
Commençons par le commencement : pour les chanceux qui ne le connaîtraient pas encore, David Gilmour est LA voix et LA guitare du mythique groupe de rock anglais : Pink Floyd.
Je vais essayer de ne pas trop parler de Pink Floyd, mais je suis obligée de retracer, de manière honteusement courte, l'histoire du groupe. Pink Floyd ! Ce groupe phare. Mais de quelle époque ? En effet, difficile de coller une époque sur leur dos puisque leur carrière (je ne m'attarderai pas sur les changements de line-up et autres procès ridicules) s'étend de 1966 à 1981 pour le dernier concert du Floyd « original », disons-nous. Ensuite, des carrières solo et des petits concerts en duo. (Mis à part le Live Aid de juillet 2005 ! Et oui, cela faisait 24 ans qu'ils n'avaient pas joué tous les quatre ensemble !)

Pink Floyd : les membres et l'histoire
- Syd Barrett (chanteur, guitariste) remplacé en 1968 par son ami David Gilmour (chanteur, guitariste)
- Roger Waters (basse)
- Nick Mason (batterie)
- Richard Wright (claviers)
Presque fondateurs du mouvement psychédélique qui emplissait les nuits londoniennes, ils se sont démarqués grâce à leur son expérimental planant, presque extra-terrestre à l'époque, avec un parolier comme Syd Barrett et leurs effets de lumières produits lors des lives. Une longue ascension dans le psychédélique, un essai symphonique, des bandes originales de films… Pink Floyd touche un peu à tout, expérimente, se cherche.
C'est en 1971 que naît l'album Meddle avec, pour clôture, le plus beau morceau de l'histoire du « Flamant Rose » : « Echoes », véritable histoire sonore planante, jouissive, déjantée… Ici, Pink Floyd pose ses marques. Difficile de faire mieux ? Accrochez-vous, car comme dirait Toto, « c'est reparti pour un tour ! ». Et quel tour !
Une entreprise folle, un voyage vers « le côté sombre de la lune ». En 1973 sortait le testeur de chaînes hi-fi incontournable, le summum de la perfection : The Dark Side of the Moon. Impossible que vous n'ayez jamais vu cet album (j'ai constaté récemment avec effroi qu'on pouvait ne pas l'avoir écouté, mais c'est une autre histoire). Tout le monde a déjà vu ce prisme sur fond noir, encore une image phare d'Hipgnosis (Storm Thorgerson).
Ce bijou, un concept-album d'une durée de 44 minutes, sorti tout droit de leurs esprits anti-cléricaux, anarchistes, révolutionnaires, pimentés, toujours pleins d'humour, mais surtout d'incompréhension envers l'attitude des hommes entre eux. Le thème de la mort, de la peur, de l'argent, du sexe et de l'asservissement y sont rois. Cet album de légende restera (accrochez-vous bien) plus de 14 ans et 3 mois au TOP 200 US ! (Record absolu). Un album qui ne peut pas vieillir de par son message universel, s'adaptant à chaque nouvelle génération.
Pour moi, l'histoire du Floyd ne va pas beaucoup plus loin. Il y a de très bons morceaux dans les albums suivants, notamment « Shine On You Crazy Diamond » de l'album Wish You Were Here qui sortira deux ans plus tard, en 1975. Puis, même si je ne l'aime pas trop, l'album The Wall (1979), qui par ses textes plus qu'engagés (mais peut-être trop personnels à Roger Waters qui règle ses comptes, à mon avis) a sûrement fait trembler le mur de Berlin et le cœur de milliers de fans.

David Gilmour : l'album "On an Island"
Mais revenons à nos moutons. David Gilmour vient de sortir son 3e album solo : On an Island. Malgré ce qu'il avait pu confier à France Inter en 2002, notre homme est bien reparti pour une tournée mondiale. Certes pas très chargée, mais David nous a fait le plaisir de faire deux dates françaises : le 15 mars au Grand Rex et le 16 mars à l'Olympia, auquel j'ai eu le privilège et la chance de pouvoir assister.
Nombre restreint de places (2 500 ou 3 000 pour l'Olympia) et prix très élevé (j'ai payé ma place en catégorie 1 : 95 €). Les places sont parties en 24 ou 48 heures ! Il est important de noter que Mamie-Lij avait perdu sa place de concert (ça n'arrive qu'à moi) et que j'avais donc fait faire un duplicata que je devais aller chercher avant le concert.

Avant le concert : mon périple parisien
09h05 : Mon train part de Rennes.
11h10 : Le TGV arrive à la gare Montparnasse. Souvenirs, souvenirs… La dernière fois que j'étais dans cette gare, on avait un Mooa, un DjiHem et un TofVW qui courraient comme des abrutis derrière le train dans lequel Lolhiphop et moi repartions pour notre belle Bretagne.
Je sors donc du train et je suis aussitôt assaillie par les syndicats étudiants. Lij avait oublié que c'était jour de grève nationale : le quartier était en effet envahi de milliers de lycéens et d'étudiants venus des quatre coins de la France. Trop short pour voir DjiHem, et Léfélante qui veut pas me voir, je passe quelques heures à la Fnac de la rue de Rennes (vous me croyiez ou non, mais j'ai rien acheté !).
18h00 : Je rejoins une amie et nous allons dans le Quartier latin. Elle s'occupe de combler mon manque de connaissances parisiennes. On décide d'aller prendre des photos de la manif, à Sèvres Babylone, puis on se fait encercler par les CRS après qu'un kiosque ait été littéralement brûlé. Les bombes lacrymogènes pleuvent ! On court, écharpe sur la tête, jusqu'à la bouche de métro. Les portes se referment juste derrière nous ! Complètement assommées par les lacrymos, on décide d'aller boire un petit coup (qui a dit qu'à chaque fois que Lij va à Paris, elle traîne dans les bars ?!).
Mon amie doit rentrer, elle m'explique comment traverser la ville en métro pour rejoindre l'Olympia. Me voilà dans le métro, quelques changements un peu hasardeux, et je me retrouve après quelques péripéties devant les beaux néons rouges de l'Olympia où trône le nom de David Gilmour. Dans la rue, des gens hurlent pour qu'on leur vende des places, d'autres en dissimulent sous leurs manteaux.
Je passe par quatre agents de sécurité pour enfin récupérer mon duplicata dans une jolie enveloppe à mon nom. J'entre dans la salle… La vache ! Ça n'arrive pas tous les jours ! Ouvre bien tes yeux et tes oreilles, ma grande ! Grâce à ma folie et ma chance, j'hérite d'une place de choix : rang 10, place 29, en catégorie 1, ce qui veut dire que je suis à entre 10 et 15 mètres de la scène. Deux rangs devant moi, un charmant internaute d'un forum consacré au Floyd, rencontré sur la toile quelques mois auparavant. Un sourire amical, une poignée de mains, puis chacun se retourne et observe ce lieu théâtral. Il reste une bonne demi-heure à attendre. Je suis rentrée presque première dans la salle, tellement peur d'être à la bourre…

Le concert : premier acte
20h30 : La salle est désormais pleine à craquer. Devant moi, des Italiens (et forcément, le plus grand se met JUSTE devant moi), derrière, des Canadiens, à gauche, des Anglais…
Puis… Les lumières s'éteignent et le silence se fait (difficilement, mais se fait). Le sol tremble et un tonnerre d'applaudissements éclate. David Gilmour entre sur scène, serein, un énorme sourire aux lèvres. Il commence à parler en français (car il parle très bien français), blague avec le public, puis le concert commence avec les premiers titres de son nouvel album.
Bon, moi j'y suis surtout allée pour Gilmour, pas vraiment pour son dernier album que je trouve un peu plat, même si assez planant, sans réelle personnalité à mon goût. Et au vu de ses derniers concerts que j'avais vus en DVD, je ne m'attendais pas à un concert d'anthologie. C'était plutôt pour le symbole que j'étais là.
Et pourtant… Bien plaisant, ce nouvel album ! De bons éclairages, quelques bons riffs. Et puis, de toute façon, j'étais scotchée, essayant de réaliser ce qui était en train de m'arriver. Et tiens, qui voilà ? Une tête connue ! Oh mais c'est ce cher Rick Wright (claviériste de Pink Floyd) qui fait une entrée triomphante sur scène ! Il nous chante une petite chanson avec David. Et le début des réjouissances a commencé lorsque cette chanteuse est arrivée sur scène.
Je me suis dit : « Non, quand même pas ?! Ils vont pas le faire !! » Et bah si ! Au bout de la quatrième chanson, on nous balançait un énooorme « The Great Gig in the Sky » dans les pattes ! Et croyez-moi, on y était tous au ciel ! Tandis qu'un flot de larmes ruisselait sur mes joues… Inoubliable. Ce morceau est quasi-ininterprétable. Il faut savoir que lors de l'enregistrement, la chanteuse Clare Torry avait fait ce qu'on appelle en arts plastiques une performance : un truc unique. (Enfin, écoutez l'album The Dark Side of the Moon et vous comprendrez.) Elle s'en est super bien tirée !
Échange fabuleux entre le public et Gilmour, mais également entre lui et les musiciens. Il se retournait souvent pour leur sourire. Ça faisait plaisir à voir, surtout à écouter, car notre David était en forme olympique pour l'Olympia ;)
Présentons-les un peu, ces musiciens : Guy Pratt à la basse, Jon Carin aux claviers, deux anciens qui les suivent depuis A Momentary Lapse of Reason (1987). Mais également le guitariste Phil Manzanera qui a également co-produit On an Island. Sans oublier le légendaire Dick Parry, qui nous a fait une entrée fracassante ! Dick Parry, c'est LE saxo de Dark Side ! (Un pote engagé un peu par hasard au début et qui finalement les a suivis tout au long de leur carrière.) Je ne savais pas qu'il serait présent ce soir-là, ça a été une sacrée surprise pour moi ! Même David nous a fait un peu de saxo !
Bon, moi j'en profite pour prendre quelques photos (floues) et vidéos (sans son), mais bon, c'est déjà ça. Les éclairages sont à couper le souffle… Du Floyd ! Du FLOYD !! Moi qui pensais ne trouver que du Gilmour (ce qui était déjà énooorme), eh bien là, j'ai eu du Floyd :)
Haha, oui, mais là c'est l'entracte, et la petite Lij est encore loin, très loin, de s'imaginer ce qu'elle va se manger après !!

Le concert : deuxième acte
22h30 : Entracte. Cigarette en coup de vent, SMS envoyé pour dire que j'aurais aimé que telle personne assiste à ce concert avec moi. J'en reçois un de ma mère qui me dit : « T'as de la chance, profite bien, on aimerait tous être avec toi. » Juste le temps de retrouver mon siège et d'avoir repris mes esprits après ce set palpitant, les lumières s'éteignent… Puis se rallument sur les inhumaines premières notes de « Shine On You Crazy Diamond » !
Là, je suis en extase. Une de mes chansons préférées, des textes démoniaques… Puis tout d'un coup, David dit un truc et tout s'arrête. Visiblement, un instrument ne marchait pas ou était mal branché. Et oui, même les stars du rock ont le droit à ce genre de petites surprises ! C'est avec joie qu'on a remis le couvert avec une deuxième couche de « Shine On… ». Bon, là, pas de commentaires : une puissance orgasmique, un truc qui venait d'une autre planète. Je bois les paroles goulûment. Cette version n'a rien à voir avec la version de 2001 qu'il avait dénaturée en changeant la mélodie du refrain (c'est personnel), mais là, c'était le Shine On de 75 : vivant, sincère, beau, quoi !
Puis, après quelques airs qui traînent dans mes oreilles depuis des années, vient le grand « Fat Old Sun », écrit par Gilmour pour l'album Atom Heart Mother (1971). (Impossible de le louper, c'est ce fameux album de Pink Floyd avec une vache sur la pochette.) Déjà en piteux état après ce moment magique, il a voulu nous achever, je crois.
Des spots s'allument, puis s'éteignent. Je crois entendre mon cœur battre… Mais non, ce n'est pas possible, mon cœur s'est arrêté de battre il y a bien longtemps déjà. Non, ces pulsations qui éveillent mes sens ne sont rien de plus que l'intro de « Breathe » (intro également de The Dark Side of the Moon). Alors là, c'est 3 000 personnes qui hurlent de joie, c'est la folie ! David se marre comme une baleine. Je pense à mon père : il s'est bien foutu de moi quand je lui ai dit que j'allais voir Gilmour en concert. Pour lui, le Floyd est mort il y a trente ans, mais là, j'aurais voulu qu'il soit avec moi. Sûr que ça lui aurait plu !
Histoire d'enfoncer un peu plus le clou (mais qu'est-ce que ça fait du bien !), on enchaîne illico sur un « Time ». Héhé, oui, là on joue dans la cour des grands. Indescriptible. Des effets de lumières bluffants. On était tous en 1973 ! Pourquoi s'arrêter en si bon chemin alors qu'on peut embrayer sur un « Breathe Reprise » (comme dans l'album) ?
Puis, après un tonnerre — que dis-je, un ouragan — d'applaudissements, le doux son d'une cloche se fait lentement entendre. Non, ce n'est pas la fin du concert, pas encore, mes amis. Cette cloche est unique : c'est l'intro de « High Hopes », de l'album The Division Bell (1994). Après avoir chanté et pris des milliards de couleurs dans les yeux, la musique s'arrête. J'essaie tant bien que mal de me ressaisir. Je n'en reviens pas : ces chansons avaient rarement été jouées depuis la séparation du groupe (du moins pas en aussi condensé !). Haha, oui, mais à ce stade, je suis encore bien naïve, je suis loin de me douter de ce qui va m'arriver.
Et puis… Un son de goutte d'eau qui tombe sur du métal. Un sonar. Un… Echo… Putain, OMFG ! Damned ! Impossible ! Mais pourtant bien réel : « Echoes ». Ils nous faisaient « Echoes » !! MA chanson préférée, tout Floyd confondu. C'est parti pour 30 minutes d'extase, de rêve, d'utopie, d'albatros… « Everything is green and submarine. » Je ne pourrai même pas vous décrire l'état de mon cerveau (si cerveau j'avais à ce moment). J'ai dû mourir et renaître un bon nombre de fois pendant ces 30 minutes indescriptibles.
Et puis, fini. David et les autres quittent la scène après quelques blagues et de chaleureux remerciements. Mais nous, public floydien, ne sommes pas fous : nous n'allons pas laisser nos héros partir si vite. Après un rappel de malade, ils reviennent sur scène sous une avalanche de hurlements. Tout le monde debout. Et histoire de finir en beauté, un petit « Wish You Were Here » et « Comfortably Numb » en rappel, ça fait toujours plaisir :)
Je suis sortie de là en zombie. Je n'étais plus la même. Il m'a fallu ruser pour réussir à sortir de l'Olympia, envahi par les vendeurs de T-shirts et posters. Il est minuit et demi. Après avoir galéré pour trouver la station de RER, je me pose sur une banquette en partance pour Saint-Germain-en-Laye où on m'attend. Dans le RER, face à moi, un couple un peu chelou avec qui on a parlé Floyd. Ils m'ont fait comprendre la chance que j'avais eue d'assister à un tel événement. Et j'approuve. Ça n'arrive qu'une fois dans une vie, une chose pareille. Je me suis imprégnée du meilleur souvenir possible.
Un guitariste hors pair, un concert d'une qualité auditive et visuelle dépassant toutes les limites du réel. Cet article est le ressenti d'une fan du Floyd qui a grandi avec eux, qui s'est forgé sa personnalité grâce à eux, et qui a vécu une chose mémorable.
J'espère que ça vous a plu.

Set-list du concert de David Gilmour
Première partie :
- Castellorizion
- On An Island
- The Blue
- The Great Gig In The Sky
- Red Sky At Night
- This Heaven
- Then I Close My Eyes
- Smile
- Take A Breath
- A Pocketful Of Stones
- Where We Start
Deuxième partie :
- Shine On You Crazy Diamond
- Wot's… Uh The Deal
- Wearing The Inside Out
- Fat Old Sun
- Breathe / Time / Breathe Reprise
- High Hopes
- Echoes
Rappels :
- Wish You Were Here
- Comfortably Numb

Discographie de Pink Floyd
Avec Roger Waters :
- The Piper At The Gates Of Dawn (1967)
- A Saucerful of Secrets (1968)
- More (1969)
- Ummagumma (1969)
- Atom Heart Mother (1970)
- Relics (1971)
- Meddle (1971)
- Obscured By Clouds (1972)
- The Dark Side Of The Moon (1973)
- Wish You Were Here (1975)
- Animals (1977)
- The Wall (1979)
- The Final Cut (1983)
Sans Roger Waters :
- A Momentary Lapse Of Reason (1987)
- The Division Bell (1994)
- Pulse (1995) (Live)
- Echoes (2001) (Compilation)
« I've been mad for fucking years, absolutely years, been over the edge for yonks, been working me burns off for bands »
« I've always been mad, I know I've been mad, like the most of us… Very hard to explain why you're mad, even if you're not mad… »