
Piste 1 : TAP OUT (3'42") ★★★★
L'intro saturée de quelques secondes crée un bluff efficace : on s'attend à un titre rock énervé, mais le morceau bascule rapidement sur une rythmique synthétisée et dansante. Un titre réellement prenant, qui s'inscrit dans la droite lignée de l'album Angles.
Piste 2 : ALL THE TIME (3'01") ★★★
Un rééquilibrage rapide avec ce titre à la structure rock plus classique et un refrain évoquant les Strokes du début des années 2000 (You Talk Way Too Much, The End Has No End). Certains trouveront un manque d'originalité, mais l'ensemble reste bien au-dessus de la moyenne.
Piste 3 : ONE WAY TRIGGER (4'02") ★★★½
L'immersion dans l'électro new wave festive est totale. Le rythme rappelle Orchestral Manœuvre In The Dark, A-Ha ou Talk Talk dans sa période la plus pop. La voix de Julian Casablancas atteint des aigus remarquables au refrain. La surprise fonctionne, même si la formule paraît légèrement facile.
Piste 4 : WELCOME TO JAPAN (3'50") ★★★½
Les pistes de danse continuent avec ce morceau aux accents funk prononcés. La superposition des voix est particulièrement réussie : au moment où tout semble partir dans tous les sens, la section rythmique cadre efficacement l'ensemble. Convaincant et envoutant.
Piste 5 : 80S COMEDOWN MACHINE (4'58") ★★½
Le titre annonce clairement la direction musicale, confirmée à l'écoute. Une mélodie spiralée entêtante soutient une voix sobrement utilisée pour la première fois de l'album. Premier véritable titre ballade (à la manière d'Ask Me Something sur First Impressions On Earth), son pont final n'augure pas d'explosion imminente. Berçant plutôt que dansant.
Piste 6 : 50/50 (2'43") ★★
Retour à une structure brute et ramassée, évoquant les deux premiers albums. Idéal pour un cri libérateur avant de repartir sur la piste de danse. Par sa brièveté, ce titre fonctionne presque comme un interlude. Plutôt faible et oubliable au final.
Piste 7 : SLOW ANIMALS (4'20") ★★★½
Encor un titre qui aurait sa place sur Angles. Des couplets presque chuchotés sur un fond groove précèdent un refrain aérien et poppy qui enterre définitivement les résurgences punk-rock que laissait augurer ce nouvel album.
Piste 8 : PARTNERS IN CRIME (3'21") ★★
La batterie reprend ses droits dans ce morceau entre deux eaux, proche de la légère férocité originelle mais imprégné des sonorités électroniques que le groupe affectionne. Un peu poussif dans son exécution.
Piste 9 : CHANCES (3'36") ★★★
Impossible de ne pas penser à The Killers (Day & Age) ou U2 en écoutant cette ballade au classicisme assumé et au lyrisme accentué. Une mélodie spiralée en fond et une voix atteignant des hauteurs inattendues. Le plus étonnant : ce patchwork fonctionne pour qui accepte de la pure pop.
Piste 10 : HAPPY ENDING (2'52") ★
Sans doute le titre le plus décevant. De la pop radiofonique sans relief, presque un pastiche de Frankie Goes to Hollywood ou Duran Duran. Un refrain acidulé et des paroles peu inspirées : « Baby, show me where to go, somethings I don't wanna know. Baby, tell me if you're sure, all of the time. »
Piste 11 : CALL IT FATE, CALL IT KARMA (3'24") ★★
Un dernier morceau à la structure quasi nihiliste. La voix de Julian Casablancas brille avec un phrasé suave (rappelant Tom Waits par endroits) sur une atmosphère « calme plat » prétendument enivrante. Une expérimentation maladroite qui conclut une deuxième partie d'album en demi-teinte.
Bilan : Un album de transition réussi ★★★
Les Strokes ne reviendront pas en arrière. Angles (2011) n'était pas une parenthèse musicale mais le reflet des ambitions d'un groupe désormais émancipé de la vague new-yorkaise du début des années 2000. Leur son se situe au croisement de Phoenix, Metronomy ou The Killers, en puisant fortement dans les meilleures influences des années 1980 (décennie injustement décriée par la critique rock).
C'est en l'écoutant avec une perspective nouvelle que cet album se laisse apprécier, malgré ses faiblesses (50/50, Happy Ending) qui restent mineures. Le groupe maintient cette urgence et cette spontanéité qui font sa signature : l'affichage de la durée courte sur la pochette constitue autant une promesse qu'un gage d'honnêteté envers le public.