
L'album Reality de David Bowie, tant porté aux nues par la presse internationale, déboule enfin dans les bacs. Alors, qu'a-t-il vraiment dans le ventre ? Pour résumer, disons que Reality est intéressant par ses superbes titres (dont les deux reprises) mais est terni par quelques chansons moyennes voire mauvaises (Reality, She'll Drive The Big Car). De plus, la diversité des morceaux composant l'album est saisissante, mais le fil conducteur reste bien entendu la façon unique de chanter du beau David, systématiquement au top.
Titres rock conventionnels : un Bowie en terrain connu
De façon générale, une grande partie des titres de Reality ne se mouillent pas trop et sont conventionnels à mourir. New Killer Star est un titre rock comme David Bowie en a déjà fait des dizaines. La remarque est également valable pour She'll Drive The Big Car ou Fall Dog Bombs The Moon. Attention, loin de moi l'idée de présenter ces titres comme mauvais : ça reste du très bon pop rock ; simplement, on a été habitués à mieux de la part de l'Anglais. Les arrangements restent très standards et peu entraînants. Seul Fall Dog Bombs The Moon est quelque peu original avec une intro très grunge/rock indépendant. Le refrain est lui aussi vraiment stéréotypé, à l'image de celui de New Killer Star. Ce morceau tente de masquer l'absence d'originalité par une abondance d'effets assez énervants...
Les reprises sublimes : Pablo Picasso et Try Some, Buy Some
David Bowie est un habitué des reprises et sur Reality, il nous en sert deux vraiment sublimes : Pablo Picasso (écrite par Jonathan Richman) et Try Some, Buy Some (écrite par George Harrison). Cette dernière est un sommet de Reality. L'interprétation de Bowie est en tout point remarquable, et le texte de George est magnifique. Les arrangements sont ici excellents et la progression à travers les couplets jusqu'au refrain est tout à la fois épique, lyrique et grandiose. David Bowie s'est parfaitement approprié la chanson pour la transcender littéralement.
Pablo Picasso transforme également l'essai sans heurt. Là où Try Some, Buy Some était plutôt une ballade, Pablo Picasso est une chanson rock endiablée au refrain mémorable. Sans débauche d'artifice, cette chanson présente en quelques minutes tout ce qui est attrayant chez Bowie : les couplets frénétiques, un sens inné de la mélodie et des arrangements, et enfin un refrain fédérateur.
Les compositions intimistes de Bowie : Days et Bring Me The Disco King
Du côté de ses propres chansons, Bowie convainc surtout dans le domaine des titres intimistes (Days, Bring Me The Disco King). Les chansons rock sont nettement en retrait à l'exception de Never Get Old, la chanson de la pub pour une célèbre eau minérale. Sa grande force est encore une fois le refrain ; on se sent transporté dans les anciens albums du bonhomme, une sorte d'auto-hommage qui aboutit au meilleur titre de cet album !
En ce qui concerne les deux chansons minimalistes dont je parlais plus haut, Days se la joue unplugged et repose entièrement sur la maîtrise des variations de chant du roi David. Si l'on peut lui reprocher un côté légèrement « vieux machins », Days est tout de même une belle chanson pop qui fera un bon générique de série !
On lui préférera tout de même la fabuleuse Bring Me The Disco King et son ambiance piano bar. Cette chanson me fait penser à du Nick Cave And The Bad Seeds car elle possède les mêmes qualités : un texte soigné, une mélodie portée discrètement par le piano et un chanteur qui module à la perfection ses vocaux. Avec une atmosphère teintée de noir (comme sur The Loneliest Guy), ce titre est la meilleure façon de terminer un album rempli de surprises qui navigue constamment entre les différentes époques de la musique de son créateur. Quand un artiste aussi établi après plus de trente ans de carrière parvient encore à surprendre, le fruit de son travail ne peut être mauvais...
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