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Musique

L'histoire du ska

Du Jamaïque des années 60 au mouvement 2-Tone anglais, découvrez l'histoire du ska et ses trois vagues qui ont conquis le monde.

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Les origines jamaïcaines du ska (années 60)

L'histoire du ska a démarré en Jamaïque à la fin des années 50. À cette époque, les musiciens jamaïcains jouent une sorte de rhythm & blues combiné à du jazz. Ce son, associé au mento et au calypso, donne les premiers rythmes de ska. C'est en 1961 que l'appellation « ska » entre réellement en vigueur. Rapidement, le ska devient la musique populaire jamaïcaine. Des chanteurs comme Prince Buster, Clue J, Laurel Aitken, Desmond Dekker, des musiciens comme Don Drummond (trombone), Roland Alphonso, Tommy McCook (saxophone ténor) ou des futurs groupes de reggae légendaires (Bob Marley & The Wailers, Peter Tosh, Toots & The Maytals) se font connaître en jouant du ska en Jamaïque, puis à l'international.

La première vague : The Skatalites et l'exportation du ska

Au fil des années, alors que la Jamaïque vient d'obtenir son indépendance, la situation économique devient de plus en plus précaire et de nombreux Jamaïcains immigrent en Grande-Bretagne. Avec eux, le ska débarque en Europe. Mais c'est toujours en Jamaïque que se forme l'un des plus grands groupes de ska de la première vague (reformé aujourd'hui) : The Skatalites se forment en 1962 avec les plus grands musiciens du pays (Tommy McCook, Don Drummond, Roland Alphonso, Lloyd Brevett, Lester Sterling...).

Du ska au Rocksteady

Petit à petit, le rythme syncopé rapide qui caractérise le ska ralentit. Ce « ska lent » est alors appelé Rocksteady avant de ralentir encore pour devenir du skinhead reggae (vers 1969). Il existe plusieurs versions pour expliquer ce ralentissement. L'une des plus intéressantes stipule que c'est à la suite d'un ou deux étés terriblement chauds que le rythme a diminué. En effet, sous la canicule, skanker devenait un sport d'endurance pour les rudeboys jamaïcains ! C'est donc le Rocksteady qui met fin à la première vague du ska vers 1968. Cette première vague, malgré sa brièveté, a conquis l'Europe et même les États-Unis, et a été une rampe de lancement pour le reggae et son idéologie. Desmond Dekker entrera même à deux reprises dans les charts anglais : en 1967 avec « 007 Shanty Town » et en 1969 avec « Israelites ».

La deuxième vague : le mouvement 2-Tone en Angleterre

C'est en Angleterre que se développe la seconde vague du ska vers la fin des années 70. Celle-ci sera très influencée par le son punk anglais et principalement par The Clash et leur punk parsemé de reggae. Ainsi, quand on parle de la deuxième vague de ska, on se doit de parler du 2-Tone. Le 2-Tone est le nom d'un label créé par le groupe à la tête de la deuxième vague : The Specials. Les plus grands groupes de ska anglais signaient chez 2-Tone : Madness, The English Beat, The Selecter... Et le 2-Tone devient forcément le nom d'un style de musique : du ska rapide avec beaucoup de cuivres, s'approchant un peu du punk et des textes souvent engagés politiquement.

L'essor et le déclin du 2-Tone

Le ska devient un réel phénomène. Les rudeboys et les skinheads (issus de la classe ouvrière) devenant de plus en plus nombreux, allaient skanker au rythme du ska à travers l'Angleterre. Le problème, c'est que le ska était aussi aimé par une classe de gens beaucoup plus aisés, qui n'avaient pas peur de le montrer. Cela donnait lieu à de violentes bagarres. Les salles de concerts n'osaient plus engager des groupes de ska et certains groupes comme Madness étaient interdits de scènes. Ceci contribuera à mettre fin à la deuxième vague vers 1985.

Les symboles emblématiques du ska

Cette vague a donc atteint surtout le peuple anglais mais aussi un peu l'Amérique. Ce qui restera de cette époque, ce sont les clichés du ska que l'on voit encore aujourd'hui et qui ont été développés par le label 2-Tone : le damier noir et blanc (symbole de l'unité et de la lutte contre le racisme), et la tenue vestimentaire des rudeboys (chemise et chaussettes blanches ; chapeau, costume et chaussures noirs ; lunettes de soleil...).

La troisième vague : le ska revival mondial

La troisième vague est un phénomène mondial. Aussi appelée « ska revival », elle commence aux États-Unis avec un label new-yorkais remarquable : Moon Ska Records, qui produit des groupes comme The Toasters vers le milieu des années 80. C'est ensuite au tour des Mighty Mighty Bosstones, de Boston, d'utiliser le ska d'une manière plus violente et de le mélanger au hardcore pour faire ce que l'on appelle aujourd'hui le skacore. Puis, en 1989, viennent les Californiens d'Operation Ivy qui « inventent » le ska-punk. La nuance entre le skacore et le ska-punk est d'ailleurs assez ambiguë ; certains les considèrent comme synonymes. On peut dire que le skacore est souvent particulièrement rapide avec une influence plus proche du hardcore et du métal que du punk-rock, et possède généralement une section cuivres importante.

La diversification du ska actuel

La différence entre cette troisième vague et les deux précédentes est que maintenant le ska se joue d'une multitude de façons différentes et dans presque toutes les parties du monde. Le ska se joue de façon old-school ou traditionnelle (Stubborn Old Stars, Hepcat, Skatalites, Slackers, Eastern Standard Time...), skajazz (Articles, New York Ska Jazz Ensemble), third wave (proche du 2-Tone : Toasters, Bim Skala Bim, Let's Go Bowling, Pietasters, Scofflaws), swing ska (Skavoovie & the Epitones, Los Hooligans), skacore (Mighty Mighty Bosstones, Voodoo Glow Skulls, Kargol's, Skunk), ska-punk (Less than Jake, Rancid, Suicide Machines, Chinkees, Falling Sickness, Mad Caddies, Ecclectics, La Ruda Salska, Smash Mouth), latino-ska (Caméléons), ou même ska-pop (No Doubt, Save Ferris, Reel Big Fish).

La scène ska européenne actuelle

Si la scène américaine, surtout californienne, est impressionnante, la scène européenne actuelle est aussi extrêmement prolifique et le ska ne cesse de s'étendre. Les concerts se multiplient en Suisse, en France et en Allemagne, et de nouveaux groupes apparaissent régulièrement. Incontestablement, le ska est loin d'être mort — cette troisième vague est même peut-être la plus importante. Tout en touchant un public plus large, elle reste une musique alternative où se rencontrent punks, anars, rude boys/girls (qui sont aujourd'hui tout simplement des fans de ska), SHARP skins, rastas, jazzeux, et autres marginaux qui refusent d'écouter les radios commerciales où la dance, la techno et les boys bands font la loi...

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