Desireless avec sa coiffure emblématique et une veste blanche devant un fond bleu.
Musique

Desireless : parcours de Voyage, Voyage à la vie sans désir

De "Voyage, Voyage" à sa vie en Drôme, découvrez le parcours de Claudie Fritsch. Entre finances modestes et quête spirituelle, plongez dans l'histoire de Desireless.

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La silhouette est gravée dans les mémoires collectives comme une image d'Épinal des années 1980 : une redingote noire austère, une coupe en brosse géométrique, un regard froid qui transperce l'écran et des lèvres douces qui chantent l'évasion. C'est le visage de "Voyage, Voyage", un titre qui figure parmi les triomphes majeurs de la chanson francophone à l'échelle mondiale, agissant comme un véritable hommage à la découverte qui a enflammé les dancefloors internationaux. Cependant, une contradiction persiste : bien que la mélodie soit instantanément identifiable pour une multitude d'auditeurs, l'interprète reste souvent un mystère, voire une inconnue pour le grand public. Cette analyse ambitionne de lever le voile sur la dame au chapeau, en suivant le cheminement de Claudie Fritsch, devenue Desireless, et en montrant comment une figure pop a su édifier sa vie loin des feux de la rampe.

Desireless avec sa coiffure emblématique et une veste blanche devant un fond bleu.
Desireless avec sa coiffure emblématique et une veste blanche devant un fond bleu. — (source)

Qui est Desireless, l'icône anonyme des années 80 ?

Lorsqu'on évoque l'année 1986 en France, une image visuelle revient immédiatement à l'esprit : celle de cette femme androgyne, silhouette noire sur fond de décors oniriques, qui mime les mots "Voyage, Voyage" avec une gestuelle calculée. Desireless n'est pas devenue une star people au sens classique du terme ; elle est devenue une apparition, une figure symbolique d'une époque où la synthpop française tentait de conquérir le monde. Son anonymat relatif, contrastant avec la popularité massive de son titre, constitue l'un des cas les plus fascinants de tubes français cultes où les stars restent méconnues.

Un tube ubiquitaire, une figure oubliée

Il est difficile de trouver une personne née dans les années 70 ou 80 qui n'ait jamais dansé sur ce riff de synthétiseur entraînant. La chanson a saturé les ondes radio, occupé les dancefloors et servi de fond sonore à d'innombrables soirées. Cependant, si l'on demande au passant moyen de citer le nom de l'artiste, le silence est souvent la réponse. Le phénomène Desireless dépasse la simple reconnaissance artistique pour toucher au fétichisme culturel : on retient le look, la voix grave et singulière, mais le nom de Claudie Fritsch semble s'être effacé derrière l'icône visuelle qu'elle incarnait. C'est le paradoxe de l'interprète qui a trop bien réussi à se fondre dans le personnage fictif, au point que la réalité de la femme qui l'habite est devenue secondaire.

Desireless en col roulé bleu et vêtement rayé coloré.
Desireless en col roulé bleu et vêtement rayé coloré. — (source)

Le portrait saisissant d'une époque

En 2014, le journal Le Point dressait un portrait saisissant de cette artiste qui, malgré le temps qui passe, conserve cette aura unique. La description de la voix et de l'apparence est précise : on y découvre une vocalité qui roule dans les graves avant de s'élancer vers les aigus, portée par une silhouette androgyne sanglée dans une redingote noire, les cheveux verticaux, le regard froid mais les lèvres douces. Ce portrait capture parfaitement l'essence de l'attrait de Desireless : un mélange de distance froide et de chaleur émotionnelle. Ce n'était pas la chanteuse sexy ou l'icône fashion conventionnelle des années 80 ; c'était une présence spectrale, presque inquiétante, qui fascinait par sa singularité. Ce look, soigneusement construit, n'était pas un hasard, mais le prolongement naturel de la personnalité complexe d'une femme qui venait d'un tout autre univers.

Desireless en concert en 2018, fleur rouge dans les cheveux.
Desireless en concert en 2018, fleur rouge dans les cheveux. — (source)

De Claudie Fritsch à Desireless : parcours d'une styliste

Avant d'être l'icône pop au crâne rasé et au regard perçant, Desireless était une jeune femme passionnée par la mode et la création. Née Claudie Fritsch-Mentrop un jour de Noël 1952, à Paris, elle grandit dans une famille d'origine tchèque par son père. Son parcours vers la scène musicale est tout sauf linéaire. Elle quitte le système scolaire dès la classe de Première, pressée de découvrir le monde concret et de s'exprimer autrement que par les programmes académiques rigides. C'est cette soif de création qui la pousse vers les ateliers de couture et de stylisme, un premier terrain d'expression artistique où elle va faire ses armes.

La formation au Studio Berçot et la collection Poivre et sel

Dès 1970, elle s'inscrit au prestigieux Studio Berçot à Paris, une école reconnue pour former les créateurs de demain. Là-bas, elle ne se contente pas d'apprendre à coudre ; elle absorbe les codes de l'esthétique, du style et de la silhouette. Sa créativité débordante ne tarde pas à se concrétiser. Au cours des années 1970, elle lance sa propre collection intitulée "Poivre et sel", qu'elle crée en collaboration avec Claude Sabbah. Cette expérience entrepreneuriale dans le monde de la mode lui permet d'affirmer sa sensibilité artistique bien avant l'arrivée de la musique dans sa vie. On y retrouve déjà ce goût pour l'épure, pour le style qui dénote, et cette volonté de ne pas suivre les sentiers battus.

Desireless en portrait officiel, affichant sa coiffure haute emblématique et portant un blazer blanc.
Desireless en portrait officiel, affichant sa coiffure haute emblématique et portant un blazer blanc. — (source)

Le périple initiatique en Inde

Si la mode a été son premier amour, la spiritualité allait devenir le véritable catalyseur de sa transformation artistique. Au début des années 1980, Claudie entreprend un long voyage en Inde qui va bouleverser sa perception de l'existence. Ce périple n'est pas une simple balade touristique, c'est une immersion dans une culture millénaire qui l'amène à questionner ses priorités. C'est là-bas, au milieu des paysages colorés et des effluves d'encens, qu'elle prend la décision majeure de se consacrer à la musique. Elle racontera plus tard avoir découvert sa quête vers la spiritualité lors de ce périple, une expérience qui a profondément marqué son existence et sa vision de l'art.

Desireless portant une chemise colorée à motif cartoon.
Desireless portant une chemise colorée à motif cartoon. — (source)

"Voyage, Voyage" : la chanson refusée par Michel Delpech

Le destin du tube planétaire repose sur une série de coïncidences et de refus qui auraient pu changer la face de la pop française. La chanson "Voyage, Voyage" n'a pas été écrite spécifiquement pour Claudie Fritsch. Elle est le fruit de la collaboration entre deux auteurs-compositeurs chevronnés, Jean-Michel Rivat et Dominique Dubois. À l'origine, ce morceau entraînant au rythme syncopé était destiné à Michel Delpech, une figure établie de la chanson française. Le chanteur, probablement dérouté par le style synthpop très en vogue à l'époque ou ne se sentant pas en phase avec ce texte à double lecture, refuse le titre. Ce refus ouvre une porte inattendue pour Claudie.

Les artisans du succès : Rivat et Dubois

Jean-Michel Rivat n'est pas n'importe qui dans le paysage musical français. Compositeur pour des géants comme Joe Dassin ou Alain Chamfort, il sait ce qui fait une chanson. Avec Dominique Dubois, il a imaginé "Voyage, Voyage" comme une œuvre capable de transcender les frontières, mélangeant des sonorités exotiques et une mélodie accrocheuse. Lorsque Michel Delpech décline l'offre, la chanson attend son interprète. Claudie, qui faisait alors ses armes dans des bars parisiens avec le groupe Air 89, croise le chemin de Rivat. Le courant passe immédiatement. Rivat voit en cette styliste devenue chanteuse la présence juste pour porter ce texte étrange et fascinant.

Desireless chantant Voyage Voyage sur scène avec un micro.
Desireless chantant Voyage Voyage sur scène avec un micro. — (source)

La double lecture des paroles

Ce qui fait la force de "Voyage, Voyage", c'est cette ambiguïté savamment entretenue par le texte. À la première écoute, on croit entendre une liste de destinations touristiques, évoquant les mers d'Indonésie ou de Chine, et les îles de Polynésie. C'est une invitation à la dérive géographique, honorant la recherche de contrées éloignées. Toutefois, derrière cette façade de guide touristique sonore se cache une portée bien plus lourde de sens. L'œuvre évoque également, et peut-être principalement, un cheminement initiatique et intérieur. Elle fait résonner l'expérience spirituelle vécue par Claudie en Inde. Le refrain, qui invite à voyager plus loin que la nuit et le jour, prend alors une tout autre dimension : celle de l'exploration de soi, du dépassement de ses propres limites.

Numéro 1 mondial, numéro 2 en France : le paradoxe

L'histoire retiendra que "Voyage, Voyage" a été un succès fulgurant, mais les chiffres racontent une histoire encore plus impressionnante et paradoxale. La chanson ne s'est pas contentée de bien faire en France ; elle a conquis le monde avec une violence rare pour un titre francophone. L'exportation de la chanson est un phénomène en soi, prouvant que la musique peut transcender les barrières linguistiques lorsque la mélodie et le rythme sont universels. Pourtant, ironie du sort, son pays d'origine ne lui a jamais offert la place suprême, laissant le titre atteindre la deuxième place du Top 50 sans jamais parvenir à détrôner les numéros 1 successifs de l'époque.

Une carte de visite européenne et mondiale

Le palmarès de la chanson à l'international est vertigineux. "Voyage, Voyage" s'est hissé à la première place des ventes dans douze pays, une performance rare pour un artiste français. On retrouve le titre en tête des charts en Allemagne, en Autriche, en Espagne ou encore en Norvège. Mais c'est dans des contrées plus inattendues que la chanson connaît un succès triomphal, s'implantant durablement au Liban, en Thaïlande ou en Yougoslavie. Dans ces pays, l'image de la dame au chapeau noir est devenue une icône de la pop occidentale des années 80. Ce succès témoigne de la force de l'esthétique de Desireless : cette silhouette androgyne et cette voix glaciale constituaient un marqueur fort qui transcendait la langue française, offrant une fenêtre sur une certaine idée de la France chic et mystérieuse.

La résistance paradoxale de l'Hexagone

Cette montée au pouvoir international contraste singulièrement avec la performance en France, où la chanson a plafonné à la deuxième place. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce paradoxe. Le contexte musical français de la fin des années 80 était saturé par une multitude de tubes disco et pop, et la concurrence était féroce. Peut-être aussi la familiarité avec l'artiste joua-t-elle en sa défaveur : contrairement aux pays étrangers qui découvraient une énigme exotique, le public français voyait peut-être en Claudie Fritsch une compatriote dont la singularité perdait de son pouvoir de fascination. De plus, le marché français a souvent tendance à réserver ses places de numéros 1 à des artistes jugés plus "consensuels" ou à des phénomènes de télé-réalité naissants. Quoi qu'il en soit, ne jamais être numéro 1 dans son propre pays tout en l'étant ailleurs reste une curiosité statistique qui ajoute à la légende du tube.

Desireless sur scène lors du concert "étoiles des années 80" à Sorgues en février 2016.
Desireless sur scène lors du concert "étoiles des années 80" à Sorgues en février 2016. — Marianne Casamance / CC BY-SA 4.0 / (source)

Le clip de Bettina Rheims : esthétique étrange et surprenante

Le succès planétaire du morceau doit beaucoup à son clip vidéo, une œuvre visuelle marquante réalisée par la photographe Bettina Rheims. À l'époque, Bettina Rheims est déjà une artiste reconnue pour ses photographies de nus et de portraits féminins forts. Elle transpose ici son univers singulier dans la vidéo musicale, créant une atmosphère qui a marqué les esprits. Contrairement aux clips énergiques et colorés habituels de la décennie, le vidéoclip de "Voyage, Voyage" se déroule dans un décor fermé, une grande salle qui évoque tantôt un château abandonné, tantôt un hôpital psychiatrique. C'est un lieu de transition, de passage, qui sert d'écrin à une galerie de personnages hauts en couleur.

L'apparition surprenante de David Caruso

L'une des anecdotes les plus surprenantes entourant ce clip concerne la présence d'un acteur américain alors inconnu du grand public : David Caruso. Âgé de seulement 30 ans à l'époque, il apparaît dans la vidéo aux côtés de personnages bizarres. Quelques années plus tard, il deviendra une star mondiale de la télévision, notamment grâce à la série "CSI : Miami". Retrouver ce protagoniste mythique de la série télévisée des années 2000 au cœur d'un vidéoclip pop français des années 80 provoque un anachronisme pour le moins surprenant. Avec sa chevelure ébouriffée de l'époque, Caruso s'inscrit dans cette collection de figures singulières qui habite l'esthétique visuelle de Desireless, renforçant paradoxalement l'aspect onirique de l'œuvre.

Le désaccord de l'artiste sur la mise en scène

Malgré le succès esthétique indéniable du clip, Desireless elle-même a toujours gardé une distance critique vis-à-vis de cette réalisation. Elle a confié se sentir peu impliquée dans le processus créatif, évoquant une expérience où elle ne prenait aucune décision et où on lui demandait des choses qui ne lui correspondaient pas forcément. Elle explique que si le look vestimentaire du personnage, notamment la redingote noire, était le sien, l'univers des personnages l'entourant lui était totalement étranger. Elle reconnaît tout de même que cette tension a probablement servi la chanson, créant une impression de malaise qui a intrigué le public.

Desireless chantant Voyage Voyage en Allemagne en 1987.
Desireless chantant Voyage Voyage en Allemagne en 1987. — (source)

"Desireless" : quand le nom devient philosophie de vie

Le pseudonyme "Desireless" n'est pas un nom choisi au hasard dans un dictionnaire pour son élégance sonore. Il possède une signification littérale en anglais : "sans désir". C'est Jean-Michel Rivat, son producteur, qui a proposé ce nom pour cristalliser l'image androgyne et mystérieuse que Claudie Fritsch commençait à adopter. Au-delà de l'aspect marketing, ce nom allait finir par résumer à lui seul la trajectoire existentielle de l'artiste. Il évoque le détachement, cette capacité à observer le monde sans éprouver la soif de la possession, une notion qui résonne profondément avec les enseignements spirituels qu'elle a glanés lors de son voyage en Inde.

La vision involontaire de Jean-Michel Rivat

C'est un paradoxe amusant que le nom le plus emblématique de sa carrière ait été trouvé par quelqu'un d'autre. Claudie admet volontiers que ce n'est pas elle qui a choisi ce nom, mais son producteur Jean-Michel. Pourtant, avec le recul, elle reconnaît que ce choix a porté en lui une forme de prescience. Elle explique qu'il a été un petit peu visionnaire parce que, en fait, ça la représente de plus en plus, c'est-à-dire le détachement et le fait de ne rien vouloir posséder. Ce qui n'était au début qu'un artifice de scène pour créer un personnage de chanson pop est devenu, au fil des décennies, une véritable description de son état d'esprit.

L'androgynie comme reflet du détachement

Le nom "Desireless" trouvait sa traduction visuelle parfaite dans le look androgyne que Claudie a adopté. La coupe de cheveux en brosse, les vêtements noirs et stricts, l'absence de fioritures féminines conventionnelles : tout concourait à créer une figure qui ne cherchait ni à séduire, ni à plaire, ni à être possédée. L'androgynie n'était pas ici une provocation sexuelle, mais un masque permettant de supprimer les repères habituels du désir. En effaçant les marqueurs de genre, Desireless se plaçait en dehors du jeu de la séduction habituel des stars de variété. Elle devenait un observateur neutre, une voix venue d'ailleurs, incarnant parfaitement l'idée de contempler le monde sans y projeter ses propres désirs matériels.

2000 euros par an : la réalité financière du tube

Derrière le mythe du succès planétaire se cache une réalité économique beaucoup plus prosaïque et parfois cruelle. Le monde de la musique est souvent impitoyable envers les interprètes qui ne sont pas auteurs ou compositeurs. Pour Desireless, le phénomène "Voyage, Voyage" ne s'est pas traduit par une fortune personnelle colossale. Au contraire, les revenus qu'elle tire de ce tube monstre restent modestes, de l'ordre de 2000 euros par an, une somme dérisoire au regard de la diffusion mondiale du morceau. Cette situation l'a conduite à faire des choix professionnels dictés par la nécessité plutôt que par la seule passion artistique.

La distinction entre interprète et auteur

La raison principale de cette situation financière tient dans la répartition des droits d'auteur. Dans l'industrie musicale, la part du lion revient aux créateurs des paroles et de la musique. Claudie Fritsch est l'interprète, celle qui prête sa voix et son image, mais elle n'a pas écrit les paroles ni composé la mélodie de "Voyage, Voyage". Pourtant, ce sont précisément ces droits d'auteur qui garantissent les revenus durables, en particulier lors des passages à la radio ou des usages publicitaires. Elle ne touche, pour sa part, que les droits voisins liés à son statut d'interprète, lesquels sont considérablement moindres. Son constat est sans appel : si elle était auteure et compositrice, elle serait très riche.

La participation à la tournée Stars 80

C'est cette fragilité financière qui l'a poussée à participer à la célèbre tournée "Stars 80" lors de l'édition 2008. Cette tournée, qui rassemblait une multitude de stars des années 1980 sur les scènes de France et de Belgique, a connu un franc succès auprès du public. Néanmoins, pour Desireless, sa participation à cette affiche n'était pas motivée par une nostalgie des fastes du passé, mais répondait avant tout à une nécessité pécuniaire. Elle a accepté de remonter sur scène pour interpréter son tube face à un public en fête principalement pour gagner sa vie. Il n'y a là ni amertume ni regret apparent, simplement une lucidité tranquille sur la réalité de son métier.

Desireless lors d'un concert à Sorgues en 2016, coiffée d'une fleur rouge et vêtue d'un habit coloré.
Desireless lors d'un concert à Sorgues en 2016, coiffée d'une fleur rouge et vêtue d'un habit coloré. — Marianne Casamance / CC BY-SA 4.0 / (source)

1995 : le grand départ vers la Drôme provençale

Longtemps avant la tournée Stars 80, Desireless avait déjà opéré un virage radical dans sa vie, loin des feux de la capitale. En 1995, alors que sa carrière musicale pouvait encore lui offrir des opportunités dans le milieu du show-business parisien, elle prend une décision définitive : elle quitte la région parisienne. Ce départ n'est pas un coup de tête, mais l'aboutissement d'une lente maturation. Elle choisit de s'installer au cœur de la Drôme provençale, une région plus sauvage, baignée de soleil et de silence, où elle achète une maison entourée d'oliviers. C'est le début d'une nouvelle vie, ancrée dans la terre et le calme.

Une existence simple au rythme de la nature

Sa vie dans la Drôme est aux antipodes du tumulte des studios d'enregistrement et des plateaux de télévision. Là-bas, Claudie se consacre à des occupations beaucoup plus terre-à-terre. Elle cultive son potager, s'occupe de ses oliviers et vit au rythme des saisons. C'est une existence simple, authentique, loin des artifices du monde de la nuit qu'elle a fréquenté pendant près d'une décennie. Ce retour à la nature lui permet de renouer avec l'essentiel, loin de la pression incessante de l'image et de la performance. Elle trouve dans l'agriculture et le jardinage une paix qu'elle n'avait jamais connue dans les hauts lieux de la musique pop.

La fuite du stress médiatique

Ce départ pour la campagne n'est pas une retraite précipitée, mais une fuite réfléchie et nécessaire. Elle explique avoir décidé en 1995 de fuir le monde du show-business parce qu'elle vivait en région parisienne et qu'elle n'en pouvait plus de tout le stress que nous impose ce milieu. Ce besoin d'évasion rejoint la philosophie de son nom de scène, "Desireless". En quittant le système, elle réalise concrètement ce détachement qu'elle chantait quelques années plus tôt. Il y a une belle cohérence entre l'artiste qui prônait le voyage intérieur et la femme qui choisit de s'ancrer dans un lieu pour se retrouver elle-même.

Desireless aujourd'hui : entre électro, poésie et écriture

Loin d'être une artiste figée dans le passé, Desireless continue de créer et d'explorer de nouveaux horizons artistiques. Depuis 2011, elle travaille en étroite collaboration avec le producteur electro Valfeu, de son vrai nom Antoine Aureche. Ce duo a permis à sa voix singulière de se réinventer en s'associant aux sonorités modernes et minimalistes de l'électro contemporain. Elle refuse de n'être qu'une relique des années 80 et utilise sa plateforme actuelle pour proposer des œuvres plus personnelles et expérimentales, loin des standards de la variété commerciale.

La collaboration avec Valfeu

La rencontre avec Valfeu marque un renouveau important pour sa discographie. Ensemble, ils créent une musique qui n'a rien à envier aux productions actuelles, mariant la voix grave et cérébrale de Claudie à des beats électroniques sombres et envoûtants. Cette collaboration lui offre une liberté créative qu'elle n'avait peut-être pas connue à l'époque de son sacro-saint tube. Elle n'est plus obligée de correspondre à une image de marque précise pour satisfaire les maisons de disques. Elle peut explorer des thèmes plus sombres, plus poétiques, et ainsi reconnecter avec cette sensibilité artistique qui était la sienne bien avant "Voyage, Voyage".

Le regret d'un public enfermé dans le passé

Malgré cette richesse créative continue, Desireless reste consciente que pour le grand public, elle restera à jamais la dame de "Voyage, Voyage". Elle exprime une forme de mélancolie face à cette étiquette qui colle à la peau. Dans une interview au Parisien, elle confiait faire ce qu'on lui propose, mais qu'elle préférerait proposer de l'authentique et du différent. Elle a d'autres facettes qu'il n'a malheureusement que très peu l'occasion d'entrevoir. Elle évoque avec passion son amour pour le jazz, la bossa-nova et l'improvisation, des genres musicaux qui l'inspirent profondément mais qui restent en marge de l'image que le public retient d'elle.

Conclusion : le voyage continue

Le parcours de Claudie Fritsch-Mentrop, de la mode à la musique, des podiums parisiens aux oliviers de la Drôme, est une trajectoire aussi singulière que fascinante. Elle a connu le succès planétaire avec "Voyage, Voyage", tout en parvenant à préserver son intimité et son intégrité. Aujourd'hui, le pseudonyme "Desireless" est bien plus qu'un souvenir des années 80 : il est devenu le synonyme d'une philosophie de vie, celle du détachement et de l'authenticité. Loin d'être une simple "one-hit wonder" anonyme, elle s'est construit une existence riche et cohérente, prouvant que le plus beau voyage n'est peut-être pas celui que l'on fait autour du monde, mais celui que l'on fait vers soi-même.

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Questions fréquentes

Qui a refusé la chanson Voyage Voyage ?

Initialement destinée au chanteur Michel Delpech, la chanson a été refusée par ce dernier. Elle a ensuite été proposée à Claudie Fritsch, qui l'a interprétée avec succès.

Pourquoi le nom Desireless a-t-il été choisi ?

Ce nom, signifiant "sans désir" en anglais, a été proposé par son producteur Jean-Michel Rivat pour cristalliser l'image androgyne de l'artiste. Il reflète par la suite sa philosophie de détachement.

Quels revenus tire Desireless de son tube ?

Ne touchant que les droits d'interprète et non ceux d'auteure, elle perçoit environ 2000 euros par an. Cette modestie financière l'a poussée à participer à la tournée Stars 80.

Quel acteur américain apparaît dans le clip ?

C'est l'acteur David Caruso, alors inconnu, qui apparaît dans le clip réalisé par Bettina Rheims. Il deviendra plus tard une star mondiale grâce à la série "CSI : Miami".

Où Desireless vit-elle aujourd'hui ?

Elle a quitté la région parisienne en 1995 pour s'installer en Drôme provençale. Elle y mène une vie simple, proche de la nature, loin du stress du show-business.

Sources

  1. fr.wikipedia.org · fr.wikipedia.org
  2. 7zic.fr · 7zic.fr
  3. fr.wikipedia.org · fr.wikipedia.org
  4. journaldesfemmes.fr · journaldesfemmes.fr
  5. leparisien.fr · leparisien.fr
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Noémie Garbot @fresh-sounds

Je trouve les artistes avant qu'ils explosent, c'est mon superpouvoir. Étudiante en musicologie à Montpellier, j'écume SoundCloud à 2h du mat' pour dénicher la prochaine pépite. Mon algorithme Spotify est complètement cassé à force de lui faire écouter des trucs obscurs. Je vais à tous les concerts de petites salles, je connais les programmateurs par leur prénom. Quand un artiste que j'ai découvert passe à la radio, je dis « je l'écoutais avant » sans aucune honte.

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