
Avec cet album, Evergrey s'impose dans le domaine très concurrentiel du metal progressif – même si je ne comprends pas pourquoi tout le monde classe le groupe dans cette catégorie. C'est vrai, les morceaux ne sont pas particulièrement longs (entre 4 et 6 minutes) et les constructions restent plutôt linéaires. Il faut donc chercher ailleurs les arguments. Serait-ce la qualité de composition ? Les influences variées qui donnent à Evergrey l'allure d'un melting-pot suédois ? La technicité des musiciens ? Sûrement un peu de tout cela...
Une composition maîtrisée et variée
En effet, la composition est indéniablement le point fort du groupe dont Tom S. Englund est le leader. À l'aise dans de nombreux registres, Evergrey navigue de la ballade planante (I'm Sorry) aux titres speedés et vitaminés (The Great Deceiver), en passant par du heavy fortement gothique (Fragments) ou encore du metal progressif vandenplassien (Recreation Day). Quand on sait que s'y ajoutent des parties néoclassiques (As I Lie Here Bleeding) ou encore des chœurs (The Great Deceiver), on comprend mieux l'envergure du groupe ! Et le pire, c'est que l'exécution suit l'idée sur une majorité de titres.
L'apport du claviériste Rikard Zander
Le nouveau venu aux claviers, Rikard Zander, n'est certainement pas étranger à la bonne évolution du groupe. Il apporte un souffle de fraîcheur dans un univers jusqu'ici très terne. Mais ne vous y trompez pas : Evergrey n'est pas l'équivalent suédois des Musclés – les textes restent pessimistes et traitent souvent de la mort. Cependant, cette noirceur est fort bien compensée par une musique nettement plus optimiste (As I Lie Here Bleeding, The Great Deceiver, Unforgivable, etc.), ce qui contribue à créer une ambiance originale. Pesante, mais originale.
Des titres sombres et des futurs standards
Des titres plus sombres, dans la lignée de In Search Of Truth, sont également présents comme Visions ou Your Darkest Hour. Ces morceaux sont techniquement impressionnants mais ne rivalisent pas avec les futurs standards tels que Recreation Day et son solo de guitare fort sympathique, As I Lie Here Bleeding et son couplet/riff superbes, ou encore The Great Deceiver, parfait pour ouvrir l'album. Un titre comme Blinded, bien qu'il ne soit pas foncièrement mauvais, n'apporte pas grand-chose à la musique d'Evergrey.
Des progrès vocaux remarquables
On soulignera simplement dans ce titre la concrétisation, à son paroxysme, de la plus grande évolution de la bande à Tom : les lignes de chant. Elles sont très variées, originales et, régulièrement, astucieusement doublées à des hauteurs différentes, créant un son impressionnant qui renforce le côté émotionnel de la musique. Et de l'émotion, on en trouve à l'état brut dans la superbe acoustique Madness Caught Another Victim. Les riffs proposés ici ne tombent en aucun cas dans le cliché – on pensera au live acoustique de Ray Wilson. Là aussi, le chant de Tom S. Englund est à l'honneur et, bordel, le bonhomme se défend plus que bien. Quels progrès !
Verdict : un album presque parfait
On regrettera simplement quelques titres un peu plus quelconques (End Of Your Days, I'm Sorry, Your Darkest Hour) qui empêchent le groupe de signer un chef-d'œuvre. C'est dommage car toutes les étapes de la création ont été parfaitement menées : de l'écriture des textes à la réalisation de la pochette et du livret, sublimes. La version digipack à laquelle nous habitue Inside Out est toujours aussi belle. Comme à l'accoutumée, cette version limitée propose une plage bonus. Et pour changer, celle-ci est ÉNORME !! Une sublime ballade au piano, Trilogy Of The Damned, avec un chant (plus un solo de guitare) qui constitue en fait le mix de trois anciens titres d'Evergrey réunis dans une version géniale. Pour ma part, peut-être le meilleur titre de la galette tant le piano nous livre des mélodies envoûtantes de beauté et le chant est efficace.
Et ce piano, vous l'entendrez sur de superbes breaks disséminés sur l'ensemble de Recreation Day (Your Darkest Hour pour le meilleur d'entre eux). La production, qui laisse entendre chaque instrument distinctement, est très bonne sans être monumentale. Un peu à l'image de l'ensemble du disque.