Gildaa en concert, concentrée sur son chant, dans une ambiance tamisée.
Musique

Gildaa au Festival Art Rock : strass, kora et performance inoubliable à Saint-Brieuc

Gildaa a envoûté le Festival Art Rock avec un set mêlant kora, strass et héritage candomblé. Retour sur une performance théâtrale inoubliable qui bouscule les codes de la scène afro-pop et propulse sa carrière.

As-tu aimé cet article ?

Sous une chaleur écrasante qui transformait Saint-Brieuc en fournaise, vendredi 22 mai 2026, la 43e édition du Festival Art Rock s'ouvrait par une soirée placée sous le signe des femmes. Parmi elles, Gildaa a livré un set qui restera dans les mémoires. La Franco-Brésilienne, déjà remarquée au Printemps de Bourges l'année précédente, a déployé sur la place Général-de-Gaulle un univers où les strass côtoient la kora, où le clown mélancolique rencontre la prêtresse du candomblé. Retour sur une performance qui bouscule les codes de la scène afro-pop française.

Gildaa en concert, concentrée sur son chant, dans une ambiance tamisée.
Gildaa en concert, concentrée sur son chant, dans une ambiance tamisée. — (source)

Une entrée en scène théâtrale sous 30 degrés

Alors que le mercure dépassait les 30 °C et que le public passait d'une scène à l'autre entre les maisons de granit et la cathédrale Saint-Étienne, Gildaa a fait son apparition dans une tenue pour le moins surprenante. Très maquillée, emmitouflée dans une robe de chambre bleu et vert, elle semblait défier la chaleur ambiante. Ce n'était pas un caprice d'artiste, mais un rituel soigneusement pensé.

Elle revêtait ce jour-là les apparats de son arrière-grand-mère, prêtresse du candomblé, cette religion syncrétique née au Brésil du mélange entre cultes africains et catholicisme. Pour Gildaa, cette tenue est une armure contre le trac qui la dévore avant chaque concert. La transformation est totale : la jeune femme pudique et réservée s'efface, laissant place à une performeuse décomplexée.

Gildaa sur scène, mains sur les hanches, sous un éclairage spectaculaire.
Gildaa sur scène, mains sur les hanches, sous un éclairage spectaculaire. — (source)

Sur scène, une chaise longue rose attendait, supportant une kora posée délicatement. Un contraste saisissant entre le mobilier de plage et l'instrument traditionnel ouest-africain, entre la légèreté apparente et la profondeur des racines.

Le personnage de Gildaa : un clown né au XVIIIe siècle

Ce que le public découvre sur scène n'est pas Camille Constantin Da Silva, née en 1994 à Paris d'une mère chanteuse brésilienne et d'un père percussionniste français. C'est Gildaa, un alter-ego que l'artiste a façonné pendant ses études de clown au Cours Florent puis au Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique. Un personnage né à la fin du XVIIIe siècle, dit-elle, un « clown mélancolique » qui lui permet d'explorer des territoires que Camille n'oserait pas aborder.

Cette dualité est au cœur de son art. Elle a étudié le violon pendant dix ans dès l'âge de six ans, avant de se tourner vers les percussions afro-brésiliennes. Son grand-père n'est autre que Jean Constantin, auteur des tubes « Les Vieux Mariés » et « La Marie-Joseph ». Un héritage musical lourd à porter, qu'elle transcende par la théâtralité et l'absurde.

La kora réinventée : quand l'instrument ancestral séduit les festivaliers

La kora, cet instrument à cordes pincées originaire d'Afrique de l'Ouest, n'est pas un choix anodin dans le set de Gildaa. Traditionnellement jouée par les griots mandingues, elle porte en elle des siècles de transmission orale et de mémoire collective. Mais sous les doigts de l'artiste, elle devient autre chose.

Portrait de Gildaa en tenue de scène, assise sur un banc de parc.
Portrait de Gildaa en tenue de scène, assise sur un banc de parc. — (source)

Sur la place Général-de-Gaulle, la kora n'était pas un artefact folklorique posé là pour faire couleur locale. Elle dialoguait avec une loop station, des nappes électro et la voix de Gildaa, qui navigue entre le baile funk de Rio et la chanson française. Le public, majoritairement jeune, n'a pas boudé son plaisir. Les vidéos de la performance, partagées sur Instagram et TikTok, montrent des festivaliers captivés, certains découvrant visiblement l'instrument pour la première fois.

Un pont entre les mondes

Ce qui fait la force de Gildaa, c'est sa capacité à jeter des ponts entre des univers que tout oppose. La kora, dans ses mains, n'est pas un vestige du passé mais un outil résolument contemporain. Elle l'utilise pour tisser des mélodies qui évoquent autant les complaintes des griots que les productions électroniques les plus actuelles.

Son premier album, sorti en 2026, explore cette veine avec une liberté rare. Les morceaux mêlent le violon classique de ses années de conservatoire, les percussions afro-brésiliennes de son enfance, et cette kora qui semble avoir trouvé en elle une ambassadrice inattendue. Chappell Roan en concert : l'expérience pop qui vaut chaque euro du billet propose une réflexion comparable sur la manière dont les artistes pop contemporains réinventent leur héritage musical.

Un parcours hors norme : du conservatoire à la scène rock

Pour comprendre ce qui s'est joué à Saint-Brieuc, il faut remonter le fil d'un parcours qui n'a rien de linéaire. Camille Constantin Da Silva a d'abord été une enfant sage qui passait des heures au violon. Puis une adolescente attirée par les percussions et les rythmes brésiliens. Ensuite une comédienne en formation au Cours Florent, classe libre, en 2012, avant d'intégrer le Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique de Paris en 2015.

C'est là, au cœur de l'apprentissage du théâtre, qu'est née Gildaa. Le personnage lui a permis de concilier ses multiples facettes : la musicienne classique, l'amoureuse des rythmes afro-brésiliens, la comédienne formée aux techniques du clown. Une synthèse qui a immédiatement séduit le jury des Inouïs du Printemps de Bourges 2025, où elle a remporté le Prix du Jury.

La reconnaissance critique

Depuis Bourges, la trajectoire de Gildaa s'est accélérée. France Culture lui a consacré une émission entière, « Comme un samedi », sous le titre évocateur « Gildaa, la diva a mangé un clown » — l'épisode est disponible en podcast sur le site de Radio France. Télérama la décrit comme une « performeuse sans complexes », saluant sa capacité à se transformer sur scène. France Info, dans un portrait diffusé lors du festival Rock en Seine 2025, soulignait la mélancolie qui habite son clown de scène — le portrait complet est consultable sur le site de France Info.

Le concert de Saint-Brieuc s'inscrit dans cette dynamique ascendante. Il précède de quelques jours seulement son passage à La Cigale, à Paris, prévu le 28 mai. Une salle mythique pour une artiste qui, il y a encore deux ans, jouait dans des petites salles parisiennes. Le Flow concert Lille au Flow Festival Helsinki : le guide complet offre un autre exemple d'artistes qui ont su transformer une performance scénique en tremplin pour leur carrière.

Strass et spiritualité : l'esthétique délibérée de Gildaa

Le look de Gildaa n'est pas un simple effet de mode. Les strass qui parsèment ses costumes, les tissus chatoyants, le maquillage outrancier : tout est pensé en fonction de son personnage et de l'histoire qu'il raconte. Sur la scène d'Art Rock, elle portait une robe de chambre qui n'en était pas vraiment une, mais un vêtement rituel hérité de son arrière-grand-mère.

Gildaa, vêtue d'un manteau en fourrure et d'une robe à sequins, assise sur un banc.
Gildaa, vêtue d'un manteau en fourrure et d'une robe à sequins, assise sur un banc. — (source)

Cette dimension spirituelle est centrale dans son travail. Le candomblé, religion de ses ancêtres brésiliens, imprègne sa musique et sa mise en scène. Les apparats qu'elle revêt ne sont pas des costumes de scène au sens occidental du terme : ce sont des vêtements chargés de sens, qui la connectent à une lignée féminine puissante.

Une mémoire féministe

Gildaa revendique une mémoire féministe qui traverse son œuvre. Les femmes de sa famille, de son arrière-grand-mère prêtresse à sa mère chanteuse, sont des figures tutélaires. Sur scène, elle incarne une féminité multiple, tour à tour vulnérable et conquérante, pudique et provocante.

Cette approche résonne particulièrement dans le contexte du Festival Art Rock, qui avait choisi d'ouvrir sa 43e édition par une programmation féminine. Marguerite, qui « préfère les filles, les femmes, les meufs », avait ouvert le bal. Gildaa a pris le relais, offrant une performance qui interroge les codes de genre autant que les frontières musicales.

L'impact de la performance sur sa carrière

Le passage à Saint-Brieuc n'était pas un concert comme les autres. Dans l'écosystème des festivals français, Art Rock occupe une place particulière. Moins médiatisé que les Vieilles Charrues ou les Eurockéennes, il est pourtant un marqueur important pour les artistes émergents. Les programmateurs y viennent en repérage, les journalistes aussi.

La prestation de Gildaa a été saluée par Le Monde dès le lendemain, dans un article signé Stéphanie Binet. Le texte souligne le contraste entre son esthétique scintillante et la puissance de son instrument traditionnel. Une mise en lumière qui tombe à pic, à quelques jours de son concert parisien.

Les retombées attendues

Pour une artiste comme Gildaa, chaque performance en festival est une occasion de convertir des curieux en fans. Les vidéos de son set circulent déjà sur les réseaux sociaux, capturant l'énergie du live et l'originalité de son univers. Les plateformes de streaming devraient enregistrer une hausse des écoutes dans les jours qui viennent.

Son premier album, sorti cette année, bénéficie de cette exposition. Les programmateurs de festivals d'été, qui finalisent leurs affiches en ce moment, ont probablement pris note. BEBE : chanteuse espagnole… montre comment une artiste peut capitaliser sur une performance marquante pour s'imposer sur la scène internationale.

La programmation d'Art Rock 2026 : un écrin pour les talents émergents

Le Festival Art Rock, qui se déroule du 22 au 24 mai 2026 à Saint-Brieuc, a bâti sa réputation sur une programmation éclectique mêlant têtes d'affiche et artistes en devenir. Cette année, l'affiche incluait aussi bien Sébastien Tellier que Disiz, De La Soul, Véronique Sanson ou Bertrand Belin. Un mélange des genres qui fait la force de l'événement.

Saint-Brieuc, ville des Côtes-d'Armor en Bretagne, où se déroule le Festival Art Rock

La soirée d'ouverture, entièrement féminine, a donné le ton. Après Marguerite, Gildaa a pris possession de la place Général-de-Gaulle avec une assurance rare pour une artiste encore en phase d'ascension. Le site officiel du Festival Art Rock présente la programmation complète et les artistes invités.

Un dispositif scénique pensé pour l'immersion

La scène de la place Général-de-Gaulle, avec la cathédrale Saint-Étienne en toile de fond, offre un cadre spectaculaire. Les organisateurs ont installé des gradins et un vaste espace debout, permettant au public de profiter du spectacle dans des conditions optimales. Les bars et magasins du centre-ville se sont également mis à l'heure du festival, diffusant de la musique et accueillant des DJ sets.

Pour Gildaa, ce cadre a fonctionné comme un écrin. La lumière du soir tombant sur la cathédrale, combinée aux éclairages de scène, a créé une atmosphère propice à son univers théâtral. Les strass de son costume scintillaient sous les projecteurs, tandis que les notes de la kora résonnaient entre les vieilles pierres.

Conclusion

Le concert de Gildaa au Festival Art Rock de Saint-Brieuc restera comme un moment charnière dans sa jeune carrière. Sous une chaleur accablante, devant un public conquis, elle a démontré que la kora pouvait être un instrument aussi moderne que la guitare électrique, et que les strass n'étaient pas incompatibles avec la spiritualité du candomblé. Son personnage de clown mélancolique, né au XVIIIe siècle dans son imagination, a trouvé une résonance inattendue dans la Bretagne du XXIe siècle. Entre tradition et modernité, entre Brésil et France, entre théâtre et musique, Gildaa trace une voie singulière. Son passage à La Cigale le 28 mai sera le prochain test. Si l'on en juge par l'énergie déployée à Saint-Brieuc, la salle parisienne risque de vibrer elle aussi sous les cordes de la kora et l'éclat des strass.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Qui est Gildaa, la chanteuse à la kora ?

Gildaa est l’alter-ego de Camille Constantin Da Silva, une artiste franco-brésilienne née en 1994. Elle mêle théâtre, musique afro-pop et kora, un instrument traditionnel ouest-africain, dans des performances très visuelles.

Que signifie la robe de chambre de Gildaa sur scène ?

La robe de chambre bleu et vert portée par Gildaa est un vêtement rituel hérité de son arrière-grand-mère, prêtresse du candomblé. Elle lui sert d’armure contre le trac et la connecte à sa lignée féminine et à la spiritualité brésilienne.

Où Gildaa a-t-elle étudié le clown et le théâtre ?

Gildaa a étudié le clown au Cours Florent (classe libre, 2012) puis au Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris (2015). C’est là qu’elle a créé son personnage de « clown mélancolique » né à la fin du XVIIIe siècle.

Quel prix Gildaa a-t-elle remporté au Printemps de Bourges ?

Gildaa a remporté le Prix du Jury des Inouïs du Printemps de Bourges en 2025. Cette reconnaissance a accéléré sa carrière, menant à des émissions sur France Culture et à un concert à La Cigale à Paris.

Sources

  1. La chanteuse Gildaa brille avec ses strass et sa kora au Festival Art Rock, à Saint-Brieuc · lemonde.fr
  2. GILDAA - Art Rock · artrock.org
  3. Festival Art Rock à Saint-Brieuc, 22, 23 et 24 mai 2026 - Art Rock · artrock.org
  4. franceinfo.fr · franceinfo.fr
  5. Stéphanie Binet, ses dernières publications dans Le Monde · lemonde.fr
fresh-sounds
Noémie Garbot @fresh-sounds

Je trouve les artistes avant qu'ils explosent, c'est mon superpouvoir. Étudiante en musicologie à Montpellier, j'écume SoundCloud à 2h du mat' pour dénicher la prochaine pépite. Mon algorithme Spotify est complètement cassé à force de lui faire écouter des trucs obscurs. Je vais à tous les concerts de petites salles, je connais les programmateurs par leur prénom. Quand un artiste que j'ai découvert passe à la radio, je dis « je l'écoutais avant » sans aucune honte.

86 articles 0 abonnés

Commentaires (10)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...