatif (et malheureusement trop souvent « commercial »).
La désignation de l'Afrique comme terre sainte n'est plus un thème fort comme par le passé. D'autant plus que les conflits sur ce continent et le rejet des rastas par certaines de ses populations (notamment en Éthiopie) ont changé la perception qu'ils s'en étaient faite. Mais d'un autre côté, d'autres thèmes fédérateurs sont apparus ces dernières années : ségrégation raciale, inégalités sociales, la ganja et aussi la fête. Sa survie tiendra à sa manière d'intégrer les nouvelles technologies sans pour autant perdre son essence propre !
Les différents styles de reggae : Roots, Dub, Ragga...
Différents styles de musique se cachent derrière le terme « reggae » :
- Roots (Burning Spear, Bob Marley, Israel Vibration...)
- Ragga (Tenor Saw, Nitty Gritty, Yelloman...)
- Dub jamaïcain (The Scientist, King Tubby, Lee Perry...)
- Dub anglais (Revolutionary Dub Warriors, Alpha & Omega...)
- Dub poetry (LKJ, Oku Onoura, Matabaruka...)
- Toasters (U-Roy, I-Roy, Prince Far I...)
Le reggae roots est apparu en premier, suivi du ragga (musique avec un style beaucoup plus parlé et moins spirituel) dont une variante est le dancehall, destiné aux clubs. Le dub consiste à rajouter des sons, ralentir ou accélérer la partie musicale d'une chanson.
Les toasters, quant à eux, reprennent la version instrumentale d'un 45 tours ayant bien marché et improvisent un « speech » par-dessus. Le dub poetry diffère du toast par ses paroles beaucoup plus engagées et radicales.
Le reggae, musique issue des ghettos de Kingston, a encore de beaux jours devant lui. En France, les concerts de groupes renommés sont toujours très prisés !