
Avec une prestation mitigée lors du concert Urban Peace (le public, majoritairement acquis à Skyrock, ne sachant pas l'apprécier à sa juste valeur), Kery James, ex-Idéal J, a encore démontré l'incompréhension du public à son égard. Car notre bonhomme, affublé d'une étiquette hardcore, a foncièrement changé après sa conversion à l'islam. Revenons sur l'histoire de ce rappeur talentueux et atypique.

Les débuts de Kery James avec Idéal J
C'est en 1989 que Kery débarque sur la scène rap française, alors encore à ses balbutiements, avec le groupe Idéal J composé de DJ Mehdi, Teddy Corona et Rocco. Le groupe sort son premier titre « La vie est brutale » alors que Kery n'a que 12 ans ! La formation Idéal J se caractérise par un rap brutal et des paroles dures, avec la chanson « Hardcore » qui a consacré le groupe aux yeux du grand public. À noter la sortie de deux albums : « Original MC » en 1996 et « Le combat continue » en 1998.

L'album solo « Si c'était à refaire » : un tournant artistique
Kery met ensuite entre parenthèses sa carrière au sein d'Idéal J et nous livre un album solo en 2001, loin des facilités du rap commercial. Surprise : ce n'est plus le rap « de dur » d'Idéal J que l'on entend, mais un discours pacifiste prônant la responsabilité envers les petits frères. Kery serait-il devenu un sage ?
Cet album, composé de 11 titres assez longs, présente un contenu musical dépouillé et un flow posé et articulé. Les sujets abordés par Kery sont les regrets du passé :
Si c'était à refaire j'agirais avec plus de sagesse
envers ma mère je ferais preuve de plus de tendresse
Plus souvent je la prendrai dans mes bras
Lui glisserais un « Je t'aime »
Puis « Maman ne t'inquiète pas » [...] (Si c'était à refaire)
Ou encore les violences urbaines qui détruisent des familles :
Combien de mères veillent
jusqu'au retour de leurs fils
Apprennent leurs décès de la bouche de la police [...]
Elles ont allaité, porté 9 mois le défunt
Et en un seul geste
C'est 20 ans d'espoir qui se défont (Cessez le feu)
Il nous brosse également une vibrante autobiographie sur le titre « 28 décembre 1977 ».
À noter des featurings de qualité avec Roldan des Orishas, Salif Keita, Leïla Rami, Les Nubians ainsi que de « la famille africaine » (Karlito, Manu Key, Intouchable, Rohff et OGB entre autres).
Bilan de l'album « Si c'était à refaire »
Au final, « Si c'était à refaire » est un album empreint d'une maturité certaine et aux lyrics profonds. Plus qu'un album, il montre l'épanouissement d'un homme, depuis ses débuts avec Idéal J jusqu'à aujourd'hui. Kery est, selon moi, l'exemple à suivre pour tous nos jeunes de banlieue qui partent en vrille et qui devraient prendre du recul par rapport à leurs erreurs.
Rien que pour ça : chapeau Kery !