François Feldman : que devient le chanteur des « Valses de Vienne » ?
Avec ses trois numéros un au Top 50 et plus de dix millions d'albums vendus, François Feldman a marqué la variété française des années 1980. Pourtant, l'interprète de « Les Valses de Vienne » et « Joue pas » a disparu des radars médiatiques après 1993. Installé à Cannes, le chanteur franco-russe continue à créer et à se produire sur scène, loin du star-system qui l'a porté au sommet. Retour sur le parcours singulier d'un artiste qui refuse de vivre dans le passé.

Des débuts discrets à Clichy-sous-Bois
Né le 23 mai 1958 à Paris, François Feldman grandit en banlieue parisienne, à Clichy-sous-Bois. Son père, tailleur d'origine russe, et sa mère, infirmière scolaire belge, lui offrent une enfance modeste mais marquée par la musique. Dès quatorze ans, il reçoit sa première guitare et plonge dans l'univers de la soul américaine, dévorant les disques de Marvin Gaye, Stevie Wonder et James Brown.
Les premiers pas dans les radio-crochets
Adolescent, Feldman participe à des concours de chant où il remporte plusieurs premiers prix. Il forme son premier groupe amateur et se produit dans des clubs de la région parisienne. En 1977, il sort son premier 45 tours, « Comme une petite fille », sur le label Eurodisc. Le succès n'est pas au rendez-vous.

La rencontre décisive avec Ernest Salfati
En 1980, Feldman fait la connaissance d'Ernest Salfati, auteur-compositeur qui l'oriente vers une musique inspirée du disco-funk américain. Ensemble, ils enregistrent les titres du groupe Yellow Hand, puis Feldman tente sa chance en solo avec « Ma petite vidéo » en 1982, qui rencontre un certain écho au Québec. Suivent « Folle sur les bords », « Wally Boule Noire » et « Amour de corridor », sans décoller en France. À l'époque, il travaille comme musicien pour Polydor, en attendant le déclic.
L'explosion du Top 50 : trois albums qui changent tout
À l'automne 1986, le single « Rien que pour toi » permet enfin à Feldman d'atteindre la notoriété. Avec plus de 300 000 exemplaires vendus, le titre se classe 12e au Top 50. Le chanteur a alors 28 ans, un âge qu'il juge tardif pour un premier succès. « Faire un succès au Top 50, c'était assez facile à l'époque », confiait-il plus tard. « Mais j'avais déjà 28 ans quand c'est arrivé pour moi et ce que je voulais vraiment, c'était enregistrer un album. »

« Vivre, vivre » : le premier album de platine
En 1987 paraît « Vivre, vivre », premier album porté par les tubes « Slave » (n°5), « Je te retrouverai » (n°19) et « Le mal de toi » (n°9). Ces chansons, écrites par Jean-Marie Moreau et composées par Feldman, marquent le début d'une collaboration fructueuse. L'album atteint la 9e place du Top albums et reçoit un disque de platine.
« Une présence » : l'apogée avec « Les Valses de Vienne »
L'année 1989 est celle de la consécration. L'album « Une présence » contient une série de tubes qui resteront dans les mémoires : « Joue pas » en duo avec Joniece Jamison (n°2), « C'est toi qui m'as fait » (n°2), « Petit Frank » (n°1 pendant trois semaines) et surtout « Les Valses de Vienne », numéro un durant six semaines non consécutives.

Le titre, basé sur un jeu de mots entre « valses de Vienne » et « valse des viens », jongle avec les consonances : « dans la Rome antique, errent les romantiques ». La ballade romantique, portée par des violons arrangés par Thierry Durbet, devient la signature de Feldman. Le clip montre le chanteur avec une jeune fille incarnant sa fille, tentant de consoler son père séparé de sa femme. L'album « Une présence » dépasse le million d'exemplaires et obtient un disque de diamant.
« Magic' Boul'vard » : le dernier grand succès
En 1991, « Magic' Boul'vard » confirme la popularité de Feldman avec des titres comme « Le serpent qui danse » (hommage à Baudelaire et Gainsbourg, n°15) et « Magic' Boul'vard » (n°5). Le chanteur donne alors un concert à Bercy en 1992, gravé sur l'album live « Feldman à Bercy ». Tout semble sourire à cet artiste qui a vendu des millions de disques en France, Belgique, Italie, Canada et même au Japon.

La chute brutale après « Indigo »
Le tournant intervient en 1993 avec l'album « Indigo », un échec commercial retentissant. Feldman traverse alors une dépression profonde. « Je ne composais que des chansons d'une tristesse absolue et j'ai compris qu'il fallait que je remonte », a-t-il confié dans une interview au magazine Voici.
L'incident du Téléthon 1996
En 1996, un incident médiatique aggrave la situation. Lors d'une performance de « Joue pas » au Téléthon, Feldman lance « Allez, tout le monde debout ! » devant un public composé majoritairement de myopathes en fauteuils roulants. Il tente de se rattraper avec un « …là-bas ! », mais la séquence est diffusée dans le Zapping de Canal+ et marque durablement son image.
Les années difficiles
En 2004, l'album « Des larmes et de l'amour » atteint seulement la 132e place des ventes. Un inconnu demande un jour à Feldman s'il est malade, le trouvant « tellement maigri ». Cette remarque le pousse à se reprendre en main. Il arrête de fumer, quitte Paris et s'installe à Cannes, où il vit depuis une vingtaine d'années. « Je ne composais que des chansons d'une tristesse absolue et j'ai compris qu'il fallait que je remonte », répète-t-il pour expliquer ce déclic.
Une nouvelle vie loin des projecteurs
Aujourd'hui, François Feldman a tourné la page du star-system. Il s'auto-produit sur son label JoyMusic, nommé d'après sa fille. « Je ne suis pas nostalgique de mon époque Top 50 et depuis plusieurs années, je fais tout pour sortir de l'image star des années 1980, car je ne vis pas dans le passé », explique-t-il au Journal des Femmes.
Des albums aux sonorités renouvelées
Depuis 2018, Feldman a sorti plusieurs albums qui témoignent de sa volonté d'explorer de nouveaux territoires musicaux. « Vivant » (2018) propose onze titres aux sonorités funky et RnB. « Latino » (2020) ose le reggaeton et les rythmes latins, avec un duo « Cordoba » avec Claudia. « L'Origine » (2021) revient à ses influences disco, funk et soul, et contient un duo inédit avec Joniece Jamison, « Ressuscité ».

En juin 2024, il a publié « Piano », un album qui revisite ses grands succès dans une version piano-voix épurée. Cette démarche rappelle celle d'autres artistes de sa génération qui, comme Jil Caplan, ont choisi de se réinventer loin des projecteurs.
Une tournée qui ne faiblit pas
Feldman continue à se produire dans toute la France, jouant dans des théâtres municipaux et des salles de spectacle. « J'ai assez de tubes pour être seul sur scène », déclarait-il en mars 2024 dans une interview à L'Aisne Nouvelle. En juillet et août 2024, il a donné des concerts gratuits à Cavalaire et La Crau. Le 30 mai 2025, il était à Abbeville. Un projet de « Tournée Anniversaire - 40 ans » est prévu pour 2026.
Pourquoi Feldman mérite une redécouverte
Loin d'être un simple one-hit wonder, François Feldman a construit une œuvre qui traverse les époques. Ses textes, souvent écrits avec Jean-Marie Moreau, mêlent poésie et jeux de mots avec une habileté rare. Musicalement, il a su intégrer les influences disco-funk américaines à la variété française, créant un son unique qui n'a pas pris une ride.
Un artiste complet
Feldman n'est pas seulement un interprète : il compose et écrit lui-même ses chansons. Il est l'un des rares artistes français à avoir placé trois singles différents en numéro un au Top 50 (« Petit Frank », « Les Valses de Vienne », « Joy »). Cette longévité dans les charts témoigne d'un talent d'écriture et d'une capacité à toucher un large public.
L'héritage des années 80
Les chansons de Feldman font partie de la bande-son d'une génération. Comme Lio ou d'autres figures de la pop française des années 80, il a marqué son époque avec des titres qui continuent de passer à la radio et d'être repris. Sa musique, entre mélodies accrocheuses et arrangements soignés, mérite d'être redécouverte par les jeunes générations.
Conclusion
François Feldman incarne cette génération d'artistes français qui ont connu la gloire du Top 50 avant de disparaître des radars médiatiques. Mais contrairement à ce que l'on pourrait croire, il n'a jamais cessé de créer. Installé à Cannes, il continue à sortir des albums, à tourner et à se produire sur scène, loin du star-system qui l'a porté au sommet. Sa résilience et sa capacité à se réinventer, passant de la variété au funk, du reggaeton au piano-voix, forcent le respect. En 2026, avec sa tournée des 40 ans de carrière, il prouve que les « Valses de Vienne » n'ont pas fini de faire danser le public français.