
Néanmoins, toutes les vagues atteignant un maximum, il est naturel de chercher le sommet du ridicule dans le show-biz. Trouvé ! Le summum du pitoyable est atteint par la conversion musicale pour le moins douteuse de Clara Morgane.
La porn-star s'est mise au chant, attitude qui trahit un côté suicidaire. Chanter des horreurs aussi légères alors que des critiques aux plumes assassines existent revient à se barbouiller de sang de porc avant de sauter dans une piscine à crocodiles. En effet, comme on s'y attendait, son entrée en matière dans ce domaine réservé aux cordes vocales les plus méritantes est spectaculairement ratée à cause de son duo à la nullité dantesque avec Lord Kossity. Mais... À qui la faute ?
Des paroles insipides
Les maisons de disques exigent-elles un manque de créativité et de talent ? Les paroliers des chanteurs à succès trouvent-ils leur diplôme dans des paquets de lessive ? Ce sont les seules malheureuses hypothèses pouvant justifier de près ou de loin la qualité inexistante des paroles actuelles.
Dans ces kilomètres de papier toilette qui se veulent R'n'B-istement artistiques, ce ne sont certainement pas les textes de Clara qui s'imposeront tels de précieux parchemins égyptiens. Les paroles qu'on lui offre de chanter volent aussi haut que les répliques dans ses films, c'est dire. Le jeu de séduction est aux paroles de R'n'B ce que le « oh oui » est au scénario classé X : commun et lassant.
Non contents de choisir un thème vu et revu, les paroliers ont décidé d'ériger une forme à l'image du fond : pitoyable. Forme qui ne remplit en aucun cas le creux du fond. Charles Baudelaire a dit :
« Parce que la forme est contraignante, l'idée jaillit plus intense. »
Sublimer la forme lexicale était le dernier recours pour gratifier cette chanson d'un semblant de relief, chance que les paroliers ont bêtement laissé filer. Les rimes sont donc navrantes...
Couplets de Clara Morgane
« J'aime les regards que tu glisses sur moi » — Les regards atrocement semblables à l'expression oculaire d'un obèse au régime devant un hamburger sont jouissifs, notez Messieurs... !
« mais je ne suis pas celle que tu crois » — Crois et moi, deux fins de « vers » d'une facilité vomitive propre à faire retourner Baudelaire (encore !) dans sa tombe.
« Je ne suis pas un ange » — De la part d'une porn-star, force est d'avouer que cela n'a rien de fortement surprenant.
Couplets de Lord Kossity
Ce ne sont certainement pas les couplets de Lord Kossity qui sauvent les apparences — s'attendre à autre chose de la part de l'interprète de « Hey Sexy Wow » serait naïf, quand même ! Son refrain est sinon plus, aussi déplorable que celui de sa « Clara baby doll ».
« Si t'es superficielle tu ne tiendras pas la distance » — Que c'est déconcertant de voir un homme pour qui la beauté intérieure est associée inévitablement à l'épilation pubienne parler de superficialité...
« C'est vrai que je te trouve jolie, jolie » — Tellement jolie que tu bégayes ?
« J'aimerais bien te caresser jusqu'à l'agonie, gonie » — Admirez la coupure stratégique.
« C'est pas une question d'money, money » — N'essayez pas de chercher une logique, il n'y en a pas.
« Lord Ko et Clara Morgane au cro-mi, cro-mi » — Lord Ko, lauréat du prix de la rime la plus teuz-mi.
L'identité des paroliers de cette chanson n'est pas dévoilée sur Internet, hélas ! Si vous trouvez, faites-moi signe.
Un clip plein de clichés
Le clip « sulfureux » réunit plus de clichés à lui seul que la très intelligente blonde Paris Hilton elle-même. Les tons chauds, la fille impudique, les cheveux dans le vent grâce au ventilateur juste en face, l'ambiance évocatrice de luxure, les muscles huileux, le style de Kossity « lover-noir-j'assure-tellement-que-si-tu-passes-une-nuit-avec-moi-t'en-ressors-avec-un-fauteuil-roulant » sont autant de lieux communs, vus, revus, connus et appris par cœur qui dévoilent consciencieusement la pénurie d'innovation.
Une composition musicale catastrophique
Moi qui me plaignais de la musicalité infinitésimale chez Tragédie, je m'en vais en rampant leur faire mes plus plates excuses. Quelle effroyable erreur de jugement ! J'ai cru que le fond des poncifs de la banalité était bien touché grâce à certains « artistes », mais c'était sans compter les pelles (pour creuser) dont se sont armés les musiciens pour composer « J'aime ».
Parce que tous mes mots sont euphémistiques face au désastre auditif en question, je vous laisse vous régaler :
Écouter le morceau sur YouTube
Une voix… éprouvante
Aiguë et perçante à la manière d'une craie qui crisse sur un tableau noir, la voix de Clara est un réel supplice. Quand elle OSE hausser la voix alors que l'instrumental est faible — « JE NE SUIS PAS UN ANGE » — elle place ses auditeurs mélomanes (masochistes, cela va sans dire) devant un choix pour le moins cornélien : se tuer ou LA tuer.
Peut-être est-ce un compliment de trop sur ses prouesses vocales qui a poussé Clara à emprunter le chemin de la musique, peut-être est-ce pour prouver à ses détracteurs que la pornographie est sa réelle vocation. Reste que Clara a eu raison de commencer à chanter. Elle conforte ses auditeurs-téléspectateurs dans leur idée principale : Clara Morgane, c'est meilleur quand la bouche est pleine.